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Le Seigneur du Monde

Adolf Mützelburg

460 pages
Albert Sacco - 1856 - Allemagne
Roman

Intérêt: **

 

 

Le Seigneur du Monde est un cas très particulier parmi tous ceux recensés sur pastichesdumas.com. Son importance historique est certaine. Paru dès 1856, c’est l’une des toutes premières suites romanesques données au Comte de Monte-Cristo. Très connu et souvent cité à ce titre, il est fréquemment mis en parallèle avec La main du défunt, suite portugaise publiée un peu avant, en 1853, qui a connu une notoriété considérable et de multiples traductions.

Edition italienne

Le roman allemand est d’ailleurs présenté dans certaines éditions comme étant la suite du Comte de Monte-Cristo ET de La main du défunt. Une aberration puisque les deux livres prennent comme point de départ la fin du roman de Dumas et divergent complètement dans leurs péripéties.

Dû à l’auteur allemand Adolf Mützelburg (1831-1882), Le Seigneur du Monde a lui aussi été traduit dans plusieurs langues comme l’italien, le tchèque et le suédois. En revanche, il n’a semble-t-il jamais eu de version française ou anglaise. Une traduction en espagnol a peut-être été publiée mais elle est introuvable.

L’exemplaire en ma possession est une traduction en italien, Il Signore del Mondo. Ne lisant pas cette langue, j’ai fait appel à François Rahier, grand dumasien et spécialiste du théâtre de Dumas, qui a bien voulu lire cet imposant ouvrage : le roman est fort long, les 460 pages indiquées ci-dessus correspondant à cette édition italienne grand format, imprimée en petit sur deux colonnes. François Rahier a rédigé le synopsis très détaillé que l’on trouvera ci-dessous, ainsi qu’une analyse fouillée de l’ouvrage.

Signalons enfin que Mützelburg a écrit une suite au Seigneur du Monde : Die Millionenbraut (La jeune fille aux millions).  

Un immense merci à François Rahier pour ce travail de bénédictin. Merci également à Peter Richter pour ses nombreuses informations sur Adolf Mützelburg et ses reproductions de couvertures.

P. de J.

 

Résumé, par François Rahier

(note: les chapitres sont numérotés en chiffres romains, les intertitres au sein des chapitres en chiffres arabes)

I - Don Lotario di Toledo. Un jeune Espagnol rencontre en Californie des Indiens qui l’interrogent sur l’étrange colonie que des Européens viennent d’y fonder depuis quelque temps. Justement, Lotario se rend chez Lord Hope, le maître des lieux, et s’extasie sur les transformations étonnantes de cet endroit naguère sauvage.

II - Lord Hope. Lotario fait la connaissance du mystérieux Lord Hope ; une attaque indienne de la forteresse est repoussée pacifiquement grâce à un gaz soporifique inventé par le maître des lieux, celui que son intendant Hakey appelle « signor conte » mais qui préfère garder l’anonymat. Lotario découvre que Lord Hope retient prisonnier l’assassin de son père. Rencontre avec des mormons établis dans les environs ; une rixe éclate entre Hope et un jeune mormon, Wolfram, mis à mal par la force de Hope ;  nouvelle manifestation des pouvoirs extraordinaires de celui-ci.

Edition allemande de 1860

1 - Edmondo Dantès Conte di Monte Cristo. Lord Hope est bien Monte-Cristo. Il vit avec Haydée dans cette colonie. Devenu quasi alchimiste grâce au secret d’un Allemand rencontré dans le désert – nouvel abbé Faria selon ses termes – il fait de l’or et décide de mettre son pouvoir (en fait, le personnage tient de Joseph Balsamo autant que de Dantès à ce moment. Il peut aussi avoir influencé Jules Verne, pour Mathias Sandorf, Nemo ou Robur le conquérant) et sa nouvelle fortune au service de l’humanité, maintenant qu’il a dépensé la fortune de Faria pour assouvir sa vengeance personnelle (nouveau pseudo : Hope = Espoir). Nous apprenons que Valentine de Villefort est toujours vivante.

2 - La sposa dei mormoni [L’épouse des mormons]. une jeune fille s’échappe du camp des mormons ; amoureuse de l’un d’entre eux, elle refuse cependant la polygamie qui est la règle chez eux ; réfugiée chez Lord Hope (au passage, nous apprenons que Hakey, qui l’introduit, n’est autre que Bertuccio), elle raconte son histoire, et celle de la communauté des mormons depuis la disparition de Joseph Smith, son fondateur. Elle est française, et nous découvrons qu’il s’agit d’Amalia, une fille de Villefort, sœur de Valentine. Hope lui révèle alors qui il est, et raconte l’histoire d’Edmond Dantès, de Danglars et de Fernand, etc. La jeune fille repart, confortée par Hope dans son amour pour Wolfram mais aussi dans sa résolution de lutter contre la polygamie.

