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La fiancée du Vautour-Blanc

Alexandre Bessot de Lamothe

410 pages
Blériot et Gautier - 1885 - France
Roman

Intérêt: **

 


Ce roman s’ouvre sur le personnage de d’Artagnan, en 1666, au comble de la faveur de Louis XIV. Le capitaine des mousquetaires du Roi travaille dans son cabinet quand il est interrompu par la visite d’un jeune homme, le vicomte du Terme-Rouge. Celui-ci est muni d’une lettre d’introduction apte à lui ouvrir la porte de d’Artagnan, puisqu’elle est signée par le comte de La Fère: Terme-Rouge n’est autre que le neveu d’Athos!

La faveur pour laquelle il vient solliciter d’Artagnan est singulière: il cherche non pas un avancement dans l’armée, où il est sous-lieutenant, mais bien au contraire à être autorisé à la quitter. Son objectif: devenir flibustier dans les Antilles. Car sa fiancée qui vit à Saint-Domingue a été enlevée par des cousins espagnols qui veulent l’obliger à épouser l’un d’eux pour mettre la main sur sa fortune.

Pour la sauver, Terme-Rouge n’a pas d’autre solution que de se joindre aux pirates français qui mènent une guerre sans merci aux Espagnols. Mais pour être reçu parmi les flibustiers, il faut commencer par passer trois années comme «engagé». C’est à dire se vendre volontairement comme quasi-esclave à un flibustier ou à un boucanier avant de redevenir un homme libre et de prendre place parmi les maîtres.

D’abord réticent, d’Artagnan se laisse convaincre par le jeune homme qui obtient de quitter l’armée. Ce premier chapitre terminé, l’action se déplace aux Antilles et il ne sera plus question ni de d’Artagnan, ni d’Athos. Le roman raconte alors les aventures de Terme-Rouge, surnommé le Vautour-Blanc: sa vente comme engagé, les raids contre les Espagnols, les combats navals, la délivrance de la fiancée…

Le rapport entre La fiancée du Vautour-Blanc et la série des mousquetaires, on le voit, est des plus ténus. Les noms d’Athos et d’Artagnan pourraient être remplacés par d’autres sans que le roman en soit affecté le moins du monde. Cela dit, le livre, très bien écrit, est excellent. La description de la société des flibustiers, de leurs coutumes extravagantes, de leurs affrontements impitoyables avec les Espagnols est très réussie. De même que les évocations des paysages des Antilles, des combats navals, etc…Le livre mérite donc d’être lu, même si ce n’est pas pour sa dimension dumasienne.

 Voir l'arbre généalogique d'Athos



Extrait du chapitre 1 Le cabinet du capitaine d’Artagnan

— Fais entrer le gentilhomme qui a apporté cette lettre, commanda le capitaine d'Artagnan, qui retroussa ses moustaches.

Une minute plus tard le visiteur entra.

C'était un grand et beau jeune homme portant avec une rare élégance le costume de sous-lieutenant de la maison du roi, habit brun à parements rouges, chausses et bas écarlates, chapeau à trois cornes semblable pour la forme à celui des gardes françaises, mais à retroussis bordés d'un galon d'or signe distinctif de la livrée royale et l'épée à poignée ciselée, attachée à la ceinture par une écharpe à noeuds pendants sur le côté, manchettes et cravate de dentelles.

— Monsieur le comte, dit-il, en se découvrant avec une respectueuse aisance et en avançant de quelques pas, je suis confus vraiment de la liberté que j'ai prise, du dérangement que je vous cause et vous prie humblement de m'en excuser.

— Le neveu du duc de La Fère, le meilleur de mes amis, n'a pas besoin d'excuse pour se présenter chez moi, répondit M. d'Artagnan les yeux pleins d'un aimable sourire, et si j'ai quelque chose à vous reprocher, vicomte, c'est de ne pas être venu plus tôt.

— Votre bonté me confond, monsieur le comte, mais jamais je n'aurais osé vous troubler dans vos occupations, si une affaire aussi sérieuse que celle pour laquelle j'ose vous solliciter...

