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Les prisonniers du château d’If

Gabriel Laborde

45 pages
Inédit - 2013 - France
Pièce de thêatre

 

Cette œuvre inspirée par Alexandre Dumas présente une caractéristique unique par rapport aux centaines d’autres présentes sur pastichesdumas.com : elle ne comprend pas une ligne ou presque qui ne soit pas de la main de Dumas lui-même ! Les prisonniers du château d’If est en effet une adaptation théâtrale du Comte de Monte-Cristo intégralement « découpée » dans le texte du roman.

Son auteur a décidé de ne porter à la scène qu’un épisode précis du roman fleuve : l’emprisonnement d’Edmond Dantès au château d’If (voir l’interview qu’il nous a accordée). Ce choix lui permet d’échapper à l’extrême difficulté à laquelle sont confrontés d’habitude les auteurs d’adaptations théâtrales de Monte-Cristo, celle qu’il y a à traiter sous forme de pièce un roman aussi long que compliqué et grouillant de personnages. Beaucoup d’adaptations se révèlent d’ailleurs médiocres de ce fait, ne pouvant s’offrir le luxe de comporter quatre pièces successives comme pour celle écrite par Dumas lui-même.

Située intégralement dans les cachots du château d’If, la pièce de Gabriel Laborde se révèle au contraire extrêmement simple. Elle ne comprend que deux personnages importants, présents de bout en bout, Edmond Dantès et l’abbé Faria, à qui s’ajoutent un geôlier et l’inspecteur des prisons. Le fil de la pièce est tout à fait linéaire, suivant scrupuleusement le déroulement des pages du roman. Et comme toute cette séquence du château d’If est très riche en dialogues dans le roman, Laborde a pu obtenir le texte de sa pièce en faisant un montage de phrases effectivement écrites par Dumas.

Il lui a malgré tout fallu travailler au scalpel : les chapitres sur l’emprisonnement de Dantès comprennent une centaine de pages environ dans le roman (chiffre variable selon les éditions) alors que le texte de la pièce est nettement plus court. Le travail de montage, au sens cinématographique du terme, réalisé par l’auteur donne un résultat qui se tient parfaitement et restitue toute la trame de la captivité de Dantès. Laborde s’est contenté d’ajouter quelques liaisons, quelques simplifications et de très courtes scènes avec l’inspecteur et le gardien.

Tout l’intérêt de la démarche, bien entendu, est de focaliser entièrement l’attention sur ce qui n’est qu’un épisode parmi de nombreux autres dans le roman d’origine. Or, il s’agit là à certains égards du cœur du livre : c’est le château d’If qui voit Edmond Dantès commencer par tout perdre, son travail, son père, sa fiancée, sa liberté et sa raison de vivre – et ensuite tout gagner, la connaissance, la culture, la volonté, la détermination et finalement bien sûr la fortune. Au cœur de cette métamorphose d’un jeune homme très ordinaire en un quasi surhomme figure sa relation avec l’abbé Faria, véritable démiurge qui transforme Edmond Dantès en comte de Monte-Cristo. La pièce permet au lecteur/spectateur de s’intéresser spécifiquement à ce processus, sans être entraîné dans le tourbillon des mécanismes de la vengeance.

Cette volonté de fidélité absolue au texte original de Dumas veut dire évidemment que la pièce ne comporte aucun élément novateur par rapport à son modèle. On ne peut donc apprécier le bien-fondé de la démarche qu’au vu du spectacle, de la qualité de la mise en scène et du jeu des acteurs. N’ayant pas eu l’occasion d’assister à une représentation de la pièce, nous complèterons cette notice quand ce sera le cas.

 

Extrait

En raison de la singularité de l’écriture de cette pièce, nous ne donnons pas un simple extrait comme nous le faisons habituellement, mais plutôt la juxtaposition de pages du roman et du passage correspondant de la pièce pour permettre au lecteur d’apprécier le travail d’adaptation du texte de Dumas.

Le roman de Dumas: extrait du chapitre XIV Le prisonnier furieux et le prisonnier fou

L'inspecteur en était à sa première tournée et voulait donner bonne idée de lui à l'autorité.  

« Entrons donc chez celui-ci d'abord, ajouta-t-il.  

- Volontiers », répondit le gouverneur.  

Et il fit signe au porte-clefs, qui ouvrit la porte.  

