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Le prisonnier masqué

Juliette Benzoni

530 pages
1998 - France
Roman

Intérêt: *

 

 

 

Le prisonnier masqué est le troisième et dernier volume de la trilogie Secret d’Etat. Il s’agit d’une variation sur le thème de l’homme au masque de fer où d’Artagnan joue un rôle non négligeable. A cet égard, ce roman présente une particularité : selon le chercheur Mihai Ciuca, il s’agirait du seul des nombreux romans historiques de Juliette Benzoni qui fasse apparaître un héros de Dumas. Or, cette prolifique auteure connaissait très bien Dumas, évidemment, et lui était attachée. Elle a notamment fait partie du bureau de la Société des Amis d’Alexandre Dumas lors de ses débuts dans les années 1970. Cela ne l’a pas incitée pour autant à faire directement référence à l’œuvre du père du roman historique français. Dans le cas du Prisonnier masqué, on pourrait d’ailleurs penser qu’elle n’utilise d’Artagnan qu’en tant que personnage historique. Mais quelques références appuyées à l’épisode des ferrets de la reine dans Les trois mousquetaires donnent le sentiment qu’elle a bien voulu citer Dumas.

La trilogie est centrée sur les aventures de Sylvie, future duchesse de Fontsomme. Dans le premier volume La chambre de la reine, elle participe en tant que demoiselle d’honneur d’Anne d’Autriche au complot qui vise à donner enfin un héritier à la couronne : elle organise les rendez-vous secrets entre la reine et le duc François de Beaufort (petit-fils d’Henri IV) qui finiront par « produire » Louis XIV. La véritable paternité du futur roi est donc le « secret d’Etat » qui donne son nom à la trilogie.

Le deuxième tome Le roi des Halles traite notamment des débuts de la Fronde, durant laquelle Beaufort gagne le surnom de « roi des Halles » en raison de sa popularité auprès du peuple de Paris. Il apparaît que Beaufort et Sylvie se vouent un passion mutuelle mais sans espoir vu leurs situations sociales et matrimoniales respectives. Sauf pour une unique nuit d’amour, qui donnera naissance au fils de Sylvie. Mais Beaufort et le duc de Fontsomme, l’époux de la jeune femme, se battent en duel et le premier tue le second.

L’intrigue principale du Prisonnier masqué commence avec la mort d’Anne d’Autriche. Sous la pression de son confesseur, elle se résout à confier à Louis XIV l’identité de son véritable père. Pour le jeune roi, très orgueilleux, c’est un coup terrible. Même s’il conserve évidemment le secret le plus absolu, il voue dès lors une haine cachée à tous ceux qui ont été mêlés au secret de sa naissance. Sylvie est exilée dans ses terres. Quant à Beaufort, Louis XIV ne peut s’en prendre à son véritable père mais intrigue pour l’éloigner. Il l’envoie faire la guerre aux Turcs tout en s’arrangeant avec ces derniers pour que le duc soit fait prisonnier et ne revienne jamais. Quand Beaufort revient malgré tout en France, il est emprisonné à Pignerol, le visage caché par un masque de velours. Juliette Benzoni opte donc pour l’hypothèse François de Beaufort pour résoudre le mystère de l’identité du masque de fer. Il s’agit du troisième des neuf « systèmes » (théories) décrits par Dumas dans son texte Les neufs systèmes sur le Masque de Fer.

Plus amoureuse que jamais de Beaufort, Sylvie décide de le faire évader de Pignerol. Au début de Le prisonnier masqué, on l’a vue faire la connaissance de d’Artagnan. Ce dernier est aussitôt tombé amoureux, lui aussi, de la belle duchesse. Un amour sans espoir qui se traduit par de solides relations d’amitié entre les deux, et par un dévouement sans faille du mousquetaire envers Sylvie.

Cette dernière manipule d’Artagnan pour le faire contribuer en toute ignorance à l’évasion de Beaufort, ou plutôt à son remplacement par un autre prisonnier. Une opération menée sans que personne ne s’en rende compte, ce qui permettra à Beaufort et Sylvie de vivre heureux et cachés pendant quinze ans.

Tout au long du roman, d’Artagnan apparaît à différentes reprises et joue un rôle important sans être de tout premier plan. Outre la part qu’il prend dans l’intrigue principale, on le voit dans bien d’autres scènes, comme tout ce qui touche à l’arrestation de Fouquet ou à ses relations avec Louis XIV (présentées sous l’angle habituel du soldat dont le dévouement est tel qu’il peut se permettre de contredire son roi).

Peu avant la fin du roman, il fait ses adieux à Sylvie, pressentant sa mort prochaine, alors qu’il part pour la campagne de Maastricht où il périra effectivement (voir extrait ci-dessous).

Le mousquetaire est bien campé avec son attachement profond à Anne d’Autriche en souvenir de l’épisode des ferrets. Les scènes où il apparaît ne peuvent manquer de faire penser aux Trois mousquetaires, que cela ait été ou non le but de Juliette Benzoni. Le prisonnier masqué ne dérive cependant qu’à la marge de l’œuvre de Dumas.

Pour le reste, le livre est fort bien mené, vivant, brossant en particulier un tableau très réussi de la façon dont Louis XIV a assis son pouvoir.

 

Extrait de la troisième partie Un masque de velours, chapitre quatorze Les amants du bout du monde

D’Artagnan vint le dernier. À l’instant où les voyageurs allaient monter en voiture, il surgit comme une bombe dans la rue des Tournelles, sauta de son cheval sans se soucier de perturber ceux de l’attelage, courut à Sylvie, la prit dans ses bras et posa sur ses lèvres le baiser le plus doux, le plus tendre qu’elle eût jamais reçu.

— Il y a des années que j’ai envie de faire cela! expliqua-t-il sans se soucier d’excuses que du reste on ne lui demandait pas. C’est mon adieu à moi puisque je... je ne vous reverrai plus. En ce monde tout au moins, où je ne resterai plus longtemps, grâce à Dieu !

— Comment pouvez-vous dire cela ? Vous êtes plus jeune que jamais et je crois bien que vous le resterez toujours ! Vous partez, vous aussi ? ajouta-t-elle en considérant l’équipement de campagne de l’officier.

— Oui. Les mousquetaires quittent Saint-Germain avec le Roi au début de l’après-midi. Quelque chose me dit que vous pourrez prier pour moi dans votre couvent car je ne reviendrai pas. Oh ! ne soyez pas triste ! Mourir à la guerre, c’est le sort que souhaite tout soldat, et mon âme pourra aller vers vous quand elle le voudra...

Il lui donna la main pour l’aider à rejoindre Perceval déjà installé qu’il salua. Il referma la portière. La dernière image, après celle de Jeannette sanglotant dans les bras de Corentin et Nicole dans ceux de Pierrot, fut une mince et martiale silhouette debout au milieu de la rue des Tournelles, saluant profondément, les plumes rouges du feutre balayant la poussière, la voiture qui s’en allait, comme elle eût salué la Reine en personne...

— Vous laissez derrière vous beaucoup de chagrin, mon cœur, murmura Perceval qui avait peine lui-même à retenir ses larmes. Êtes-vous certaine de ne pas le regretter un jour ?

— Je le regretterai chaque jour, mon cher Parrain, mais... comprenez que je vais vivre enfin le rêve de toute ma vie !...

 


 

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