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D’Artagnan
Pièce héroï-comique

Emile Roudié

92 pages
Librairie théâtrale - 1931 - France
Pièce de thêatre

Intérêt: *

 

Cette curieuse pièce a été écrite spécialement pour être jouée lors de l’inauguration de la statue de d’Artagnan, à Auch, le 12 juillet 1931 (voir photos ci-dessous). Elle a d’ailleurs reçu le «Prix d’Artagnan» cette même année.

La pièce comprend trois actes mais les deux premiers d’une part et le dernier d’autre part n’ont rien en commun. L’auteur s’en explique dans une brève préface où il affirme avoir voulu glorifier à la fois «le d’Artagnan de l’Histoire… et celui de la Légende. Dans les deux premiers actes, poursuit-il, il représente Charles de Batz, seigneur d’Artagnan, gentilhomme gascon né à Lupiac en 1610… Capitaine aux mousquetaires du Roi, héroïque incarnation des vertus militaires, qui mourut Maréchal des Camps, au siège de Maestricht, en 1673. Dans le troisième acte, il représente le héros légendaire, ressuscité par Alexandre Dumas deux cents ans après sa mort et qui, lui, ne mourra jamais».

Les deux premiers actes se veulent donc biographiques et réalistes. Le premier, situé en 1631, dépeint «le départ de M. d’Artagnan, gentilhomme gascon». Le deuxième, en 1673, retrace «la mort de M. d’Artagnan, maréchal des Camps».

Dans le premier acte, on voit d’Artagnan faire ses adieux à son père, à ses domestiques et à une jolie bergère qui lui était fort attachée. La prétention «historique» de cette évocation doit être relativisée: l’épisode s’inspire en fait largement du début du roman de Dumas, jusqu’à s’attarder longuement sur la couleur jaune du cheval de d’Artagnan. Quant au domestique Augustou qui part en sa compagnie, il sera toujours à ses côtés dans le deuxième acte, mais en ayant reçu le surnom de Planchet!

Le deuxième acte vise à décrire la mort héroïque de d’Artagnan au siège de Maastricht. Là encore, la réalité historique est bien malmenée, puisque le compagnon du mousquetaire n’est autre que le comte de La Fère, c’est à dire Athos. Par ailleurs, on peut relever que cette scène emprunte beaucoup à la mort de Cyrano dans la pièce d’Edmond Rostand.

Ces deux actes, écrits en vers médiocres, n’ont donc rien pour retenir l’attention.

Il n’en va pas de même du troisième, où le changement de registre est total. La scène se situe en 1931 et imagine la rencontre de deux héros mythiques, le d’Artagnan de Dumas et le Cyrano de Rostand.

Beaucoup plus réussi, cet acte a d’ailleurs été repris un peu plus tard par Roudié sous forme de petite pièce indépendante. Le texte des deux versions est identique, sauf la fin de la deuxième, complétée et améliorée par rapport à la première. Voir une fiche complète sur cette pièce intitulée D’Artagnan et Cyrano.

 

Extrait de l’acte 2, scène 8

LA FÈRE, le recouche doucement.

Dormez... c'est le sommeil qui va venir, très doux.
Je ne vous quitte pas... nous restons près de vous.

D'ARTAGNAN

Ah! comme je revois passer toute ma vie!
Elle se montre nue avant d’être ravie…

(il se redresse et décrit son hallucination.)

Mon château… Lupiac... mon père... Miradou...
Fleurance... les bergers. Comme je revois tout!
Je me revois… c'est moi... garde... puis mousquetaire…
Comme tout reparaît à l'heure funéraire!
Me voici lieutenant… capitaine du Roi...
Avec quelle fierté je remplis mon emploi!..
Voyez passer le Cardinal! Son Eminence
Monsieur de Richelieu… quelle figure immense!...
Je connais la fierté de savoir obéir:
Mon père m'avait dit: Servir c'est se grandir.

LA FÈRE

Calmez-vous d’Artagnan, la nuit tombe, très douce…

(Rielle descend doucement vers d'Artagnan.)

D'ARTAGNAN, les yeux mi-clos, l'aperçoit.

J'entends des pas menus et légers sur la mousse…

LA FÈRE
Chut… taisez-vous, ne parlez pas...

D'ARTAGNAN

J'entends, furtifs, les bruits des pas
Discrets de la femme que j'aime...

(Dans le lointain on entend le chant aigu et mélancolique d'un fifre. La Fère a appelé Rielle et lui parle bas à l’oreille.)

Oui... je la vois dans le soir blême...

(Doucement, pieusement, Rielle embrasse d'Artagnan.)

Fraîcheur exquise du baiser!
Mon Dieu, tu peux prendre mon âme
Car j'ai senti, doux, se poser,
Sur mon front... un baiser de Femme!
C’est pour mon dernier jour mon dernier rendez-vous
Et cet amour, ce soir, m'est infiniment doux!
La vie, en me quittant, veut faire la coquette
Elle se fait plus tendre afin qu'on la regrette.
Que ne puis-je, pourtant, en Gascogne, mourir!
Alors, je partirai, très heureux, sans souffrir.
Ici le ciel est gris... suis-je au Nord?... en Bourgogne
Non ce n'est pas mon ciel pur et clair de Gascogne!


 

 

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