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The Baron of Magister Valley

Steven Brust

448 pages
Tor - 2020 - États-Unis
SF, Fantasy - Roman

Intérêt: **

 

 

C’est en 1991 que l’auteur américain de fantasy Steven Brust publiait The Phoenix Guards, premier volume de sa trilogie calquée sur celle des mousquetaires. Venaient ensuite Five Hundred Years After en 1994 puis, de 2002 à 2004, les trois volumes composant The Viscount of Adrilankha (The Paths of the Dead, The Lord of Castle Black, Sethra Lavode). L’ensemble constituait un hommage exceptionnel à la saga des mousquetaires, par la transposition réussie de leurs personnages dans un monde de fantasy peuplé d’êtres extraordinaires et empreint de magie, et par un « esprit dumasien » plein d’humour et de finesse.

Presque trente ans après The Phoenix Guards, Steven Brust revient à sa passion pour Alexandre Dumas (sur laquelle il s’était exprimée dans une interview accordée à pastichesdumas) en livrant cette fois un hommage au Comte de Monte-Cristo.

The Baron of Magister Valley se place en effet directement sous le signe de Monte-Cristo – tout en faisant semblant d’affirmer le contraire ! Steven Brust y reprend l’artifice littéraire utilisé dans sa trilogie des Phoenix Guards : le livre est censé être un récit historique réel écrit par Paarfi, un auteur vivant dans l’univers de fantasy où se situent ces différents romans. Ce Paarfi s’exprime abondamment par de multiples digressions au cours du récit dans lesquelles il commente les événements qu’il raconte, se plaint de la façon dont il est traité dans les milieux universitaires et du fait que ses mérites littéraires ne sont pas suffisamment reconnus, etc. Au point de donner de lui l’image d’un tâcheron quelque peu aigri, sans cesse occupé à se défendre contre les critiques dont son œuvre est l’objet.

Et c’est précisément ce qu’il fait sur la jaquette du livre (!). Il y met en garde le lecteur contre les « mensonges » qu’il a pu entendre, selon lesquels lui, Paarfi, aurait « emprunté » son récit historique « à un obscur individu répondant au nom de Al Dumas ou quelque histoire idiote de ce genre ». Les affirmations selon lesquelles The Baron of Magister Valley aurait la moindre ressemblance avec « une fiction consacrée à un comte de piètre réputation sont infondées », se défend avec véhémence Paarfi.

Le roman n’en est pas moins, bien entendu, calqué dans ses grandes lignes sur celles du Comte de Monte-Cristo : c’est l’histoire d’un jeune homme, Eremit,  appartenant à une famille seigneuriale de ce monde mi médiéval mi fantastique qui se retrouve victime d’un complot. Sa famille est massacrée et ruinée, il est séparée de sa fiancée et jeté en prison sans jugement. Une prison secrète, en fait, installée dans une île entourée de sortilèges et dont aucun prisonnier n’a jamais été libéré. Il y fait la connaissance de son abbé Faria, un homme aux immenses connaissances qu’il appelle « Magister », c’est-à-dire maître. Ce dernier fait son éducation et lui enseigne de multiples disciplines dont la sorcellerie. Avant de mourir, il lui livre encore mieux qu’un trésor : il lui révèle l’existence au fin fond d’une vallée perdue d’une caverne qui ouvre un passage vers d’autres mondes.

Après la mort du Magister et son évasion, Eremit se rend dans cette vallée. La porte magique lui permet de prendre le contrôle d’un démon qui lui octroie les clés de son accession à la puissance : une fortune en pierres précieuses, une « amélioration » de son corps incluant une longévité accrue… La transformation qui affecte ses capacités physiques et mentales frappe une de ses associées : « il semblait plus jeune ; quand elle l’avait rencontré pour la première fois, elle lui aurait donné entre deux mille et deux mille cinq cents ans, et maintenant elle supposait qu’il ne pouvait avoir plus de mille ans, voire même être plus jeune encore. Et ce n’était pas tout : en deux ans, il avait acquis une espèce de confiance en lui qui frisais l’insolence, comme s’il pensait que les dangers du monde ne pouvaient le toucher ou, plus encore, comme s’il exerçait un tel contrôle sur son environnement que rien ne pouvait se produire autour de lui sauf s’il le décidait ». Une description qui conviendrait tout à fait au comte de Monte-Cristo.

Eremit recrute alors, notamment parmi les brigands, des hommes et des femmes pour l’aider. Il réapparaît dans le monde sous le nom de « baron of Magister Valley », ayant baptisé la vallée perdue du nom de son maître. Il mène à bien sa vengeance contre les différents ennemis qui ont profité de la chute de sa famille.

 

Si le schéma de Monte-Cristo est donc bien respecté, c’est malgré tout de manière inégale selon les parties du roman. Le modèle dumasien est suivi de très près dans toute la séquence de l’emprisonnement. Les relations entre le jeune homme et le Magister reflètent précisément celles d’Edmond Dantès et de l’abbé Faria et l’on retrouve des scènes entières comme la conversation où le maître fait comprendre à son élève qui l’a trahi et pourquoi. La partie couvrant la vengeance est en revanche assez éloignée du roman de Dumas : Steven Brust l’a malheureusement traitée de manière plutôt rapide et beaucoup moins sophistiquée que dans Le comte de Monte-Cristo.