3 - Don Lotario parte a Berlin. Rencontre de Lord Hope et de Don Lotario – qui l’emmène chez lui et lui fait faire la connaissance de sa fiancée, Doña Rosalba, plus âgée que lui. Attitude ambigüe de Lord Hope. Peu après, il manigance avec une tribu indienne l’attaque de la propriété du jeune Espagnol. Celui-ci est ruiné, et le mariage ne peut se faire. On comprend que Lord Hope veut faire de Don Lotario son obligé, puis son disciple, son fils… Machiavélique, il l’envoie tisser sa toile à New York, Londres, Paris et Berlin où il est chargé de rencontrer un autre protégé de Hope / Monte-Cristo, un jeune Indien naguère rencontré à Calcutta. À Berlin il devra aussi retrouver la famille Büchting. Le chapitre se clôt par l’étonnante prière de Monte-Cristo « seigneur du monde » au « Seigneur de l’univers » : « Fais que je sois ton instrument, et pardonne ce que j’ai fait en ton nom ».

III - Alberto Herrera. Où l’on retrouve Albert de Morcerf (Herrera), fils de Fernand Mondego et de Mercédès Herrera. Albert, lieutenant français à Mostaganem (Algérie fraichement conquise par la France), raconte son histoire à son colonel, et lui confie une lettre pour Mercédès qui vit encore à Marseille. Il part en mission combattre les dissidents kabyles de l’émir Abd-el-Kader. En cours de route il rencontre le juif Eli-Baruch-Manassé qui pleure Judith, sa fille enlevée par les Kabyles.

1 - I Cabili [Les Kabyles]. Albert s’introduit chez les Kabyles, grimé, en se faisant passer pour l’envoyé d’un de leurs chefs. Poursuivi par les Français, les dissidents trouvent refuge dans la grotte de Dafara.

Edition allemande de 1914

IV - La Grotta di Dafara. C’est l’épisode historique de la tristement célèbre « enfumade » de la grotte de Dahra le 18 juin 1845 (qui fit de 700 à 1000 morts hommes, femmes et enfants, et fut dénoncé à l’époque comme l’un des premiers crimes de guerre). Albert échappe au massacre, et, toujours dissimulé sous les traits d’un guerrier kabyle, part en expédition « chercher du secours ».

1 - Giuditta. La rencontre inattendue d’un lion qui l’attaque et l’amène à s’écrier, en français dans le texte, « Mon Dieu, je suis perdu » le trahit auprès de ses compagnons qui découvrent en lui un « giaour », un Français.Prisonnier lui aussi, il retrouve Judith.

V - Il Samum [Le simoun]. Une tempête de sable (le « simoun »), leur permet de s’évader tous les deux, mais leur fuite est bien périlleuse et la fin du chapitre les laisse à l’article de la mort.

VI - Morrel. Nous nous retrouvons le 28 septembre 1840 à la Chambre des Pairs à Paris où, peu de temps auparavant, avait été prononcée la condamnation du général de Morcerf ; aujourd’hui comparaît Louis Bonaparte, fils de l’ex-roi de Hollande, neveu de Napoléon Ier et futur Napoléon III ; il doit rendre compte de sa récente tentative de coup d’État (Boulogne-sur-Mer, 5-6 août 1840). En même temps est jugé son complice Maximilien Morrel, pris les armes à la main en sa compagnie. Interrogé, celui-ci fait une profession de foi bonapartiste (« Les Napoléonides sont les seuls souverains possibles pour la France »). Dans l’attente de la sentence, Maximilien demande à voir sa femme Valentine et son fils.

VII - Valentina. Valentine et son fils, le petit Edmond, sont pour l’heure hébergés chez Julie, la sœur de Maximilien, et son mari Emmanuel Herbault. Ils lisent dans les journaux les nouvelles du procès. Interrogée par le procureur Franck Carré (qui semble totalement béotien, c’est un artifice de l’auteur qui lui permet de rappeler ici une grande partie de l’histoire de  Monte-Cristo) qui l’incite à demander à Maximilien des détails sur une mission secrète qu’il s’apprêtait à accomplir à Londres, Valentine revient sur l’histoire de sa famille et son empoisonnement, et les circonstances dans lesquelles Monte-Cristo l’a sauvée de la mort. À la fin du chapitre un message anonyme annonce à Valentine que son mari sera bientôt libre.

VIII - Nel Palazzo Reale [Au Palais Royal]. Dans un fumoir du Palais Royal cinq jeunes gens devisent et se donnent des nouvelles des protagonistes de l’histoire ; il y a Debray, Château-Renaud, le journaliste Beauchamp et le vicomte François d’Épinay qui fut jadis promis à Valentine ; le cinquième est un nouveau venu, le baron de Loupert, personnage mystérieux qui suscite bien des interrogations. Survient Don Lotario qui a fait récemment son entrée dans ce petit monde, et qui est plutôt bien accueilli, lui. Ayant perdu au jeu, Loupert tente en vain d’emprunter de l’argent à Lotario. Il erre dans Paris, et, attiré par une fenêtre encore éclairée, il pénètre dans un hôtel particulier…

1 - Teresa. Pendant ce temps Lotario suit les bords de la Seine à la recherche d’une aventure féminine. Il rencontre la mystérieuse Teresa qui habite, coïncidence, près de chez l’abbé Languidais, l’un des personnages que Monte-Cristo l’a envoyé rencontrer en Europe.

