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Alexandre
L’intrépide Dumas

Bertrand Puard

196 pages
Hachette - 2018 - France
Roman

Intérêt: *

 

 

Note: ce livre est classé à la fois dans la catégorie "suite de Monte-Cristo" et dans celle "Dumas, héros de roman". Sa fiche peut donc apparaître deux fois dans les listes de recherche.

Ce roman destiné aux adolescents est le premier d’une série conçue sur une idée originale : évoquer la jeunesse des grands écrivains en y mêlant des éléments inspirés de leurs romans à venir. Après ce volume consacré à Alexandre Dumas viennent ainsi Emile, l’intraitable Zola et Victor, l’incandescent Hugo. Comme on peut le voir dans Alexandre, l’intrépide Dumas, cette formule mélange donc des éléments biographiques réels (un peu) et des aventures tout à fait fantaisistes (beaucoup).

L’histoire commence à Villers-Cotterêts où Alexandre vit avec sa mère Marie-Louise. Le garçon a onze ans, son père, le général Dumas, est mort depuis longtemps, et sa veuve peine à élever leur fils avec sa maigre activité de bureau de tabac. Autant d’éléments parfaitement conformes à la réalité, de même que, dans les grandes lignes, le portrait de l’adolescent : ne tenant pas en place, préférant cent fois vadrouiller dans les forêts avoisinantes plutôt que d’aller au collège, rêvant d’un glorieux avenir d’écrivain et… portant beaucoup d’affection à une certaine Aglaé, jolie jeune fille de quatre ans son aînée (Aglaé Tellier qui fut effectivement la première maîtresse de Dumas, mais quatre ans plus tard dans la réalité).

Il ne faut pas longtemps pour que les escapades du gamin turbulent prennent une tout autre dimension. Boudoux, un homme étrange qui vit en sauvage dans la forêt (inspiré d’un personnage réel décrit par Dumas dans ses Mémoires) et avec qui Alexandre est très ami, disparaît. En partant à sa recherche, le garçon et Aglaé découvrent un réseau de souterrains sous Villers-Cotterêts, dans lequel est caché un véritable trésor. Les deux adolescents décident d’enquêter sur ces mystères et pour ce faire créent la société secrète des Deux Mousquetaires, Alexandre venant de lire les Mémoires de Monsieur d’Artagnan. Partis à Paris, ils sont kidnappés par un Anglais, lord Wilmore, qui les envoie en mission dans une réception donnée par le comte Danglars, banquier et homme politique dont l’épouse s’appelle Mercédès et le fils Edmond.

De péripétie en péripétie, Alexandre et Aglaé sont arrêtés par le commissaire de police Villefort, rencontrent un directeur de journal nommé Morcerf et se rendent à Marseille où doit se trouver l’explication de ces énigmes. Chemin faisant, ils font escale dans une auberge près du pont du Gard où ils sont drogués.

Au bout du compte, Alexandre apprend que toutes ces machinations ont été orchestrées par un homme aux multiples identités qui a entrepris de se venger. Fils d’un armateur marseillais, il a jadis été victime d’un complot monté par Danglars et Villefort : ils l’ont fait passer comme coupable d’un vol qui a causé la ruine de son père. Il a été condamné à trente ans de prison au château d’If où il a rencontré un prisonnier nommé Faria, Danglars lui a pris sa fiancée Mercédès… Dans les pages finales, Alexandre et Aglaé découvrent que Danglars s’est aménagé un repaire dans l’île de Monte-Cristo.

 

Comme on peut le voir à travers les grandes lignes du roman, le procédé utilisé par Bertrand Puard est simple : imaginer qu’Alexandre Dumas adolescent a vécu une aventure réelle qui lui a apporté les éléments constitutifs de son futur roman Le comte de Monte-Cristo. Emprisonnement injuste suite à une machination, château d’If, île de Monte-Cristo, vengeance compliquée, identités multiples du vengeur, noms des principaux personnages : tout est là. Devenu écrivain, ambition qu’il réaffirme tout au long de son aventure, Alexandre n’aura plus qu’à recombiner un peu différemment les « briques » du récit.

