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Face aux trois mousquetaires

Robert et Jean Grimey (auteurs)

96 pages
Editions Jeunes - 1950 - France
Roman

Intérêt: *

 

 

Note : la date de 1950 est approximative

Ce petit roman s’inscrit à la suite de Le rival de d’Artagnan et Le triomphe du cardinal. On y retrouve le héros Antoine de Brayberolles, dont le courage et l’habileté à l’épée sont tels qu’ils lui ont valu le surnom de «rival de d’Artagnan». La rivalité desdeux hommes s’appuie aussi sur le fait que Brayberolles est un homme du cardinal Richelieu tandis que d’Artagnan est lié aux ennemis de ce dernier.

Bien que fort court, Face aux trois mousquetaires est divisé en trois histoires bien distinctes. Dans la première et la dernière, d’Artagnan et les mousquetaires n’apparaissent pas. La deuxième partie, en revanche, est nettement plus intéressante du point de vue de pastichesdumas.com.

Intitulée Le siège de La Rochelle, elle s’inspire directement de l’épisode du même nom dans Les trois mousquetaires mais en y «injectant» Brayberolles et ses amis. Antoine est chargé d’escorter Richelieu qui se rend au siège de La Rochelle. Ce faisant, il surprend une conversation entre le cardinal et Milady (celle de Dumas) où celle-ci mentionne son intention d’envoyer du vin empoisonné à d’Artagnan et ses trois amis mousquetaires. Sa nature loyale refusant de tels procédés, il intervient et les empêche de boire le vin mortel, en une réécriture de l’épisode du vin d’Anjou de Dumas.

Les auteurs réécrivent également l’épisode du Bastion Saint-Gervais. Richelieu charge Antoine et ses amis de reprendre une redoute dont se sont emparé les Rochelais. Ils accomplissent avec brio une tâche dont on disait dans le camp que seuls d’Artagnan et ses amis mousquetaires en seraient capables.

Antoine est ensuite chargé par Richelieu de porter un message à Milady. Celle-ci tente de le séduire pour s’en faire une arme contre d’Artagnan. En vain : droit et incorruptible, Brayberolles ne mange pas de ce pain là.

Enfin, le héros, s’étant fait capturer par les Rochelais, observe de l’intérieur la ville assiégée. Il s’échappe, raconte tout à Richelieu et si La Rochelle tombe finalement, c’est grâce à lui!

 

Ces nombreux clins d’œil au roman de Dumas donnent un peu de substance à la notion de «rival de d’Artagnan». Les relations entre les deux hommes sont un mélange d’antagonisme politique – ils ne sont pas dans le même camp – et d’estime personnelle. A cela s’ajoutent des détails comme le fait que Richelieu aimerait bien, sans le dire ouvertement, qu’Antoine le débarrasse de d’Artagnan. Tout cela donne un – petit – intérêt à un récit qui n’est rien d’autre qu’un roman de cape et d’épées de série. Les dernières lignes de l’ouvrage laissent entendre qu’une suite est prévue. Nous ne savons pas si elle est parue, ni sous quel titre.

 

Extrait de la deuxième partie Le siège de La Rochelle, chapitre 7

(Le vicomte Antoine de Brayberolles) erra un moment à la recherche de «L’Ecu d’Argent» et trouva l’auberge alors que le soir tombait.

Quand il pénétra dans la salle, les mousquetaires et le cadet menaient grand tapage. La caissette venait d’être ouverte et les deux vénérables bouteilles étaient accueillies par des cris de joie. Porthos surtout, gros mangeur et grand buveur, s’émerveillait de cette aubaine inattendue.

Antoine fut fort bien reçu par les quatre garçons et invité à déguster le fameux vin en leur compagnie. Il allait refuser et les prévenir quand il remarqua dans un coin de la salle un homme qui, sans en avoir l’air, surveillait la scène en mangeant. Le dîneur n’avait qu’un œil. A ce signe, malgré le changement de costume, le vicomte reconnut le cocher de Milady.