Edition suédoise de 1899

IX - Madre et Figlio. Nous retrouvons Loupert qui s’est introduit dans l’hôtel particulier de la baronne Danglars. Loupert demande à la rencontrer et se dévoile : il est Andréa Cavalcanti, son fils ! Long récit rétrospectif où Andréa/Benedetto raconte comment Bertuccio l’a sauvé alors que Villefort tentait de faire disparaître ce fils illégitime, etc.… Entrevue orageuse entre la mère et le fils, qui lui extorque 50.000 francs.

X - L’incendio. Pendant que Morrel, dans sa cellule, se remémore le récit que lui avait fait Dantès de sa propre incarcération au château d’If, un envoyé de Monte-Cristo lui propose de l’aider à s’évader ; mais l’arrivée du procureur Franck Carré et un incendie qui ravage le bâtiment compromettent l’affaire.

XI - Il fuggitivo. La même nuit, Don Lotario porte secours à l’un des forçats évadés à la faveur de l’incendie  qui se présente sous le nom de « Stefano Rablasy ».

XII - La Visita. Le lendemain matin, à la lecture du journal, Lotario découvre que le « tristement célèbre forçat Rablasy » ne s’est pas évadé : qui est donc le mystérieux inconnu auquel il a porté secours la veille ? Il se rend au café Tortoni où il voit, attablés, Loupert et le mystérieux Rablasy. Il va ensuite chez l’abbé Languidais avec lequel il a rendez-vous. Mais celui-ci n’étant pas là, il s’arrête chez Teresa qui habite à côté, et la trouve en pleine crise d’épilepsie. Lorsque la jeune femme est remise, Lotario s’entretient avec elle et lui manifeste son intérêt. Survient le comte d’Arenberg, protecteur et second père de Teresa. Arenberg et Lotario font connaissance. Peu après arrive la baronne Danglars qui souhaite parler en privé avec Teresa, dont elle est devenue l’amie intime. Exit Lotario.

XIII - Cinquantamila franchi. 50.000 francs, c’est la somme pour laquelle Loupert/ Cavalcanti vient d’assassiner sa mère, presque sous les yeux de Lotario, venu demander conseil et assistance à la baronne Danglars au sujet de la jeune Teresa dont il est éperdument amoureux.

XIV - Speranza e dubbio [Espérance et doute]. De retour au Palais Royal Lotario démasque Loupert, qui prend la fuite. Sur les conseils de l’abbé Languidais, il va prendre son mal en patience, car Teresa, profondément troublée par l’assassinat de la baronne Danglars, vient de partir à Berlin avec le comte d’Arenberg, sur l’identité réelle duquel nous ne sommes pas encore renseignés. De son côté, avant de se rendre à Berlin, Lotario part pour Londres.

XV - Il Condore. Retour en Amérique et chez les mormons. Nous retrouvons le jeune Wolfram, qui a fui ses congénères pour trouver refuge dans une ile isolée où il a dressé un jeune condor d’une taille déjà impressionnante. Deux de ses frères en religion étant venu lui annoncer que la jeune Amalia, qu’il aime éperdument, va être adjugée à un autre frère s’il ne rejoint pas immédiatement la communauté établie près du Grand lac salé – une communauté où l’on ne tolère pas plus le célibat que la monogamie semble-t-il – Wolfram chevauche son condor et se rend à la Nouvelle Jérusalem (premier nom de Salt Lake City).

XV bis - Amalia (il y a deux chapitres XV ; erreur d’impression, que la table des matières corrige en créant un chapitre « XV bis »). Dans un aparté l’auteur prend la défense des mormons, trop souvent calomniés : même si l’on peut critiquer leurs croyances, ce sont de rudes travailleurs, et leur œuvre colonisatrice est exaltée. De retour à sa communauté, Wolfram presse Amalia de le suivre, mais la jeune fille hésite encore.

XVI - Una domenica appo i Mormoni [Un dimanche avec les mormons]. Apprenant que les mariages vont avoir lieu, Wolfram retourne à la Nouvelle Jérusalem ; Amalia, qui a plusieurs prétendants, semble toujours le dédaigner et préférer le français Bertois. Mais un mystérieux quaker semble mener l’affaire dans le sens des intérêts de Wolfram.

XVII - La lotta [La lutte]. Bertois apprend à Wolfram qu’il a demandé Amalia en mariage pour qu’elle échappe à ses autres prétendants mormons, sur ordre vraisemblablement de Lord Hope, et que maintenant elle l’attend. Le jeune homme enlève Amalia ; poursuivis par les frères ils s’envolent tous les deux sur le dos du condor géant. Toujours vindicatif vis-à-vis de Lord Hope, Wolfram refuse de retourner chez lui et se rend à New York où il compte trouver de l’aide auprès de Nathan Brothers and Co.

XVIII - La Tentazione : suite du chapitre V. Albert et Judith, rescapés du Simoun, trouvent refuge dans une oasis. La passion amoureuse du jeune homme l’amène, au bord de la tentation, à manquer de respect à la jeune juive. Mais Judith ne lui en tient pas rigueur, loin de là.