Au grincement des massives serrures, au cri des gonds rouillés tournant sur leurs pivots, Dantès, accroupi dans un angle de son cachot, où il recevait avec un bonheur indicible le mince rayon du jour qui filtrait à travers un étroit soupirail grillé, releva la tête. A la vue d'un homme inconnu, éclairé par deux porte-clefs tenant des torches, et auquel le gouverneur parlait le chapeau à la main, accompagné par deux soldats, Dantès devina ce dont il s'agissait, et, voyant enfin se présenter une occasion d'implorer une autorité supérieure, bondit en avant les mains jointes.  

Les soldats croisèrent aussitôt la baïonnette, car ils crurent que le prisonnier s'élançait vers l'inspecteur avec de mauvaises intentions.  

L'inspecteur lui-même fit un pas en arrière.  

Dantès vit qu'on l'avait présenté comme homme à craindre.  

Alors, il réunit dans son regard tout ce que le cœur de l'homme peut contenir de mansuétude et d'humilité, et s'exprimant avec une sorte d'éloquence pieuse qui étonna les assistants, il essaya de toucher l'âme de son visiteur.  

L'inspecteur écouta le discours de Dantès, jusqu'au bout ; puis se tournant vers le gouverneur :  

« Il tournera à la dévotion, dit-il à mi-voix ; il est déjà disposé à des sentiments plus doux. Voyez, la peur fait son effet sur lui ; il a reculé devant les baïonnettes ; or, un fou ne recule devant rien : j'ai fait sur ce sujet des observations bien curieuses à Charenton. »  

Puis, se retournant vers le prisonnier :  

« En résumé, dit-il, que demandez-vous ?  

- Je demande quel crime j'ai commis ; je demande que l'on me donne des juges ; je demande que mon procès soit instruit ; je demande enfin que l'on me fusille si je suis coupable, mais aussi qu'on me mette en liberté si je suis innocent.  

- Etes-vous bien nourri ? demanda l'inspecteur.  

- Oui, je le crois, je n'en sais rien. Mais cela importe peu ; ce qui doit importer, non seulement à moi, malheureux prisonnier, mais encore à tous les fonctionnaires rendant la justice, mais encore au roi qui nous gouverne, c'est qu'un innocent ne soit pas victime d'une dénonciation infâme et ne meure pas sous les verrous en maudissant ses bourreaux.  

- Vous êtes bien humble aujourd'hui, dit le gouverneur ; vous n'avez pas toujours été comme cela. Vous parliez tout autrement, mon cher ami, le jour où vous vouliez assommer votre gardien.  

- C'est vrai, monsieur, dit Dantès, et j'en demande bien humblement pardon à cet homme qui a toujours été bon pour moi... Mais, que voulez vous ? j'étais fou, j'étais furieux.  

- Et vous ne l'êtes plus ?  

- Non, monsieur, car la captivité m'a plié, brisé, anéanti... Il y a si longtemps que je suis ici !  

- Si longtemps ?... Et à quelle époque avez-vous été arrêté ? demanda l'inspecteur.  

- Le 28 février 1815, à deux heures de l’après-midi. »  

L'inspecteur calcula.  

« Nous sommes au 30 juillet 1816 ; que dites-vous donc ? il n'y a que dix sept mois que vous êtes prisonnier.  

- Que dix-sept mois ! reprit Dantès. Ah ! monsieur, vous ne savez pas ce que c'est que dix-sept mois de prison : dix-sept années, dix-sept siècles ; surtout pour un homme qui, comme moi, touchait au bonheur, pour un homme qui, comme moi, allait épouser une femme aimée, pour un homme qui voyait s'ouvrir devant lui une carrière honorable, et à qui tout manque à l'instant ; qui, du milieu du jour le plus beau, tombe dans la nuit la plus profonde, qui voit sa carrière détruite, qui ne sait pas si celle qui l'aimait l'aime toujours, qui ignore si son vieux père est mort ou vivant. Dix-sept mois de prison, pour un homme habitué à l'air de la mer, à l'indépendance du marin ; à l'espace, à l'immensité, à l'infini ! Monsieur, dix-sept mois de prison, c'est plus que ne le méritent tous les crimes que désigne par les noms les plus odieux la langue humaine. Ayez donc pitié de moi, monsieur, et demandez pour moi, non pas l'indulgence, mais la rigueur ; non pas une grâce, mais un jugement ; des juges, monsieur, je ne demande que des juges ; on ne peut pas refuser des juges à un accusé.  

