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La chevauchée des cœurs

Georgina Hardy

160 pages
Presses de la Cité - 1981 - France
Roman

Intérêt: *

 

 

 

Ce petit livre est paru dans la collection de romans sentimentaux « Princesse Turquoise » aux côtés de titres comme La raison de la passion ou La course au bonheur. La collection se présente ainsi au dos du livre : « Les belles histoires d’amour de la collection Turquoise vous feront côtoyer libertins et capitaines, folles marquises et ingénues romantiques, châtelains ténébreux et princes en perdition ». Tout un programme… Curieusement, le roman figure dans la liste des titres composant la collection sous le titre Mademoiselle d’Artagnan, titre beaucoup plus explicite quant à son contenu que La chevauchée des cœurs.

Destiné à faire rêver dans les chaumières, ce roman historique sentimental se déroule pendant la Fronde. Il raconte les aventures d’Hermia Saint-Jean, jeune fille qui de sa vie n’a rien connu d’autre que le couvent dans lequel elle a été élevée. Son drame est en effet de ne rien savoir de sa famille. Apparemment abandonnée à sa naissance, elle a été placée chez les religieuses dans un couvent fréquenté par des filles de l’aristocratie. Elle y est méprisée par beaucoup, vu l’obscurité de ses origines, même si son caractère admirable et sa haute vertu lui ont fait des amies.

L’histoire commence lorsque le couvent doit être évacué en raison de l’approche des troupes du duc de Lorraine, dont on craint les méfaits. Hermia part avec d’autres jeunes filles dans une voiture escortée par quelques soldats dirigés par Gildas, un beau gentilhomme dont Hermia tombe immédiatement amoureuse  - et vice-versa : « son regard brûlant se posa sur le visage angélique d’Hermia et ils demeurèrent ainsi dans une fascination réciproque, sans oser seulement respirer ». Le ton est donné…

Si Gildas est grosso modo le premier homme que la jeune fille ait jamais rencontré, elle ne tarde pas à en croiser un autre. Durant leur trajet vers Paris, Hermia et une de ses amies sont capturées par des brigands. Fort heureusement, une troupe de mousquetaires du roi qui passait par là les délivre. Elle est dirigée par d’Artagnan, alors lieutenant. Mais quand le mousquetaire voit le visage de la jeune fille, il est saisi d’un trouble profond - et vice-versa. Gildas, à qui la scène n’a pas échappé, est aussitôt dévoré par une jalousie féroce envers d’Artagnan en qui il voit un vieux (40 ans !) séducteur débauché, prêt à lui ravir sa belle. Les éléments du drame sont en place.

Les événements se succèdent ensuite à un rythme échevelé. D’Artagnan fait irruption en pleine nuit dans la chambre d’Hermia qui, en dépit de sa candeur virginale de jeune fille élevée au couvent, ne s’en offusque pas : le mousquetaire lui pose des questions sur ses origines. La jeune fille ayant été recueillie dans la famille de sa meilleure amie au couvent, elle se trouve plongée dans le petit monde des grandes familles de frondeurs qui complotent contre Mazarin. La fille de Gaston d’Orléans, Mademoiselle, ayant décidé d’aller conquérir la ville d’Orléans, Hermia est du voyage et se retrouve en position d’aider l’altesse royale, dont elle devient très proche. Cela lui vaut de jouer un rôle de premier plan dans les tractations secrètes entre Mademoiselle et Mazarin.

Simultanément, elle enquête sur ses origines. Des « amies » jalouses de ses succès lui font d’abord croire que son père est un vieux débauché : horreur ! Mais son cœur sait bien qu’il ne peut pas en être ainsi. Et puis finalement, d’Artagnan fait irruption et lui annonce qu’il vient de découvrir la vérité : elle est sa fille ! Si ! Ils tombent dans les bras l’un de l’autre, juste au moment où Gildas arrive. Horrifié et désespéré, le jeune homme s’enfuit. Le fiancé et le père d’Hermia vont-ils se battre en duel ? Non, ce serait trop affreux. Tout s’éclaircit, tout rentre dans l’ordre, la jeune fille pourra profiter de son père et de son mari.

 

L’intrigue de La chevauchée des cœurs, on le voit, est plutôt prévisible. L’invraisemblance règne, qu’il s’agisse de la rencontre instantanée d’Hermia avec son père dès sa sortie du couvent, ou de la façon dont cette jeune fille qui ne connaît strictement rien du monde, évolue sans problème dans la plus haute société et devient en quelques jours une actrice importante des manœuvres politiques au plus haut niveau de l’Etat. La dimension « sentimentale » du récit donne lieu à des morceaux de bravoure torrides (voir extrait ci-dessous). Le livre n’est pas pour autant dépourvu de réelles qualités. Bien écrit, il évoque de façon convaincante les intrigues et les complots de la Fronde, le monde des précieuses, une société en plein bouleversement qui oscille entre violence et raffinement. Au bout du compte, ce roman qui se lit agréablement est un bon exemple d’un type de littérature populaire caractéristique de la deuxième moitié du XXème siècle.

Merci à Mihai-Bogdan Ciuca de m'avoir signalé ce texte.

Extrait du chapitre 7

Gildas caressa la joue d'Hermia. La douceur du geste la troubla profondément. Ce contact, étranger pour celle qui n'avait jamais éprouvé l'émoi innocent de la chaleur maternelle, était une révélation extraordinaire. Elle oublia ses lectures pieuses, les mises en garde apocalyptiques des bonnes sœurs, exhala un gémissement et offrit son visage virginal. Les yeux du jeune homme qui se penchait sur elle reflétaient un ardent appel auquel répondait le trouble diffus de sa propre chair. Il posa ses lèvres frémissantes sur sa bouche entrouverte. Elle s'arc-bouta sous le baiser qui la fit flamber d'une passion si soudaine qu'elle crut rendre l'âme.

Après un long moment d'absence, elle se ressaisit et se dégagea lentement.

— Qu'avons-nous fait, mon Dieu!

— Nous nous sommes embrassés, chère âme, expliqua Gildas d'une voix étranglée.

Elle enfouit son visage rougissant entre ses mains.

— Que va-t-il nous arriver?

— Nous allons recommencer, proposa-t-il doucement.

Elle tenta de le repousser, mais il la pressa contre lui et, avec un ineffable goût de péché, elle succomba à son étreinte.

 


 

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