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Exact revenge

Tim Green

358 pages
Warner Books - 2005 - États-Unis
Roman

Intérêt: *

 

Ce roman vient s’ajouter à la liste des «remakes» du Comte de Monte-Cristo, c’est à dire des livres qui ne se contentent pas de s’inspirer du roman de Dumas ou de lui rendre hommage, mais qui le réécrivent intégralement en le transposant à une époque différente.

Ce Monte-Cristo se passe de nos jours, aux Etats-Unis. En 1985, Raymond White est un jeune homme à qui tout réussit. D’origine modeste, à moitié Indien, il est le plus jeune associé d’une firme d’avocats, pour laquelle il vient de décrocher un colossal contrat. Etoile montante du Parti Républicain, il est choisi pour entrer à la Chambre des Représentants. Et il est sur le point d’épouser la belle Lexis.

Tant de succès ne peuvent que susciter la jalousie. Celle de Rangle (Danglars), qui espérait devenir le candidat républicain. Celle de Frank (Fernand), ancien petit ami de Lexis et toujours amoureux d’elle. Celle aussi de Russo (Caderousse), petit banquier local.

Il n’en faut pas plus pour que l’univers de Raymond s’effondre en quelques heures. Son mentor politique, moribond, lui confie une lettre à porter à sa maîtresse. Mais peu après que Raymond s’est exécuté, la jeune femme est retrouvée assassinée, et tout accuse l’avocat. Celui-ci se retrouve devant le procureur, Dean Villay (Villefort). Sur les indications de Raymond, Villay retrouve la lettre du politicien: il s’agissait d’un testament faisant de sa maîtresse sa légataire universelle. Et déshéritant par la même sa fille – qui se trouve être la fiancée de Villay. Ce dernier fait donc disparaître la lettre, décrédibilisant la défense de Raymond. Le jeune avocat est condamné à la perpétuité.

Pendant 18 ans, Raymond s’arrange pour être maintenu systématiquement en isolement total, tant il ne peut supporter le contact des autres prisonniers. A force de réfléchir à ce qui lui est arrivé, il est parvenu à reconstituer le rôle des uns et des autres et à identifier les responsables de ses malheurs.

Sa vie change quand il fait connaissance d’un autre prisonnier, un vieil homme nommé Lester (Faria), voleur d’œuvres d’art de son état. Ce dernier fait son éducation artistique et surtout l’associe à son projet d’évasion. Prisonnier depuis des dizaines d’années, il est utilisé pour l’entretien des conduits d’évacuation de la prison. Ce qui lui a permis de se procurer des outils et de préparer une voie d’évasion.

Pendant celle-ci, Lester est tué. Raymond se retrouve donc libre et seul propriétaire du butin accumulé par Lester pendant ses années de cambriolage: des œuvres d’art suffisantes pour procurer à Raymond une fortune illimitée (!).

Raymond change de nom – il se fait appeler Seth Cole – et de visage – grâce à la chirurgie esthétique. Son enquête lui apprend que ses ennemis ont prospéré et font tous partie de la riche société new-yorkaise. Bob Rangle, après son passage au Congrès, est devenu un gros gérant de fonds à Wall Street. Frank a fait fortune dans les casinos, une fortune un peu louche, et a épousé Lexis. Villay est juge à la Cour suprême de l’Etat de New York et rêve d’aller encore pus haut. Seul Russo végète, tenant un hôtel minable et faisant un peu de trafic de drogue.

Dépensant sans compter, Seth Cole s’impose d’autant plus facilement dans la «bonne société» new-yorkaise que l’argent y est la seule valeur. Il achète l’équipe locale de football américain, place des sommes considérables chez Rangle, s’achète à coups de donations une influence chez les Républicains…

Il monte alors ses intrigues contre ses ennemis. Apprenant que Villay a jadis assassiné sa première femme, il achète la maison de campagne où le crime a été commis, y donne une réception et organise une mise en scène qui poussera finalement Villay à la folie.

D’un voyou nommé Andre (Andrea Cavalcanti), il fait un faux prince russe qui séduit la fille de Rangle (Eugénie Danglars) et l’entraîne à la déchéance et à la mort. Il organise une manipulation boursière pour ruiner Rangle.

Quant à Frank, il commence par mettre à jour le fait qu’il a détourné de l’argent au détriment de ses associés de la mafia. Et il l’«achève» en utilisant une jeune fille, Helena (Haydée), jadis victime de Franz.