— Un brevet de lieutenant sans doute, reprit le capitaine, toujours souriant, les jeunes gens sont pressés d'ordinaire et peut-être ne faites vous pas exception à la règle, mon jeune ami. Voyons d'abord quels sont vos états de service?

— A seize ans, je suis entré dans la marine de Sa Majesté en qualité d'aspirant à bord de la flûte l'Apollon, commandée par M. de Saint Cyr ; enseigne un an plus tard et passé sur le Triomphant de quarante-six canons, je pris part à plusieurs expéditions sous les ordres du duc de Beaufort jusqu'au jour où je reçus une blessure au bombardement de Tunis, place forte des Etats barbaresques; obligé par des circonstances particulières de quitter ma carrière, j'entrai après quelques mois, grâce à la protection de mon oncle, le duc de La Fère, dans la maison du roi où, depuis, j'ai obtenu le brevet de sous-lieutenant dans la quatrième compagnie.

Pendant que le jeune homme parlait, le capitaine renversé sur son fauteuil étudiait sa physionomie froide en apparence, mais pleine de distinction et retrouvait sur son visage des traits d'une ressemblance singulière avec ceux du duc de La Fère.

— C'est bien cela, disait-il, mêmes lignes régulières, bouche fine accusant une indomptable fermeté, large front s'encadrant dans une perruque blonde de la couleur des cheveux de mon ami, œil bleu, regard profond et perçant avec des clartés subites; oui c'est lui, c'est bien lui quand il était jeune, même taille, mêmes mains fines et nerveuses, même assurance dans le maintien, il me semble le voir, ce cher Athos.

— Trois campagnes, deux citations à l'ordre du jour, cinq combats sur mer, trois blessures, voici, monsieur le comte, quels sont mes états de service, continua le lieutenant; je sais que c'est peu de chose pour un soldat et moins que rien aux yeux du capitaine d'Artagnan.

— Mordiou, monsieur, de plus vieux que vous s'en contenteraient, reprit celui-ci, mais si les services sont brillants, l'avancement a été non moins brillant et, sous-lieutenant dans un corps d'élite comme la maison du roi, à votre âge, car vous avez à peine... ?

— Vingt ans, monsieur le comte.

— Vingt ans, pas plus? Eh bien ! jeune homme, je ne vois pas trop à quel nouveau grade vous pouvez raisonnablement aspirer présentement.

— J'ai été récompensé fort au-delà de mes mérites, monsieur, je le reconnais, aussi n’est-ce pas de l’avancement que je sollicite, mais tout le contraire.

— Tout le contraire! Tout le contraire! serait-ce la singulière faveur d'être cassé que vous réclameriez?

— La seule faveur que je sollicite, c est qu'il me soit permis de remettre mon brevet, fit le lieutenant en baissant la tête.

Le capitaine fit un bond de surprise.

— Mordiou! vous, le neveu de mon brave ami, à vingt ans quitter le service, quand vous avez devant vous un brillant avenir; vous, un gentilhomme, briser votre épée, quand nous sommes en guerre avec l'Espagne et l'Angleterre, quand le roi notre maître fait appel à sa noblesse pour aller verser son sang sur les champs de bataille, mordiou! monsieur, si c'est une nécessité absolue, je vous plains, car un caprice de cette nature pourrait être appelé d'un autre nom, d'un nom que je n'ose prononcer.

— Mais que je prononcerai, moi, monsieur le comte, une lâcheté, la dernière des lâchetés, interrompit le solliciteur en se redressant de toute sa hauteur, pâle, la voix tremblante, mais le regard chargé d'éclairs. Toutefois, rassurez-vous, monsieur, mon oncle, le brave parmi les braves, n'aura pas à rougir de son protégé, ni vous, monsieur, du concours prêté au neveu de votre ami; si je quitte l'armée, ce n'est pas pour quitter les armes; si je donne ma démission, ce n'est pas pour fuir un ennemi auquel j'ai voué une haine implacable, c'est pour aller le chercher au bout du monde, le poursuivre, lui faire tout le mal possible, lui faire une guerre à outrance, sans relâche comme sans merci, courir sus à ses navires, massacrer ses équipages, brûler ses villes, détruire son commerce, me venger.


 

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