S’il prévenait d’Artagnan, l’espion ne manquerait pas de le dire à sa maîtresse, qui avertirait Richelieu. Il ne fallait donc pas paraître pactiser avec son adversaire ni vouloir déjouer le plan diabolique.

Antoine accepta. Il ne savait trop comment se tirer d’affaires, déjà le vin était versé et d’Artagnan s’écriait:

- Messieurs, levons nos verres à la santé de celle qui nous envoie ce bourgogne qui a un fumet divin.

Et comme le chevalier allait boire, le vicomte s’indigna:

- Du bourgogne! Vous n’y connaissez rien, ceci est du vin d’Anjou.

Tous les regards se tournèrent vers lui. Ils marquaient une surprise extrême car cette phrase stupide avait été proférée sur un ton véritablement agressif.

- Voyons, mon cher vicomte, dit le chevalier en riant, je ne comprends pas que vous contestiez l’origine de ce vin. C’est incontestablement du bourgogne.

- Vous ne savez pas ce que vous racontez.

- Capédious! rugit le Gascon. Je ne sais quelle mouche vous pique.

- Je suis à votre disposition, s’empressa d’affirmer Antoine qui, dès le premier contact se recula si violemment qu’il renversa la table sur laquelle étaient posés les verres remplis de vin, objet de la dispute.

Une sourde exclamation partit du coin de la salle où se tenait le dîneur borgne.

- Voilà un connaisseur, reconnut Porthos d’une voix triste, il déplore la perte de ce nectar qui devait être fameux.

Cependant, Brayberolles et d’Artagnan se battaient sauvagement. De même que lors de leur première rencontre, ils se montraient d’une force égale, et ils avaient beau déployer toute leur adresse, ils ne parvenaient pas à emporter une décision.

Après avoir suivi le combat pendant quelques minutes, le borgne paya son écot et s’en alla.

Antoine savait qu’il ne pouvait se tirer à son avantage de ce duel. Son bras blessé n’était pas encore très solide et fatiguait terriblement. D’un rapide regard circulaire il inspecta la salle. Elle était vide.

- Chevalier, pria-t-il, je voudrais que nous en restions là.

- Mordious! Serait-ce, monsieur, parce que vous faiblissez?

- J’ai été blessé, il y a quelques jours, et n’ai pas encore récupéré toutes mes forces.

- Il fallait y penser avant de me provoquer. Je regrette que vous ne soyez pas dans une meilleure forme, car je pense que je vais vous battre, et il me déplaît que vous puissiez dire que je devrai ma victoire à votre handicap.

Le chevalier ferraillait de plus belle.

- Connaissez-vous une femme qui s’appelle Milady? demanda Antoine.

Athos poussa un cri et d’Artagnan abaissa son épée.

- Etes-vous de ses amis, vicomte?

- Dieu m’en préserve.

- Pourquoi nous posez-vous cette question?

- Parce que je veux vous avertir que cette femme vous hait.

- Calédis! la bonne nouvelle!

Les quatre hommes éclatèrent de rire.

- Et qu’elle a juré votre mort.

- Pardious! nous le savons bien.

- Alors, méfiez-vous un peu plus.

Antoine prit un temps et poursuivit.

- Je conviens, messieurs, que ce vin est bien de Bourgogne.

- Il est bien temps! se lamenta Porthos.

- Mais il importait que vous ne le buviez pas.

- Et pour quelle raison, je vous prie?

- Parce qu’il vous était envoyé par Milady et qu’il était empoisonné.

- Capédious!

- Je la reconnais bien là, murmura Athos.

- Pourquoi ne pas nous avoir prévenus? s’informa Aramis.

- Parce que le dîneur qui a déploré la perte du vin n’était autre que le cocher de Milady. Maintenant, si vous le désirez, chevalier, je suis prêt à reprendre notre duel.

- Quand vous venez de me sauver la vie! Jamais!

- Il se peut pourtant qu’un jour nous soyons obligés de nous couper la gorge.

- Je suis d’accord avec vous, mais j’espère que ce jour-là vous ne viendrez pas me rendre le même service.

 


 

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