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The stars’ tennis balls
L’île du Dr Mallo (Belfond)

Stephen Fry

372 pages
2000 - Royaume-Uni
Roman

Intérêt: **

 

Acteur et réalisateur connu, mais également romancier, Stephen Fry livre avec The stars' tennis balls un roman qui, contrairement à ce que le titre français pourrait faire croire, n'a rien à voir avec un pastiche de H.G. Wells: il s'agit en fait d'un "remake" du Comte de Monte-Cristo, transposé dans la Grande-Bretagne contemporaine.

La réécriture du roman de Dumas est au premier degré et parfaitement explicite: les personnages sont les mêmes - leurs noms sont le plus souvent des anagrammes de ceux de leurs modèles - et le fil de l'intrigue est rigoureusement respecté.

L'histoire est celle de Ned Maddstone (anagramme d'Edmond Dantès), fils de ministre conservateur dans le Londres des années 80, étudiant sans histoire amoureux fou de la belle Portia. Sans s'en douter, il est haï par ses camarades d'études Rufus Cade, raté et drogué, et Ashley Barson-Garland (= Ashley "Baron Danglars"), arriviste forcené pour qui Ned incarne tout ce qu'il n'est pas. Autre ennemi caché: Gordon Fendeman (= Fernand Mondego), cousin de Portia et amoureux d'elle.

Au cours d'une croisière, Ned se voit remettre par le moniteur de voile, mourant, une lettre à porter à Londres. Il ignore totalement qu'il s'agit d'un message de l'IRA. Ses trois ennemis organisent une mise en scène pour le faire arrêter pour trafic de drogue. La lettre trouvée sur lui le fait remettre aux services secrets, en la personne d'Oliver Delft (= de Villefort). Le malheur veut que ce dernier soit le fils de la destinataire du message de l'IRA. Sa réaction immédiate est de faire disparaître Ned, en l'envoyant dans un très discret hôpital psychiatrique installé sur une île au large de la Suède.

Dans cet établissement très spécial, dirigé par le Dr Mallo, Ned passe vingt années dont les premières dans des conditions effroyables: électrochocs, drogues, brutalités, isolement total... Au fil des années, son isolement cesse et il se lie intimement à "Babe" (= abbé), un autre détenu envoyé là par les services secrets du Royaume-Uni, qui lui fait partager ses connaissances encyclopédiques et lui confie les références du compte en Suisse où il a amassé des sommes considérables détournées des fonds secrets britanniques. A la mort de Babe, Ned s'introduit dans son cercueil et s'échappe de l'île.

En 1999, l'arrivée à Londres de Simon Cotter (= Monte-Cristo) fait sensation: il s'agit d'une vedette internationale de la Nouvelle Economie Internet, à la tête de l'empire CotterDotCom. Richissime, Cotter achète un journal, investit tous azimuts, prend de nombreux contacts. Il engage le jeune Albert, fils de Portia et de son mari Gordon, confie une chronique dans son journal au brillant député Barson-Garland, débauche le chef des services secrets, Oliver Delft, pour en faire le responsable de la sécurité de CotterDotCom.

Le malheur s'abat alors sur tous les anciens ennemis de Ned. Rufus Cade, entraîné dans une escroquerie de trafiquants de drogue, est coupé en morceaux par ces derniers. Gordon voit l'entreprise qu'il a créée, qui distribue du café "éthique", s'effondrer quand il est révélé qu'il a spolié les tribus africaines qui le produisent, et meurt d'une attaque.
Barson-Garland, qui fait campagne pour la protection des enfants contre les sites pornographiques sur Internet, se suicide quand sa propre addiction aux sites pédophiles est révélée en direct à la télévision. Enfin, Delft est enlevé et acculé à un suicide atroce par Cotter lui-même.

Sa vengeance accomplie, ce dernier, rejeté par Portia, va s'enfermer dans l'asile du Dr Mallo, qui travaille désormais pour lui.

 

Cette fin très sombre, après une vengeance des plus violentes, est à peu près le seul point de divergence - légère au demeurant - avec le roman de Dumas. The stars' tennis balls est certes loin d'être sans mérite. Stephen Fry se régale dans la satire de la société britannique: les barrières entre classes sociales, le snobisme, le politiquement correct, le fonctionnement des médias, l'engouement pour la Nouvelle Economie, l'opposition entre le modernisme forcené des travaillistes et le conservatisme borné des tories rendent fort plaisante la lecture de ce livre très bien écrit. Mais on peut regretter que Fry ait choisi de coller d'aussi près à son modèle - comme par exemple dans La force du destin de Philippe Daudy ou Talion de Christian de Montella - sans prendre les libertés créatives qui permettent d'enrichir le mythe, comme dans, entre autres, The stars my destination ou, tout récemment, La Reina del Sur.


Extrait de la 4ème partie
(version française ci-dessous)

Simon Cotter arrived in England by private plane in the autumn of 1999. His reputation for financial adventuring preceded him.

There was not an ambitious young person in Europe who did not want to catch the attention of this remarkable buccaneer. No one rode the dot.com bubble harder, funding young, energetic and ambitious dreamers whose ventures, when floated on the European technology exchanges, made opening valuations that caused the eyes of seasoned traders to pop. Some said that the swollen, iridescent membrane of e-commerce would soon burst, but for the moment no one was soaring higher than Simon Cotter of CotterDotCom. The doomsayers insisted that the balloon was given its stratospheric lift by hot air and that the world was growing giddy with altitude sickness. The faithful maintained that the venture was fired by a true spirit of innovation and enterprise and would last beyond the lifetime of the sceptics.