XIX - Ali Ben Mohamed. Les deux jeunes gens se joignent à une caravane qui s’enfonce au cœur de l’Afrique noire vers le lac Tchad. Le chef de caravane est un Africain nommé Ali Ben Mohamed. Entre autres péripéties de ce long chapitre, la rencontre d’un lion, l’attirance d’Ali pour Judith (qu’Albert, toujours travesti en Arabe, fait passer pour sa sœur), leur fuite devant les menaces d’Ali, leur refuge dans le tronc d’un baobab, enfin, où ils sont protégés par une panthère.

XX - Muley. Échappant à tous leurs ennemis, ils parviennent à Massonah, capitale du sultanat de Bagherme. Là, ils apprennent que le sultan recherche son fils enlevé par une tribu ennemie, et offre une grande récompense à celui qui le lui ramènerait. Une ancienne prophétie laisse entendre que le fils du sultan serait sauvé par un étranger. Muley offre de l’accompagner, et c’est alors qu’Albert reconnait en lui le vieux serviteur des Morcerf, Achmet !

XXI - Una rivoluzione in Massonah. L’expédition amène Albert sur une île du lac Tchad. La délivrance du jeune fils du sultan tourne mal ; malade, il meurt lors du retour à Massonah. Le sultan, ivre de douleur, condamne Albert à mort. Mais, en vertu de la deuxième partie de l’antique prophétie – celui qui tente de sauver le prince héritier, si celui-ci meurt, hérite du trône à son tour –, et à la faveur d’une insurrection, Albert devient le nouveau sultan de Bagherme. Albert hésite, mais Achmet le convainc qu’il sera un bon père pour les nègres, et qu’il contribuera à civiliser ce pays. Le chapitre se termine par deux lettres d’Albert, la première à son colonel, pour lui demander un congé, et la seconde à sa mère, l’informant qu’il est devenu roi !

XXII - Morrel o Rablasy ? Rattrapé par la police après l’incendie de la prison, revêtu des habits de Rablasy, Maximilien Morrel est accusé de tous ses crimes et condamné à mort. Mais en réalité Monte-Cristo, qui le protège secrètement, le fait évader et le cache, tout en répandant le bruit de sa disparition.

XXIII - La società dei suicidi [Le club des suicidés]. Désespéré par le départ de Teresa, Lotario se rend à Londres où il se rapproche de la société des suicidés.

XXIV - Il conte Beaumont.  Le comte Beaumont, président de la société, vient de se donner la mort à la suite d’une peine d’amour dont il témoigne dans une lettre qui conforte Lotario dans ses noires résolutions.

XXV - Eugenia Danglars. Lotario rencontre Eugénie Danglars, devenue cantatrice (Eugenia Larsgand) ; attirés l’un par l’autre, ils évoquent l’un et l’autre leur grand amour impossible ; Lotario ressort de l’entretien encore plus désespéré.

XXVI - La prova [L’épreuve]. Pour vérifier la sincérité de son engagement, les membres de la Société des suicidés mettent Lotario à l’épreuve dans une chambre où ils l’asphyxient lentement. Étrange expérience de « Near Death Experience » à l’issue de laquelle Lotario est admis dans la société car il n’a pas opposé trop de résistance.

XXVII - La cambiale [La lettre de change]. Sur ces entrefaites, toujours en compagnie des membres du Club, Lotario reçoit un courrier de l’abbé Languidais lui confirmant l’arrivée du comte Arenberg et de Teresa à Berlin ; à ce courrier est joint une lettre de Lord Hope, le mettant au courant de certaines difficultés financières du comte, qui reste néanmoins à son service et lui communique une lettre de change de 10.000 dollars tirée sur la banque Rothschild à Londres. Le comte lui conseille vivement de se rendre à son tour à Berlin. Prenant congé de ses amis, Lotario évoque sa rencontre avec le comte en Californie, ce qui semble particulièrement intéresser l’un des membres, le comte d’Ernonville. Lorsque Lotario quitte Londres pour Berlin, il ne sait pas que d’Ernonville le suit à la trace, d’Ernonville dont les dernières lignes du chapitre nous apprennent qu’il s’agit de Benedetto Loupert !

XXVIII - Il Ravvedimento [Le repentir]. À Berlin, Lotario est pris en charge amicalement par le professeur Paolo Wedell et sa femme. Le couple souffre de ne pas avoir d’enfant, et le reçoit un peu comme un fils. Wedell, écoutant le récit de Lotario, s’étonne d’apprendre que Monte-Cristo s’est retiré en Californie, alors qu’il aurait pu continuer d’être utile au monde avec toutes ses connaissances et son expérience. À l’opéra avec sa femme et Lotario, Wedell aperçoit Teresa. C’est l’occasion d’un retour en arrière : Wedell a aimé Teresa, il regrette de l’avoir fait souffrir et promet à sa femme qu’aujourd’hui il ne l’aime plus.

XXIX - Una storia giovanile. Wedell confie à Lotario cet amour de jeunesse, et lui laisse entendre d’une certaine manière que le champ est libre pour lui.

XXX - Il racconto di Teresa. Il incite Lotario à rendre visite à la jeune fille chez le comte Arenberg. Après quelques politesses, le comte se retire et laisse Lotario en compagnie de Teresa. Le récit de Teresa doublonne un peu avec celui du professeur et laisse le jeune homme perplexe : Teresa pourrait-elle aimer encore un autre homme ?