Cette relative faiblesse de la vengeance est d’ailleurs le principal reproche que l’on peut faire à The Baron of Magister Valley. Pour le reste, le livre constitue une variation très plaisante sur le thème de Monte-Cristo. L’univers créé par Brust, et développé dans de nombreux romans et pas seulement ceux prétendument écrits par Paarfi, est tout à fait captivant et convainquant. Surtout, c’est l’écriture du livre et son humour qui en constituent les éléments les plus attachants.

Comme dans la trilogie du Phénix, l’écrivain imaginaire Paarfi utilise une langue invraisemblable : ampoulée, désuète, pleine de circonvolutions et de répétitions. Il s’agit d’un clin d’œil délibéré à l’écriture des romans feuilletons du XIXème siècle, expressément revendiqué là encore. L’habillage sophistiqué conçu par Brust pour la mise en abyme de son roman inclut notamment une préface censée être écrite par un érudit rival et sévère critique de Paarfi qui descend en flamme ses dialogues qu’il décrit ainsi : « un mélange ridicule de stupidité et de répliques répétitives que l’on ne peut comprendre qu’en faisant la supposition tout à fait certaine que l’auteur est payé au mot ». Cet humour, cette autodérision constante, ainsi que les ahurissantes digressions de Paarfi – dont on trouvera ci-dessous un exemple quand il se livre à une réflexion sur le thème de la vengeance - donnent au roman une saveur toute particulière. Même si The Baron of Magister Valley n’est pas tout à fait aussi réussi que The Phoenix Guards, les divers livres de Paarfi forment un ensemble de variations sur les grands romans de Dumas tout à fait hors du commun, Steven Brust étant l’un des rares écrivains à avoir écrit des variations s’appuyant sur les Mousquetaires d’une part et sur Monte-Cristo d’autre part.

 

Extrait du chapitre 27 In Which Dust, Livosha, Alishka, and the Author Discuss Vengeance

It seems unlikely that, by now, the reader is unaware that our history concerns itself, above all, with revenge — that is to say, with the infliction of harm done for a wrong suffered. This work, of course, is far from the only one to treat of such matters; indeed, revenge has been a theme of history, of literature, of art, of the theater, as long as these have existed, and has been a subject of inquiry at least as far back as Ekrasan's Third Discourse. And in all of these works, the condemnation has been quite nearly universal.

Why? The reasons are many and nearly as diverse as the motives for revenge. It damages the soul, say the mystics. It threatens the respect for authority that is required for society to function, say the civicists. It too easily leads to abuse, say the moralists. It inspires further and unending revenge, say the fatalists. It is the proper domain of the Lords of Judgment, say the pious. It is a waste of one's own life, say the humanitarians. And so on. And yet, reply the historians, and yet, it is always present. In art, from the mighty sculpture by the unknown artist called the Hammer of Bre'in (lost, alas, in the Fall of the City), to Rahera's epic poem, Homecoming of Sitrata, to the nine-day play The Fall of Nileesitac, nothing stirs the blood like a tale of one who was wronged, standing up and, with his own hands, taking justice as if in defiance of the gods. However often we are told of the evils of vengeance (sometimes in the very tale, be it understood, that we are enjoying for the vengeance it purports to condemn), still, we re-turn to this form of tale more often than any other, save perhaps the love story.

This historian has no intention of adding to the mountain of critical studies condemning the tale of revenge, nor, for that matter, any interest in defending such tales; as we are now writing history, it would seem that expressing our own approbation or disapprobation as to the actions of these historical figures would be to take onto ourselves that task of judgment and evaluation that properly belongs to the reader. Rather, it is our wish to take a brief moment to ask what it is in such tales that appeals so strongly. Why do we return over and over to this sort of tale to such a point that it is necessary to expound against them at such length?

In the opinion of this historian, it is the very unfairness of life that generates the appeal. It is not only the sense of helplessness that oppresses us, but the sense that, as good people (for, as Magister pointed out early in our history, we all believe that we are good people), we deserve better, we deserve not to have to suffer the ill-fortune caused by fate, or by the hand of another who disregards us in pursuit of selfish interests (for although, as we have said, we all believe in our own goodness, we are not so sanguine about the goodness of others).

Even this historian, when faced with a palpable injustice caused by malicious and slanderous gossip, has felt a desire rise in him to seek vengeance, not for himself, but for the innocent young lady whose sensibilities have been so callously disregarded. Of course, we do not pursue these goals, contenting ourselves merely with the occasional letter in hopes to bring a small gleam of the light of justice into the darkness of self-interest.

We hope the reader has not objected to this digression, which we have engaged in for what seemed to us two good reasons: first, because we wish the reader to consider these matters as our history works its way toward its climactic moments, and, second, because we are now required to see matters through, as it were, a different pair of eyes, and, as we have already had the honor to mention at an earlier moment, such an abrupt transition can be disturbing, and cost the reader that enjoyable sensation of immersion, in which the experiences being related feel as if they are a part of the reader's own experience, and it is our wish to permit this to continue as long as possible, and thus we have elected to separate this transition in order to prevent the reader from being forced into awareness of narrative, rather than, as both author and reader prefer, the contents of the narrative. With this understood, we now continue.


 

 

 

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