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Virtue and Vice in the Middle Time

Svend Age Madsen

574 pages
1976 - Danemark
Roman

Intérêt: *

 

 

Au tout début de ce roman danois, Ludvig, l’un des personnages principaux, est dans sa cellule. Emprisonné pour un crime qu’il n’a pas commis, il entre en contact avec un autre prisonnier, en creusant un trou dans le mur. Les deux hommes organisent leur évasion et se retrouvent à la tête de gros moyens financiers en s’appropriant le magot d’autres prisonniers. De quoi permettre à Ludvig de se venger de ceux qui l’ont fait condamner. A la fin du livre, Ludvig, sa vengeance plus ou moins accomplie, se retire du monde.

Pas de doute, Madsen utilise très précisément les schémas du Comte de Monte-Cristo. Mais son énorme roman ne s’en tient pas là. Une multitude de personnages et d’intrigues parallèles se juxtaposent au sein de cette œuvre littéraire très ambitieuse. Virtue and Vice in the Middle Time se présente en fait comme un livre écrit dans un lointain futur par un historien qui cherche à évoquer la vie et les mœurs de la population de cette période distante et mal connue de la fin du XXème siècle. Pour ce faire, cet écrivain du futur utilise une forme littéraire oubliée à son époque, celle du «roman».

Ce procédé donne une tournure très étrange au livre. Les descriptions de la vie quotidienne sont résolument décalées et pleines d’«erreurs» volontaires. Par exemple, quand la police organise la reconstitution d’un crime commis quinze ans plus tôt, tous les habitants de la ville s’habillent comme à l’époque, les voitures récentes sont retirées des rues, etc… Ou encore, la reine du Danemark semble disposer des pouvoirs d’un monarque absolu.

Différents éléments viennent compliquer la lecture. Les très nombreux petits chapitres sont souvent écrits en suivant un personnage désigné par «il» ou «elle». Au lecteur de comprendre d’après le contexte de qui il s’agit. En outre, plusieurs cas de «mélange de personnalités» interviennent: un personnage se prend pour un autre, deux autres partagent la même vie (chacun agissant quand l’autre dort), etc… Bref, tout cela rend la compréhension du roman souvent difficile.

La trame de Monte-Cristo est donc très largement suivie (du moins dans les parties tournant autour de Ludvig). Celui-ci cherche à se venger des trois personnes qui ont été instrumentales dans sa condamnation: un policier, une journaliste et un juge. Et sa méthode consiste à les faire accuser et condamner eux aussi pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. Autre scène digne de Monte-Cristo: la dernière page du roman, quand Ludvig, revenu de tout et notamment de sa vengeance, s’emmure vivant avec d’abondantes provisions pour attendre la mort (voir extrait ci-dessous).

Sur le fond, Madsen se livre surtout à une critique des mœurs contemporaines et s’en prend vivement à l’hypocrisie de la bourgeoisie. Dommage que la complexité de la construction et de l’écriture nuisent autant à son roman.


Extrait de Fifth Book – After time has passed, it freezes into mirrors – Man’s soul – 3 The last stone

The day before Ard was arrested, a heavily laden barge floated down the river. Ludvig used a pole to keep it clear of the banks. The barge was close to taking water, so deeply it lay, filled as it was with stones and canned foods.

He approached the place where the river was covered over. He was about to glide into the darkness when he looked up. To his surprise, he caught sight of a couple walking hand in hand on the bank. It was Katharina and her dead husband. They were both harrowed as if they'd been through a tough battle. She had scratches in her face, he was pale. But they walked lightly, almost floating, and they smiled at each other, just as the darkness closed in over Ludvig's head.

Despite the darkness he managed to maneuver the barge into the niche he had chosen beforehand. He had to feel his way forward. He piled up the cans at one wall. Then he built a wall which completely closed off the niche from the outside world. He crept into the small, pitch black space. He made sure there was a stream of water in there, a hand's breadth wide.

They had destroyed his life. But he hadn't been any better. He had striven for vengeance instead of improvement. Just like them. But the only thing he felt now was relief and the desire not to be disturbed. He placed the two last stones in the hole. He mortared them tightly into place.

When he was very sure that his separation from the outside world was complete and irreversible, he dropped the trowel into the little water hole.

He took a deep breath and sat down in the dark.


 

 

 

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