XXXI - Ratour. On annonce l’arrivée de Valentine Morrel accompagnée d’un certain docteur Ratour, sous les traits duquel Lotario reconnaît Rablasy. Le comte Arenberg présente Rablasy comme un membre du groupe bonapartiste à l’origine de la tentative de coup d’état de Boulogne, et donc un compagnon de Maximilien. Valentine croit que Maximilien est mort, et dit ne pas comprendre pourquoi, malgré sa promesse, Monte-Cristo ne l’a pas sauvé. D’un autre côté, Lotario découvre que c’est peut-être Ratour, homéopathe et psychologue, qui a guéri Teresa de sa mélancolie. Quelques jours passent, et lors d’une rencontre avec lui Ratour se confie à Lotario : étudiant en médecine ruiné, il hésite entre rejoindre les bandits d’honneur dans les Abruzzes ou les rangs carlistes en Espagne, et finit dans les prisons de Louis-Philippe. Évadé, il est recueilli par le comte Arenberg et Teresa dont il semble lui aussi amoureux. Lotario n’est pas sorti d’affaire.

XXXII - Il sospetto [Le soupçon]. Valentine, de son côté, fait part à Lotario de ses soupçons de plus en plus forts vis-à-vis de Ratour : elle ne croit plus maintenant que son mari soit mort, et elle se refuse à penser que Maximilien aurait demandé à son prétendu compagnon de captivité de l’épouser. La jeune fille sollicite ardemment l’aide de Lotario.

XXXIII - Sul Monte dei Desideri [métaphore renvoyant à l’idée d’un Monte-Cristo méditant au sommet du Mont de ses désirs, même si d’autres passages indiquent que c’est aussi le nom du domaine de Monte-Cristo, le Mont des désirs]. Nous retrouvons Monte-Cristo, Haydée et leur tout jeune enfant en Californie. Monte-Cristo informe Haydée de son souhait de revenir en Europe, où il a encore tant à faire. Ils évoquent la folie de Villefort, qui n’est pas encore guérie, et Monte-Cristo exprime des remords sur certaines conséquences de sa vengeance. Un artifice narratif nous amène à prendre connaissance, en même temps qu’Haydée, de toute une série de lettres contenues dans une cassette qu’il lui confie – tandis que de son côté il se retire pour écrire. Ce sont d’abord des lettres aux mormons où il exprime son intérêt, mais aussi ses réserves vis-à-vis de l’Église des Saints des derniers jours, surtout en ce qui concerne la polygamie ; ensuite, les lettres reviennent sur l’histoire du jeune Wolfram, qui est sans doute le fils de ce Büchting, recueilli mourant, qui lui a livré le secret de sa mine d’or, et à qui il doit « la seconde et la plus grande partie de sa richesse ». Wolfram est aimé d’Amalia Villefort, et le comte n’est pas indifférent à leur sort. Viennent ensuite des lettres à l’abbé Languidais, où Monte-Cristo expose sa relation à la foi chrétienne en professant une sorte de déisme, et s’informe de ses amis laissés sous la garde bienveillante de l’abbé, Albert, Maximilien, Lotario, etc. Une dernière lettre, à Albert, dont Monte-Cristo a appris qu’il était devenu comme un roi en Afrique, revient sur ses projets d’unification universelle, qui mêlent religiosité, une quasi franc-maçonnerie et une vision colonialiste (« Sembra adunque che questi negri debanno ottenere l’istruzione e la civiltà dagli europei » - « Il semble que ces nègres doivent obtenir l’instruction et la civilisation de la part des Européens »).

XXXIV - Il conte Roskowitsch. Escale à la Nouvelle-Orléans pour le yacht de Lord Hope. Sous les traits du comte Roskowitsch, Benedetto se trouve là également ; il persuade un médecin de lui prescrire un étrange cosmétique qui va lui donner l’apparence d’un lépreux.

XXXV - Lord Hope a Nuova Orleans. Wolfram et Amalia vivent dans des conditions difficiles à la Nouvelle-Orléans, le jeune homme travaille comme docker et refuse toujours l’aide de Monte-Cristo qui lui apprend qu’il est le fils du mineur Büchting à qui il doit une partie de sa fortune. Pris dans une rixe entre marins, Wolfram est grièvement blessé et pris en charge par le comte. Roskowitsch, le prétendu lépreux, apitoie Monte-Cristo qui le prend lui aussi à son bord… Direction l’Europe !

XXXVI - Villefort. Lors d’une escale à Cadix, Benedetto met à profit la lèpre qui le défigure pour visiter le yacht et découvrir la cellule où Monte-Cristo retient le vieux Villefort. Son dessein d’entraîner avec lui son père dans la vengeance qu’il trame contre le comte (s’en prendre à Haydée ou au petit Edmond) est rendu impossible en raison de la démence du vieillard.