C’est là d’ailleurs que le procédé trouve peut-être ses limites. En collant de très près à son modèle, Le comte de Monte-Cristo, ce roman, qui combine curieusement lecture très attentive des Mémoires de Dumas et de son chef d’œuvre romanesque, n’est finalement pas très inventif. Reste que s’il peut convaincre les jeunes ados qui le liront de se plonger dans le roman d’origine et plus généralement dans l’œuvre de Dumas, il aura atteint le but que s’est fixé l’auteur : Bertrand Puard, qui a écrit de nombreux romans pour adolescents, est un passionné d’Alexandre Dumas. Son excellente série Les Effacés regorge elle aussi d’allusions à Monte-Cristo.

 

Extrait du chapitre 28

Et ce fut Bartolomeo Spada qui brisa ce silence afin de raconter son histoire, enfin :

- Oui, je suis bien l'homme aux mille visages, même si le seul et l'unique vrai est celui que je portais à ma naissance, celui que m'ont offert mes deux parents. Mon père était armateur à Marseille, et c'est tout naturellement qu'à l'âge de seize ans je suis entré dans sa société. Notre activité consistait à affréter des bateaux depuis le port de Marseille vers d'autres destinations pour le compte de commerçants ou de riches particuliers. Nous nous chargions du transport de marchandises ou de personnes, et le nom de Spada avait acquis au fil des ans, grâce au très grand professionnalisme de mon père, une réputation extraordinaire qui dépassait de loin les limites de la France. Mais, comme la plupart des réussites fulgurantes, elles créent bien des jalousies. Un jour, c'était il y a un peu plus de quinze ans, quasiment ton âge, mon Aglaé, on a confié à notre société le soin de mener à bon port un bateau de Marseille jusqu'à Naples. Ce n'était pas une mission tout à fait comme les autres puisqu'il s'agissait de convoyer une cargaison fabuleuse de pierres précieuses et de pièces d'or. Avec mon père, nous avions pris toutes les dispositions nécessaires pour que le transport se passe sans problème. Le plan de navigation a été gardé secret jusqu'au dernier instant. L'équipage était constitué par des hommes en qui nous avions une totale confiance, des fidèles parmi les fidèles. Et nous avions engagé plusieurs hommes de main très aguerris au cas où le bateau aurait à subir une attaque en mer. Nous étions donc certains d'assurer cette mission certes délicate, mais préparée sans omettre le moindre détail.

- Et le bateau n'est jamais arrivé à Naples, souffla Alexandre.

- Jamais, non. Il a disparu en pleine mer, avec sa cargaison et son équipage. En ce morne petit matin de mars, lorsque j'ai appris l'horrible nouvelle et que la police de Marseille est venue aussitôt m'arrêter, j'ai su que dès lors ma vie ne serait plus que peine et souffrance. J'ai été jugé coupable et condamné pour avoir détourné puis volé la cargaison du navire dont j'avais la charge. On m'a aussi accusé d'avoir exécuté les vingt membres de l'équipage afin de m'assurer de leur silence.

- Mais, si on vous a condamné, s'emporta Alexandre, c'est qu'il y a eu des preuves !

- Oui, de fausses preuves à charge contre moi. J'étais censé être le seul, avec le capitaine du bateau, à connaître le plan de navigation. Même mon père, qui est mort de chagrin quelques mois après ma condamnation, le pauvre homme, ignorait tout du tracé que nous avions décidé pour relier Marseille à Naples. Pourtant, il y avait bien une troisième personne qui avait expressément demandé à être mise dans la confidence. Le banquier de notre société. Un jeune homme qui débutait dans le métier avec talent et en qui j'avais toute confiance, nous étions même comme deux amis...

- Ce banquier, s'écria Aglaé, c'est le comte Danglars !

- Oui, ma fille, dit Bartolomeo Spada en lui serrant la main plus fort encore, même s'il n'était pas encore comte. Mais il s'agit bien de ce Danglars de malheur ! C'est lui qui a tout organisé... Le détournement du navire et ma mise en accusation. Pour cela, il a utilisé deux complices, ou plutôt trois si l'on veut se montrer précis. Tout d'abord, il lui fallait convaincre un lieutenant de la police générale de Marseille de ma culpabilité forgée sur de fausses preuves.

- Et là, c'est Villefort qui entre en piste.

Alexandre comprit alors la réaction du commissaire en découvrant le visage de Boudoux. Il avait vu le visage de Spada, l'homme qu'il avait injustement fait condamner !

- Vous avez l'esprit vif ! Villefort, oui, alors simple policier, ami de Danglars. C'est d'ailleurs cet homme de peu de foi qui m'a arrêté il y a quinze ans et qui m'a privé de ma liberté avant que je parvienne à la reconquérir.


 

 

 

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