Cotter was not yet forty, but the gossip had it that he owned twenty-five million for every year of his life. A website tracked his estimated fortune against the fluctuation of the markets, one day in October it showed him earning four million pounds sterling in just eight hours of trading. The Man of the Millennium had arrived and, to the excitement of the British press, he was about to make his home in England, the land - some claimed - of his birth.

He was unmarried and said to exude a magnetic appeal that had men and women alike gasping and moaning with admiration. Cynics asserted that a dead sea-slug with that kind of money and power would radiate charisma and sex-appeal. That isn't necessarily so, it was pointed out to them - look at Bill Gates. Not all that is gold, glitters.

That no one knew where Simon Cotter had come from with such indecent speed added greatly to his mystery. One moment the world was Cotter free, the next he was bigger than Harry Potter. Poems were written on that very subject, taking advantage of the happy accident of the rhyme.

The man was rumoured to be able to speak nine languages and play an unbeatable game of backgammon. The French believed that he was French, but the Germans, Italians and Austrians also claimed him for their own. The Swiss pointed to his head offices outside Geneva, not five kilometres from where the World Wide Web itself had been devised and declared Cotter to be Swisser than a yodel. Others tapped the sides of their noses and whispered gravely about the Russian mafia, Colombian cartels and other dark and dangerous corners of the world. Geneva might be the birthplace of the World Wide Web, they said, but it was also the world's financial laundromat. Where there's brass, there's muck, they said. It can't last, they said. It's brightest just before the dusk, they said.

Traduction en français par Christiane et David Ellis - Belfond, 2002

Lorsque Simon Cotter arriva en Angleterre dans un jet privé, à l'automne 1999, sa réputation d'aventurier de la finance l'avait déjà précédé.

L'Europe regorgeait de jeunes cadres aux dents longues rêvant d'attirer l'attention de ce flibustier d'une espèce si remarquable. Nul n'avait su mieux que lui s'approprier la bulle dot.com, ne négligeant aucune occasion de financer ces jeunes ambitieux énergiques et imaginatifs qui inondaient le marché de leurs entreprises nouvelles, avec des premières cotations qui laissaient pantois les vieux briscards de la Bourse. Certains prédisaient que la membrane irisée et sur-gonflée de l'e-commerce finirait bientôt par éclater. Mais, pour le moment, personne n'avait atteint les hauteurs vertigineuses de Simon Cotter, de CotterDotCom, Les prophètes de malheur ne manquaient pas de le comparer à un ballon stratosphérique: son ascension ne reposait que sur du vent, et les passagers ne tarderaient pas à avoir le vertige et à souffrir du mal des sommets. Les enthousiastes soutenaient au contraire que cette aventure était animée par un véritable esprit pionnier et novateur, lui prédisant une vie qui dépasserait largement celle de ses détracteurs.

Simon Cotter n'avait pas encore quarante ans, mais la rumeur publique lui attribuait vingt-cinq millions de livres sterling par année de vie. Un site web, publiant le bilan constant de sa fortune actualisée selon les fluctuations des marchés, avait pu établir qu'un jour d'octobre il avait gagné quatre millions de livres sterling rien qu'en huit heures d'opérations boursières. L'Homme du Millénaire était arrivé et pour la plus grande joie de la presse britannique, cet être providentiel s'apprêtait à élire domicile en Angleterre, le pays où, disait-on, il était né.

Il était célibataire et on prétendait qu'il produisait une attraction magnétique si forte que non seulement les femmes mais aussi les hommes en restaient bouche bée et délirants d'admiration. Les cyniques ne manquaient pas d'avancer qu'une limace crevée disposant d'autant d'argent et de pouvoir aurait été créditée du même charisme et du même sex-appeal. Pas nécessairement, rétorquaient ses fans : voyez Bill Gates, par exemple. Tout ce qui est or ne brille pas forcément.

Que personne ne sût d'où était sorti Simon Cotter avant cette ascension d'une rapidité indécente ne faisait qu'ajouter au mystère. Du jour au lendemain, on était passé de l'ère pré-Cotter à un monde où ce nom était plus célèbre que celui de Harry Potter. Il circulait même des poèmes à ce sujet, saisissant l'avantage d'une rime facile.

On assurait que l'homme parlait neuf langues et qu'il était imbattable au backgammon. Les Français le déclaraient français, mais les Allemands, les Italiens et les Autrichiens le revendiquaient aussi comme l'un des leurs. Les Suisses faisaient remarquer que son siège social était installé à Genève, à moins de cinq kilomètres de l'endroit où était né le World Wide Web, et affirmaient que Cotter était plus suisse que les horloges à coucou. D'autres prenaient des airs entendus, et chuchotaient gravement qu'il fallait chercher du côté de la Mafia russe, des cartels de Colombie, et autres coins sombres et dangereux de la planète. Bien sûr, ajoutaient-ils, Genève est le lieu de naissance du Wor/d Wide Web, mais c'est aussi la grande laverie automatique du monde de la finance. Et qui dit finance dit fumier. Tout cela ne durera pas. C'est l'éclaircie avant le déluge.


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