Tout cela, on le voit, reproduit de très près les grandes lignes de l’intrigue de Monte-Cristo. La plupart des personnages de Dumas sont là (y compris de nombreux seconds rôles que nous n’avons pas mentionnés), ainsi que de nombreuses scènes de l’original (des fiançailles de Villefort à l’auberge de Caderousse en passant par Danglars affamé dans les catacombes de Rome qui devient Rangle menacé de mourir de froid en Sibérie – voir extrait ci-dessous).

Malheureusement, Tim Green reste à la surface des choses. Beaucoup plus bref que son modèle, Exact revenge fait davantage penser à un résumé qu’à un véritable «remake»/hommage. Les personnages ne sont pas fouillés et les ressorts psychologiques de la vengeance de Monte-Cristo sont ici à peine évoqués.

Certes, on s’amuse de retrouver les éléments familiers du roman de Dumas et à observer la transposition de la bonne société parisienne du XIXème siècle dans le monde des affaires new-yorkais contemporain. Mais celle-ci, qui aurait pu être prometteuse, n’est guère approfondie.

La comparaison entre Exact revenge et d’autres «remakes» de Monte-Cristo comme La force du destin, Talion et The stars’ tennis balls est éclairante: dans ces trois derniers, il y a un effort considérable de transposition intelligente, d’adaptation de la trame intemporelle du roman de Dumas à une autre époque et d’autres lieux, en un hommage délibéré au modèle. Dans le cas de Tim Green, auteur professionnel de thrillers, on soupçonne plutôt l’envie de s’appuyer sur une trame existante pour produire – facilement? – un nouvel ouvrage. On peut également relever que toute la partie du livre située en prison rappelle fortement Rita Hayworth and Shawshank Redemption, le récit de Stephen King lui-même en partie inspiré par Monte-Cristo.

Il est d’ailleurs curieux de constater que Exact revenge commence par une page de remerciements où l’auteur exprime sa gratitude à tous ceux qui l’ont aidé dans l’écriture de son roman et sa recherche documentaire, sans qu’il soit fait mention de Dumas comme source principale. Le lien avec Monte-Cristo n'apparaît explicitement que sous forme de citations en tête des quatre parties qui composent le livre, et implicitement dans les similitudes de noms de personnages (qui ont souvent quelques lettres ou l’initiale communes avec leur modèle).



Extrait de la 4ème partie Revenge, chapitre 62

I let him go and I tramp down the path into the bowl. Rangle can barely move, but when he hears his name, he rolls on his side, rattling the chain that is attached to a post Alexi has driven six feet down into the ice. Rangle looks up at me with empty eyes through a slit in the hat he has made out of six pairs of underwear and three pairs of tennis shorts. His mustache and eyebrows and lashes are white with crystals, and when I yank the clothes off his head I see that the end of his sharp nose, like most of his ears, is black and frosted with ice.

He makes a pitiful low groaning noise and tries to pick up his makeshift hat to replace it on his head. But when his hand appears from the folds of his clothes, I see that its long fingers are also frozen and black. A useless claw.

"Do you know why you're here?" I ask him, checking the bile that has surged up into the middle of my throat.

He shakes his head.

"Do you know who I am?"

He shakes his head no again.

"Look at my eyes," I say, kneeling down and moving close. "It's me, Raymond. Raymond White."

He groans and his eyes roll away.

"Look at me," I say, grabbing his cheeks. "This is how my father died, you piece of shit. He froze to death. While you and Frank and Russo were toasting my life in jail, my father felt what you're feeling now. Do you like it?"

He looks away, and I grab his ear and twist it until he shrieks and flops back and forth.

"Look at me! Do you like it?"

"No," he croaks, his eyes glued to me now, welling up. "Please, no."

"I did nothing wrong," I say, standing up and trying not to choke. "My father did nothing wrong. You killed us both and now that you know how it feels, I'm going to save you. Not because you deserve to live. No, Rangle.

"It's because you don't deserve to die . . ."

I walk back up the path. In a ragged choking voice I hear him call the name of the man I used to be.

Raymond. Raymond White.

Back at the cabin, I sit down with the others around the potbelly stove and soak the heat out of my coffee cup with two hands. When they're warm, I look at Alexi and say, "Your American client needs medical care. You have a hospital in Uelen."

"Ten year was Soviet hospital," he says. "Now maybe ten room. Doctor, yes. Animal doctor. But have army nurse good . . . medical."

"I'd like you to pay them enough for him to live there," I say. "He has no one to care for him in America, so he will stay here."

"How long he stay?" Alexi asks, his eyebrows soaring.

I shrug and say, "I don't know. Ten years? Twenty? As long as he lives."

"He no talk Russian," Alexi says. "Doctor cutting hands and feet and nose. Ears too. They no speaking him. He no walking. He staying bed."


 

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