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Nicolas Juncker: «L’intéressant, c’est de livrer une 51ème adaptation des Trois mousquetaires qui se distingue des 50 précédentes»

 

 

Historien de formation, Nicolas Juncker a été dessinateur de presse pendant sept ans. Il enseigne actuellement la bande dessinée au conservatoire des arts plastiques de Saint-Quentin en Yvelines. Avant D’Artagnan, il a publié Le Front et Malet aux éditions Treize Etrange, ainsi que Paroles de tox (ouvrage collectif) chez Futuropolis.

 

Pouvez-vous nous raconter la genèse de D'Artagnan, votre adaptation des Trois mousquetaires en bande dessinée?

Je me suis lancé là-dedans il y a trois ans. Au départ, c’est mon éditeur qui m’a proposé de faire une adaptation littéraire. J’ai tout de suite pensé à Dumas, qui est mon auteur favori du XIXème siècle. Mais quel roman choisir? J’adore La reine Margot mais j’estime que ce livre est intouchable depuis le film de Chéreau.

Les trois mousquetaires, au début, cela me paraissait aussi intouchable, énorme. Mais j’ai relu le livre, les suites, j’ai pris des notes, j’ai réfléchi. Et finalement, je m’y suis mis sérieusement fin 2004.

Comment avez-vous préparé votre travail?

J’ai consulté énormément d’interprétations, d’analyses. J’ai même lu des copies de lycéens sur des thèmes comme «Le culte du secret chez les mousquetaires» ou «L’ordre social chez les mousquetaires», des analyses montrant que les trois mousquetaires représentent les trois ordres de la société, par exemple. J’ai aussi lu des études sur le thème oedipien dans les relations entre Athos et d’Artagnan, plein de choses…

J’ai aussi procédé à un gros travail pour décortiquer la structure du roman. Très vite, par exemple, j’ai décidé de traiter en quelques pages seulement l’histoire des ferrets de la reine: c’est juste un épisode de cape et d’épée, ce n’est pas le plus intéressant…

Pourquoi avoir fait un «journal intime» de d’Artagnan?

Au départ, je voulais faire cinq tomes, avec chacun un narrateur différent: les quatre mousquetaires et Milady.

Puis m’est venue l’idée de faire le journal intime de d’Artagnan, de raconter sa découverte du monde par l’intermédiaire des personnages: c’est cela qui donne le fil conducteur. Il m’a semblé qu’il devait y avoir un décalage entre ce que d’Artagnan raconte et ce qui est montré. Et j’ai aussi voulu intégrer des croquis qui montrent ce que d’Artagnan imagine ou rêve.

Au final, le livre juxtapose donc trois niveaux de narration:
- le récit de d’Artagnan – le texte narratif en off
- la réalité qui est montrée – les cases
- les rêves et les fantasmes de d’Artagnan – les croquis

J’ai triché un peu pour réorganiser le roman par chapitres centrés sur les personnages. J’ai inventé un peu, par exemple pour donner des détails sur le passé de Porthos. Et j’ai aussi simplifié, notamment en supprimant les quatre valets.

Enfin, j’ai aussi regardé pas mal d’adaptations filmées. Il y a eu des trucs incroyables!

N’est-ce pas inhibant de tant regarder ce que les autres ont fait?

J’avais très peur de passer à côté d’interprétations, d’analyses intéressantes… Ce qui est intéressant, en fait, c’est de livrer une adaptation qui se distingue des 50 précédentes!

Et le travail de dessin?

Un calvaire… Cela m’a demandé trois ans et j’ai failli abandonner plein de fois… Il y a eu un moment où j’ai dû chercher un nouvel éditeur, et tout le monde m’a refusé le projet… Mais finalement, je suis revenu chez Treize Etrange, et il a été décidé de faire un «one shot» (un album unique) avec une totale liberté de pagination.

Mais le dessin a été très laborieux. C’est la première fois que je fais un album en couleurs et j’ai travaillé au jugé. D’ailleurs, les 50 premières pages sont parties à la poubelle, je les ai refaites entièrement.

J’ai eu un mal fou, par exemple, à trouver le visage de Milady. En revanche, je suis content du visage de Richelieu, notamment son profil. En fait, c’est le même visage que celui d’Aramis…

Faire ce D’Artagnan ne vous a pas dégoûté de Dumas, tout de même?

Non, pas du tout, mais j’attendrai quand même un peu avant de recommencer… C’est fatigant de se couper du monde pendant trois ans! Mais je ne serais pas contre Vingt ans après: comme tout amateur des mousquetaires, je préfère Vingt ans après et Bragelonne aux Trois mousquetaires. Mais bon, ce ne sera sûrement pas à court terme!

Et Le comte de Monte-Cristo?

Cela me tente beaucoup moins. J’ai un grand plaisir graphique à dessiner les mousquetaires, leur époque, que je n’aurais pas avec le XIXème siècle.

Alors d’autres projets, dans l’immédiat?

Oui. Une série d’une vingtaine d’albums racontant l’Allemagne nazie à travers l’histoire de l’équipage d’un sous-marin allemand. Chaque tome sera présenté du point de vue de l’un des membres de l’équipage, chaque histoire sera indépendante, mais elles se répondront, se complèteront…

Propos recueillis par Patrick de Jacquelot

 

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