XXXVII - Il viaggio [Le voyage]. Après Cadix le yacht s’arrête à l’île de Monte-Cristo où le comte laisse Haydée et leur enfant aux bons soins de Jacopo. Il lui confie également le lépreux en lui demandant de continuer à le soigner. Quand il s’éloigne de l’île, le yacht est arrêté par une corvette française. Un officier monte à son bord et montre au comte le mandat d’arrêt le concernant : il est entre autres accusé d’être un conspirateur bonapartiste à l’origine de l’incendie de la prison à la faveur duquel Albert Morrel s’est évadé. Prisonnier sur parole, le comte se rend à Paris où l’attend la justice.

XXXVIII - Prefetto, ministro e re [Préfet, ministre et roi]. Interrogé par un sous-préfet (le préfet de police est absent) sur ses opinions politiques, Monte-Cristo se livre à une étrange profession de foi mêlant politique et religion, et inféodant la première à la seconde dans un esprit typiquement Ancien Régime. Puis il dit sa sympathie pour Louis Napoléon Bonaparte mais s’affiche de plus en plus comme un esprit libertaire indifférent aux vicissitudes mondaines, méprisant le pouvoir et la richesse (un peu à la manière du Kaw-djer, prince anarchiste des Naufragés du Jonathan de Jules et Michel Verne, personnage inspiré d’un prince de Habsbourg, ou du russe Kropotkine, prince et anar lui aussi ; mais ces références sont chronologiquement postérieures au roman de Mützelburg). C’est le président du conseil qui demande à le voir ensuite. On s’intéresse ici moins à ses idées qu’à sa richesse et on pointe son originalité pour ne pas dire sa folie : un des hommes les plus riches du monde vivrait dans une ile quasi déserte et refuserait de se mêler des affaires politiques, d’aider le pouvoir en place dans son pays ? Le ministre s’apprête à signer un arrêté menant tout droit Monte-Cristo à l’hôpital des fous, quand… c’est le roi Louis-Philippe qui maintenant souhaite s’entretenir seul à seul avec lui. Persuadé que Monte-Cristo est un alchimiste sachant transmuter le plomb en or, il lui demande son aide, sans doute pour restaurer les finances du royaume. La fin de non-recevoir du comte au monarque risque de ramener le comte à la case départ : la prison ou l’hôpital psychiatrique que les uns ou les autres lui promettent à nouveau. Mais quelques millions de francs au ministre et le voilà libre à nouveau. Ce chapitre a le ton d’une comédie où le pouvoir politique est mis à mal.

XXXIX - La situazione. Ce chapitre fait le point sur la santé de Wolfram, dont l’état demeure stationnaire, le sort de Morrel, que le comte s’engage à libérer, et les manœuvres inquiétantes à Berlin de Ratour/Rablasy qui semblent menacer Valentine. Une lettre de Lotario à ce sujet va peut-être amener le comte à se rendre en Allemagne. Mais la situation d’ensemble paraît conforme à son vœu : « Noi combattiamo pel regno di Dio, e Dio sarà con noi! » (« Nous combattons pour [établir] le règne de Dieu [sur Terre], et Dieu sera avec nous ! » On ne saurait faire preuve de plus d’assurance.)

XL - Il manicomio [L’hôpital des fous]. Sous les traits du docteur Conrad, Monte-Cristo s’introduit dans l’asile d’aliénés où est enfermé Morrel, que l’on prend toujours pour le criminel Rablasy, et organise son évasion. Lorsqu’ils arrivent à Nice pour s’embarquer à destination de l’île, un message énigmatique de Bertuccio attend le comte, qui pressent qu’un malheur vient d’arriver.

XLI - Benedetto. Mettant à profit l’absence du comte, Benedetto, le prétendu lépreux, échafaude son plan. Opportunément, Danglars, fraichement débarqué sur l’île à la tête d’un groupe de contrebandiers, lui vient en aide : l’un et l’autre ont toutes sortes de raisons de vouloir se venger de Monte-Cristo – même si Benedetto a tué la baronne !

XLII - La prima disgrazia [Le plus grand des malheurs]. Monte-Cristo, de retour, apprend comment sa femme et son fils viennent d’être enlevés par Benedetto avec la complicité de Danglars. Ils ont voulu entraîner dans leur fuite le vieux Villefort, toujours dément, mais ce dernier, ayant refusé, a été retrouvé blessé d’un coup de couteau. Monte-Cristo se prépare à courir les mers pour retrouver Haydée et le petit Edmond.

XLIII - Il sospetto [Le soupçon]. Pendant ce temps, à Berlin, Ratour manigance pour éloigner Teresa de Don Lotario, toujours amoureux d’elle. La jeune fille est troublée par les arguments de Ratour et le comportement hésitant de Lotario.

XLIV - Un rivedersi [Une retrouvaille]. Lotario retrouve Eugénie Danglars, qui chante à Berlin, et à qui il confie son désarroi amoureux.

XLV - La proposta [La proposition]. Malgré le souhait d’Arenberg, qui voudrait qu’elle se stabilise et épouse Ratour pour lequel il éprouve une certaine sympathie, Teresa tergiverse encore et refuse la proposition. Ratour persiste intérieurement dans son désir de posséder la jeune fille.

