350 ans après… ou d’Artagnan revient en 1980
Lily-Marie Fabre
46 pages Lacour - 1995 - France Humour - Pièce de thêatre
Difficile d’imaginer parodie des Trois mousquetaires
davantage au premier degré que celle-ci. Tout est dans
le sous-titre: « d’Artagnan revient en 1980 ».
Nous avons donc droit à une transposition effectuée à la
truelle: le cheval de d’Artagnan devient une 2 CV, le
corps des mousquetaires devient la garde du Président,
le cardinal Richelieu devient le Curé Pauvrelieu… Dans
le même registre d’inversion subtile des noms, Constance
se transforme en Frivolité, tandis que Planchet devient
Plafond - on ne change pas une formule qui gagne.
La totalité du roman de Dum as
est reprise en moins de quarante pages imprimées très
gros, sous forme dialoguée ou théâtrale. Autant dire que
ça va vite… Le départ de d’Artagnan de chez lui, la
rencontre avec Rochefort, celles avec les trois
mousquetaires, tout cela est rendu en moins de trois
pages (voir extrait ci-dessous). Sans doute pour gagner
du temps, d’Artagnan revient de Londres à Paris en un
éclair grâce à un « rayon XYZ642 qui porte des
objets et des hommes à la vitesse de la lumière ».
Consternant de bout en bout, l’humour de l’auteure ne se
refuse aucune facilité. Du genre, quand les quatre héros
vont exécuter Milady dix lignes avant la fin: « Alors
les mousquetaires se jetèrent sur elle et la
mangèrent… oh, pardon, nous nous sommes trompés
d’histoire… »
Que dire de plus?
Merci à David Rats de m’avoir signalé
ce texte
Extrait du chapitre 1 - Montée à Paris
Père d’Artagnan:
- La conjoncture n'est guère favorable, fiston ! Pas de
promotion possible pour des gens comme toi ! Monte à
Paris. Engage-toi dans la garde du Président. Té voilà
une mini-cassette enregistrée par moi pour te
recommander auprès du capitaine (il est des miens amis)
; voilà encore quelques francs... lourds, et ma 2 CV...
ménage-la... elle est au château depuis treize ans !
fais campagne avec elle... ne la vends pas. Embrasse ta
mère et méfie-toi du Curé ! Pauvrelieu déteste la femme
du Président et il n'aime pas les Anglais...
D’Artagnan:
- Chao !... pa !... Adieu mère !
Sur la route dans un bar.
D'Artagnan:
- Garçon, une bière bien frappée !... ma cassette !...
on m'a dérobé ma cassette !... c'est le balafré !... il
s'enfuit sur sa moto !... rattrapons-le !
A Paris, dans un bar.
D’Artagnan:
- Eh, vous le gros ! dites-moi de quoi vous riez ? Si
vous me le dites, nous pourrons peut-être rire ensemble
!
Porthos:
- Tu dis, gringalet ? A treize heures, au ring, je te le
ferai savoir !
D’Artagnan:
- Le balafré !... rattrapons-le...
Il bouscule une personne grâcieuse.
D'Artagnan (à part):
- Des cheveux longs, des cheveux blonds, c'est sûrement
la fille du gangster... Oh ! faites excuse
mademoiselle...
Aramis (qui se retourne):
- Tu dis, blanc-bec ? Tu me prends pour une nana ? ça,
c'est une méprise, une bévue, le quiproquo du siècle...
ça te coûtera cher !... la vie peut-être ! A 13 h 30 au
ring, tu verras qui je suis !
D'Artagnan:
- Et de deux !... mon balafré !...
...II court, et se heurte à un motard arrêté à un feu.
Athos:
Tu oublies tes yeux quand tu cours? Tu me trouveras sans
courir à 14 h au ring !
D'Artagnan:
- Le balafré a disparu.
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