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Le comte de Monte-Cristo

Véronique Boutonnet

140 pages
Les Ames Libres Editions - 2017 - France
Pièce de thêatre

Intérêt: **

 

 

Adapter Le comte de Monte-Cristo au théâtre, est-ce bien raisonnable ? Comment tirer une pièce à la fois compréhensible et jouable d’un roman aussi long et compliqué ? Bien sûr, Alexandre Dumas lui-même a montré l’exemple en écrivant une version scénique de son chef d’œuvre. Avec comme résultat un véritable monstre : une intrigue reproduite en quatre pièces successives, des dizaines d’acteurs, l’équivalent de 500 pages imprimées serré…

Les difficultés de l’entreprise n’ont pas découragé les candidats et de nombreuses versions théâtrales ont été écrites : pastichesdumas en recense déjà une grosse douzaine, d’un intérêt variable.

La version écrite et jouée par Véronique Boutonnet tranche heureusement avec toutes celles qui s’épuisent à reproduire sur scène le déroulé du roman. C’est en particulier la seule avec celle de l’Américain Christopher Walsh à ne pas suivre l’ordre chronologique. Un choix radical qui a résulté d’un long processus de maturation, comme l’explique l’auteure dans l’interview qu’elle nous a accordée.

Avec la toute première phrase de la pièce – « Jouons à ce jeu de mémoire » - le spectateur est prévenu : on ne va pas lui raconter une histoire de A à Z mais plutôt évoquer la trace laissée par les événements, leur impact sur les personnages au fil du temps. Avec comme fil directeur, souligne l’auteure, la phrase écrite par Edmond Dantès dans son cachot : « Mon dieu, conservez-moi la mémoire ».

La pièce commence en 1838 quand le comte de Monte-Cristo vient visiter le château d’If qui a cessé d’être une prison. Le concierge qui l’accompagne évoque le souvenir des derniers prisonniers qui y ont séjourné, l’abbé Faria et Edmond Dantès bien sûr. Très vite la scène est coupée de flash-backs : que le concierge mentionne Faria, et voici celui-ci qui apparaît le temps d’une réplique.

La succession de scènes, toujours courtes, ressemble souvent à des poupées gigognes. La visite de Monte-Cristo dans son ancien cachot amène une scène évoquant le récit de ses malheurs fait par Edmond Dantès à Faria, ce qui amène à son tour la scène de la confrontation entre Villefort et Dantès lors de l’arrestation de ce dernier. La pièce ne fonctionne cependant pas uniquement en flash-backs : de nombreuses scènes évoquent aussi la construction de la vengeance du comte. Et c’est finalement sur l’arrivée d’Edmond Dantès au château d’If, au tout début du roman, que s’achève la pièce, qui se termine donc là où elle avait commencé, mais vingt-trois ans plus tôt.

Pour que le spectateur ne se perde pas dans ce kaléidoscope, l’auteure utilise divers procédés : mention de dates, interventions d’un narrateur qui fournit quelques points de repère, répétition à l’identique au début d’une scène des répliques finales d’une scène antérieure pour marquer l’enchaînement…

Si le spectacle fonctionne parfaitement bien, c’est par la magie de la mise en scène et du jeu des acteurs. Ces derniers, au nombre de trois (deux hommes et une femme) pour une petite vingtaine de rôles, virevoltent, bondissent en un ballet réglé au millimètre. Un manteau que l’on retourne, une cape jetée sur les épaules, et voilà en un clin d’œil un changement de personnage qui s’opère. Le rythme échevelé du spectacle emporte tout sur son passage.

Pour apprécier pleinement cette version de Monte-Cristo, il faut évidemment la voir sur scène. La simple lecture du texte risque en effet de ne pas lui faire justice, pouvant donner l’impression d’un texte éclaté et incohérent. Une caractéristique que l’on retrouve souvent dans les pièces écrites par des acteurs plutôt que par de purs écrivains, où le texte est d’emblée intégré à une vision du jeu et de la mise en scène. C’est par exemple le cas du Porteur d’histoire d’Alexis Michalik, où la lecture du texte ne permet pas de réaliser à quel point le spectacle est excellent.

Heureusement, ce Comte de Monte-Cristo créé en 2015 est depuis joué régulièrement à Pari et en province : un spectacle à ne pas manquer.

 

Extrait : scène 18 L’échelle de corde

Monte-Cristo, le concierge

Monte-Cristo
Qu’as-tu à m’offrir, mon ami?

Le concierge
Quelque chose qui se rapporte à l’histoire de tout à l’heure. Voyons monsieur, qu’avez-vous ? Asseyez-vous, ici, on étouffe dans ces cachots.

Monte-Cristo
Un instant, donnez-moi un instant... Quelque chose qui se rapporte à l’histoire de tout à l’heure ?

Le concierge
Oui monsieur quelque chose qui se rapporte à l’histoire de l'abbé fou, le numéro 27.

Monte-Cristo
En vérité ?

Le concierge
On trouve toujours quelque chose dans une chambre où un prisonnier est resté quinze ans. Je me suis dit cela. Voici ce que je me suis dit monsieur.

Monte-Cristo
Continue.

Le concierge
Je me suis mis à sonder les murailles. À force de recherches, j’ai découvert que cela sonnait le creux au chevet du lit sous l’âtre de la cheminée. J’ai levé les pierres et j’ai trouvé.

Monte-Cristo
Une échelle de corde ? Des outils ?

Le concierge
Comment savez-vous cela ?

Monte-Cristo
Je ne le sais pas. Je le devine.

Le concierge
C’est cela, oui monsieur. Une échelle de corde, des outils.

Monte-Cristo
Et tu les as encore ?

Le concierge
Non, monsieur. J’ai vendu ces différents objets, qui étaient fort curieux, à des visiteurs. Mais il me reste autre chose.

Monte-Cristo
Mon Dieu conservez-moi la mémoire. Monte-Cristo, n’oubliez pas Monte-Cristo.


 

 

 

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