XLVI - Il padiglione [Le pavillon]. Désireux de revoir Teresa, Lotario se dirige vers le petit pavillon où elle vit dans la propriété du comte Arenberg. Il surprend Ratour sur le point de la violer et s’interpose. Lotario et Teresa s’avouent leur amour. Ratour parvient cependant à persuader Arenberg de sa bonne foi et dénonce Lotario comme un imposteur.

XLVII - Gli alleati [Les alliés]. Se sentant menacé, Ratour se cherche des alliés : Valentine Morrel, à qui il continue de faire croire qu’il était un ami de Maximilien, et Eugénie Danglars, la cantatrice, dont il attise la jalousie vis-à-vis de Teresa, qui est aimée de Lotario.

XLVIII - Don Lotario lascia Berlin [Don Lotario quitte Berlin]. Lotario, qui vient de découvrir que Teresa appartient à la famille Büchting, tente de persuader une dernière fois le comte Arenberg de la pureté de ses intentions, mais en vain. Il s’enfuit donc de Berlin avec la jeune fille. Cependant, l’abbé Languidais et Monte-Cristo font parvenir au comte des éléments qui l’amènent à prévenir la police : on découvre alors que Ratour et Eugénie Danglars ont pris la fuite. Mais Valentine, détrompée, est persuadée que son mari vit encore.

XLIX - Due felici [Deux heureux]. À La Nouvelle-Orléans, Wolfram, presque guéri, retrouve Amalia. Mais l’Amérique n’est pas faite pour eux. Devenu architecte de talent, il pourrait y faire fortune, mais il préfère se rendre à Paris, car il a compris que le vœu secret de sa fiancée est de retrouver sa patrie : « L’Amérique n’est pas un pays pour toi ou pour moi, c’est un pays où l’on gagne de l’argent, mais non un pays où l’on peut vivre heureux et dans une douce confiance ». Retrouvant la foi catholique, ils se marieront à Notre-Dame, et Wolfram Büchting affichera fièrement sa plaque d’architecte sur la maison qu’ils achètent.

L - L’inseguimento [La poursuite]. D’île en île, Monte-Cristo poursuit les ravisseurs autour de la Méditerranée. Il les localise en Corse, mais au cours d’un violent assaut au cœur du maquis, Benedetto tombe dans un ravin, entraînant avec lui dans la mort le petit Edmond (justice immanente : au cours de leur longue confrontation avant le drame, Benedetto rappelle au comte qu’il a lui aussi entrainé des innocents dans sa vengeance). Danglars, qui survit, est arrêté. Haydée et le comte, désespérés, regagnent l’île de Monte-Cristo. Une lettre d’Albert de Morcerf les y attend : les sentiments du jeune homme vis-à-vis du comte et des conséquences de sa vengeance se sont adoucis, il lui conte son aventure, lui demande des conseils et des renforts en hommes (soldats, missionnaires) pour l’œuvre colonisatrice qu’il est en train d’accomplir.

LI - La giusta mercede [La juste grâce]. À Paris, alors qu’il tentait de s’accaparer la fortune d’Eugénie, Rablasy est enfin arrêté.

LII - La famiglia Morrel. En l’absence de Monte-Cristo, mais par l’entremise de deux de ses fidèles, le mystérieux duc de *** et l’abbé Languidais, sont organisées les retrouvailles de la famille Morrel : Maximilien, Valentine et leur petit Edmond, le vieux Villefort apparemment sorti de sa démence et l’ancêtre toujours là et toujours muet, Noirtier de Villefort, dont les yeux expriment peut-être comme une grâce ou un pardon.

LIII - Fratello et sorella [Frère et sœur]. Autres retrouvailles, celles de Don Lotario de Tolède et Teresa Büchting, et de Wolfram Büchting et Amalia de Villefort, qui découvrent à l’occasion que le comte Arenberg est en réalité le chercheur d’or Büchting secouru par Monte-Cristo et que l’on croyait mort.

LIV - Il Signore del Mondo. Peu après, Monte-Cristo réunit dans le palais du duc de ***, rue du Faubourg Saint-Germain, tous les personnages survivants du roman ou presque, pour faire le bilan de son action : aux uns et aux autres il rappelle ce qu’ils ont fait, il insiste surtout sur la démesure de son œuvre et les conséquences néfastes d’une soif de vengeance qu’il n’a pas su maîtriser. Il demande à l’assistance de lui pardonner et de prier pour lui, puis disparaît avec Haydée.

LV - Il Testamento del conte di Monte Cristo. Après son départ, le duc lit le testament qui chiffre ce qui revient à chacun des « héritiers », Wolfram et Teresa, Lotaria et Amalia, Maximilien Morel et Albert de Morcerf. Une sorte de fondation est créée pour gérer le reste de la fortune du comte, dont le conseil d’administration sera présidé par le duc, l’abbé Languidais et un banquier de la Nouvelle Orléans.