- C'est bien, dit l'inspecteur, on verra. »  

Puis, se retournant vers le gouverneur :  

« En vérité, dit-il, le pauvre diable me fait de la peine. En remontant, vous me montrerez son livre d'écrou.  

- Certainement, dit le gouverneur ; mais je crois que vous trouverez contre lui des notes terribles.  

- Monsieur, continua Dantès, je sais que vous ne pouvez pas me faire sortir d'ici de votre propre décision ; mais vous pouvez transmettre ma demande à l'autorité, vous pouvez provoquer une enquête, vous pouvez, enfin, me faire mettre en jugement : un jugement, c'est tout ce que je demande ; que je sache quel crime j'ai commis, et à quelle peine je suis condamné ; car, voyez-vous, l'incertitude, c'est le pire de tous les supplices.  

- Eclairez-moi, dit l'inspecteur.  

- Monsieur, s'écria Dantès, je comprends au son de votre voix, que vous êtes ému. Monsieur, dites-moi d'espérer.  

- Je ne puis vous dire cela, répondit l'inspecteur, je puis seulement vous promettre d'examiner votre dossier.  

- Oh ! alors, monsieur, je suis libre, je suis sauvé. 

 

La pièce de Gabriel Laborde: extrait de l’acte 1, scène 1

L'inspecteur
Ouvrez !

Dantès accroupi dans un angle de sont cachot, bondit en avant les mains jointes. L'inspecteur fait un pas en arrière.

Que demandez-vous ?

Dantès
Je demande quel crime j'ai commis. Je demande que l'on me donne des juges. Je demande que mon procès soit instruit. Je demande enfin que l'on me fusille si je suis coupable, mais qu'on me mette en liberté si je suis innocent.

L'inspecteur
Etes-vous bien nourri ?

Dantès
Oui, je le crois, je n'en sais rien. Mais cela importe peu ; ce qui doit importer, non seulement à moi, malheureux prisonnier, mais encore à tous les fonctionnaires rendant la justice, et au roi qui nous gouverne, c'est qu'un innocent ne soit pas victime d'une dénonciation infâme et ne meure pas sous les verrous en maudissant ses bourreaux.

L'inspecteur
Vous êtes bien humble aujourd'hui, vous n'avez pas toujours été comme cela. Vous parliez tout autrement, mon cher ami, le jour où vous vouliez assommer votre gardien.

Dantès
C'est vrai, monsieur, et j'en demande bien humblement pardon à cet homme... Mais que voulez-vous j'étais fou, j'étais furieux.

L'inspecteur
Et vous ne l'êtes plus ?

Dantès
Non, monsieur, la captivité m'a plié, brisé, anéanti... Il y a si longtemps que je suis ici !

L'inspecteur
Si longtemps ?..... Mais il n'y a que dix-sept mois que vous êtes prisonnier.

Dantès
Que dix-sept mois ! Ah ! Monsieur, vous ne savez pas ce que c'est que dix-sept mois de prison : c’est dix-sept années, dix-sept siècles ; surtout pour un homme qui, comme moi, touchait au bonheur, allait épouser une femme aimée, qui voyait s'ouvrir devant lui une carrière honorable, et à qui tout manque à l'instant ; qui du milieu du jour le plus beau, tombe dans la nuit la plus profonde, qui voit sa carrière détruite, qui ne sait pas si celle qu'il aimait l'aime toujours, qui ignore si son vieux père est mort ou vivant. Dix-sept mois de prison pour un homme habitué à l'air de la mer, à l'indépendance du marin, à l'espace, à l'immensité, à l'infini ! Ayez donc pitié de moi, monsieur, et demandez pour moi, non pas l'indulgence, mais la rigueur ; non pas une grâce, mais un jugement. Des juges, monsieur, je ne demande que des juges. On ne peut pas refuser des juges à un accusé.

L'inspecteur ému
C'est bien on verra.

Dantès
Monsieur, je comprends au son de votre voix que vous êtes ému. Monsieur dites moi d'espérer.

L'inspecteur
Je ne peux vous dire cela, je puis seulement vous promettre d'examiner votre dossier.

Dantès
Oh ! Monsieur, alors je suis libre, je suis sauvé.

L’inspecteur
Oui, oui nous verrons.

Ils sortent

L'inspecteur
En vérité, le pauvre diable me fait de la peine. Montrez-moi son livre d'écrou.

Geôlier
Certainement. Mais je crois que vous trouverez contre lui des notes terribles.

 


 

 

 

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