Conclusione. Dernières nouvelles… Rablasy est condamné à mort et exécuté, et Danglars finit ses jours dans une prison pour dettes. Eugénie Danglars, qui a épousé un ami d’Albert de Morcerf, rejoint avec son mari le jeune roi en Afrique. Maximilien Morrel, baron du Tréport, s’illustrera dans la campagne de Crimée. Albert deviendra un soutien du Prince-président Louis-Napoléon Bonaparte, mais Wolfram, fervent républicain, repartira pour l’Amérique où, ennemi juré de l’esclavage, il sera peut-être un jour président des États-Unis. Et le comte ? Nul n’a eu de ses nouvelles depuis son départ de Paris. Tout au plus sait-on qu’il voyage, en Afrique, en Asie, allant aider Morcerf dans son royaume africain, et « predicando la religione di Cristo », comme un missionnaire. Mais, à l’automne de 1853, un capitaine de vaisseau français revenant de Sidney ramène avec lui un jeune garçon de 12 ans qu’il est chargé de confier au duc de *** : c’était un fils de Monte-Cristo. Après la mort de l’abbé Languidais, le duc de *** demande à Wedell de venir le rejoindre à Paris pour poursuivre l’œuvre confiée par Edmond Dantès. Wedell et son épouse s’établissent dans la capitale, c’est là que naît leur premier enfant.

 

Analyse

Le roman se présente comme la suite du Comte de Monte-Cristo et de La Main du défunt, mais il faut préciser tout de suite que s’il entretient quelque rapport avec le livre de Dumas, il n’en a aucun avec celui de Hogan, pour la bonne et simple raison qu’à la fin de ce livre-là tout le monde meurt, et qu’on retrouve l’ensemble des personnages bien vivants dans le livre de Mützelburg.

Autre différence notable : le catholicisme très traditionnaliste qui imprègne La Main du défunt cède la place, dans Le Seigneur du Monde, à une religiosité diffuse, proche d’un déisme comme celui de nombre d’auteurs de l’époque, Victor Hugo par exemple qui opposait la Religion aux religions. Et cela même si Lord Hope (Edmond Dantès), au début, manifeste sa sympathie pour les mormons (L’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours), sauf en ce qui concerne leur apologie de la polygamie, et fait ensuite une profession de foi catholique, allant jusqu’à favoriser le mariage à Notre-Dame de Paris des jeunes Wolfram Büchting et Amalia de Villefort, qui étaient chez les mormons au début de l’histoire. Et on nous dit aussi dans les toutes dernières pages que Monte-Cristo s’en est allé aider le roi Albert de Morcerf à évangéliser les Noirs.

Dans son projet un peu prométhéen de devenir le « seigneur du monde » Monte-Cristo bat souvent sa coulpe et reconnaît humblement ce qu’il doit au « Seigneur de l’univers ». Mais l’inclination pour les mormons au début, l’aventure africaine à la fin, mettent en évidence un autre axe du roman : une propagande pour l’essor de la colonisation au XIXe siècle, et l’oreille bienveillante qu’elle recueille auprès des élites intellectuelles de l’époque. Les mormons sont des pionniers, des colons, mais Monte-Cristo à un moment déclare que l’Amérique le déçoit, à cause de l’idéologie essentiellement matérialiste qui s’y développe. Et son intérêt se tourne alors vers l’Ancien monde, et surtout l’Afrique, où Albert de Morcerf deviendra roi, après avoir combattu dans les rangs de l’armée française les rebelles d’Abd-el-Kader (et assisté au massacre de la grotte de Dahra le 18 juin 1845). L’œuvre colonisatrice se tempère ici d’une volonté civilisatrice et - qui sait ? - rédemptrice…

L’ancrage dans la réalité géopolitique du moment se retrouve aussi dans l’engagement de Maximilien Morrel aux côtés de Louis-Napoléon Bonaparte lors de la tentative de coup d’état de Boulogne-sur-Mer les 5 et 6 août 1840. Les sympathies de l’auteur pour le futur prince-président puis empereur sont manifestes. Mais ce sont celles d’un de ses héros, surtout. On nous dit aussi à la fin que Wolfram, un autre de ses héros, « fervent républicain et ennemi juré de l’esclavage », partira pour les États-Unis, où il deviendra peut-être un jour président. Monte-Cristo, quant à lui, – ni tout à fait bonapartiste ni tout à fait républicain ? – se retire du jeu, d’une manière qui laisse peut-être la porte ouverte à une autre suite… On ne sait plus rien de lui, mais on lui découvre un fils de 12 ans. Nous apprenons que l’abbé Languidais vient de mourir ; mais tous les autres sont encore là, sauf Danglars, Benedetto et Rablasy, les réprouvés, justement punis – tous les autres, enfin réunis, heureux, bienheureux, dans une sorte d’apothéose finale. S’il n’est pas arrivé à être le Seigneur du monde, Monte-Cristo l’a été au moins de son monde, à la tête d’une sorte de franc-maçonnerie ouverte, une société éclairée et bienfaisante, un peu manipulatrice cependant.

Dans son inachèvement – combien de péripéties abandonnées en cours de route (l’épisode du condor géant entre autre !), combien de personnages surnuméraires, esquissés ou doublonnant – le roman a dû souffrir de sa publication en fascicules épisodiques. Le contraste est frappant entre les envolées dramatiques et mélodramatiques du début et l’épuisement de la sève romanesque ensuite, quand le lecteur commence à se demander comment vont se réassembler les pièces du puzzle, et l’auteur aussi sans doute, dont on peut percevoir par moments la lassitude.

François Rahier

 


 

 

 

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