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The count of Monte Cristo - Creole Edition

DMC Cowan

350 pages
Rose Angel Publishing - 2025 - États-Unis
Roman

Intérêt: 0

 

Voici un « remake » de Monte-Cristo a priori prometteur: une transposition à la Nouvelle-Orléans au début du XIXe siècle ancrée dans les problématiques raciales de l’époque. Hélas… il apparaît assez vite que le roman est bizarrement écrit. Et au bout d’un moment, cela ne fait plus de doute: le livre est bien davantage l’œuvre d’une Intelligence Artificielle que d’une plume humaine.

The count of Monte Cristo - Creole Edition commence plutôt bien. On retrouve d’emblée le schéma du Comte de Monte-Cristo reproduit dans un cadre très différent. Nous sommes à la même époque que chez Dumas (l’arrestation du héros a lieu en 1815) mais en Louisiane. Une Louisiane de fantaisie, en fait, puisque présentée comme étant encore française cette année-là et encore longtemps après alors qu’en réalité la Louisiane a été vendue par Napoléon aux États-Unis en 1803. Une liberté prise avec l’Histoire qui ne pose pas de problème en soi, rien n’interdisant de se situer dans une Histoire parallèle.

Ce choix de cadre social et historique permet d’introduire des éléments intéressants. Dans la Nouvelle-Orléans de cette époque, les questions de race sont évidemment primordiales. L’Edmond Dantès de ce roman, appelé Edmon D’Aigle (Edmon sans D à la fin), est un homme de couleur ce qui contribue à rendre insupportables ses succès professionnels et sentimentaux du début. Et ce qui jouera dans la fascination/répulsion qu’exercera plus tard le comte de Monte-Cristo auprès de la haute société, blanche évidemment, de la Nouvelle-Orléans.

La question des relations de races se retrouve dans les accusations portées contre Edmon, supposé comploter pour organiser un soulèvement des Noirs en Louisiane comme il s’en est produit dans les Caraïbes. Autre exemple: l’existence de Valentine de Villefort est dans ce roman complètement dissimulée par son père. Celui-ci l’a en effet eue avec une femme noire, transgression ultime intolérable de la part d’un des plus hauts responsables du système judiciaire de la ville.

Autre idée intéressante liée au contexte racial de l’époque: le trésor que découvre Edmon a été rassemblé par les pirates des Caraïbes, essentiellement les Noirs révoltés. Cela n’explique guère son ampleur illimitée mais deux ajouts y sont faits: outre l’or et les joyaux, le trésor comprend des masses d’archives compromettantes pour les grandes familles de la Nouvelle-Orléans sur le commerce des esclaves (qui seront un peu utilisées pour la vengeance) et des reliques essentielles des civilisations africaines pillées par les esclavagistes (mais dont on n’entendra plus parler dans la suite du récit). Autres apports: un ajout de magie vaudou, beaucoup de couleur locale dans les descriptions…

Dans ce cadre potentiellement prometteur, l’intrigue se déroule sur le modèle dumasien sans le copier mécaniquement. Des différences notables apparaissent parfois comme le fait que lorsque Edmon D’Aigle, devenu comte de Monte-Cristo, rencontre Célestine (Mercédès), il se montre très dur avec elle, l’accusant de lui avoir porté un coup fatal en épousant Fernand. Les manœuvres complexes imaginées chez Dumas par Monte-Cristo pour se venger sont ici expédiées en quelques pages. Une fausse promesse d’investissement très rémunérateur suffit à ruiner Danglars. Alors que l’épouse de Villefort empoisonne petit à petit une parente, le premier docteur venu détecte immédiatement le poison et la confond.

La seule différence substantielle dans le déroulement de l’action se situe en fait à la fin du roman: cette Creole Edition ne s’arrête pas sur le départ d’Edmon et Haydée mais décrit longuement leur vie ultérieure - on y reviendra.

Tout cela pourrait donner un remake de Monte-Cristo original et intéressant… Sauf que des bizarreries apparaissent assez vite dans l’écriture du livre, et cela de plus en plus. Il y a l’entrée en contact d’Edmon et de l’abbé Faria grâce au bruit des grattements de ce dernier qui est racontée deux fois, à la fin d’un chapitre et au début du suivant. De même, des phrases sont répétées mot à mot d’un chapitre à l’autre.

Au beau milieu du livre, on tombe sur une aberration totale: l’utilisation du téléphone dans la Nouvelle-Orléans du début du XIXe siècle! Un anachronisme énorme qui ne dure qu’une page, parfaitement inexplicable.

Et puis il y a l’omniprésence de tics d’écriture envahissants. Essentiellement l’emploi de la formule: « ce n’était pas… c’était… ». Comme par exemple dans une seule page: « The words were no longer just words. They were these stone walls. (…) He was not just imprisoned. He was buried. (…) Hope was not a flickering candle. It was a star that had gone out millions of miles away. (…) This was not a punishment. It was an obliteration. » Quatre occurrences en une page d’une formule qui revient des centaines de fois tout au long du livre (voir extrait ci-dessous)…

Et les choses se gâtent dans la dernière partie, celle qui imagine la vie de Monte-Cristo et Haydée après la fin de la vengeance. Le message est simple: Edmon comprend que la fortune, la puissance, la vengeance, tout cela est un leurre. La seule chose qui compte, c’est de vivre en paix avec ceux que l’on aime, sans combat et sans ambition. Les deux amoureux se réfugient donc sur une île perdue des Caraïbes, y vivent dans la plus extrême simplicité, travaillent de leurs mains, éduquent les villageois ignorants… Fort bien, mais tout cela est répété encore et encore sur plusieurs chapitres, sous une forme de plus en plus caricaturale. Le plus frappant: cinq des dix derniers chapitres se terminent exactement de la même façon avec dans les dernières lignes les expressions « he was home » ou « he was free » sous une forme ou une autre. La toute dernière phrase du roman étant d’ailleurs: « He was free. He was home ». Bref, un degré de répétition assez insupportable et consternant.

Tout cela ne peut que susciter la conviction que le livre a été écrit - au moins très largement - par une IA. Une analyse de textes de la signataire du roman effectuée… par une IA débouche sur une conclusion catégorique: « quasi-certitude génération IA, probablement avec très peu de retouche humaine. Cas d’école ». Reste une incertitude quant à l’origine - humaine ou informatique - des quelques bonnes idées qui figurent dans le roman.

C’est d’ailleurs l’emploi de cette technologie qui peut expliquer l’ampleur de la production de DMC Cowan et consorts. Ces auteurs se présentent sur leur site Internet Rose Angel Publishing comme un groupe familial publiant en autoédition de très nombreux livres, dont beaucoup de réécritures de grands classiques. Dans le seul registre dumasien, on compte, outre The  count of Monte Cristo - Creole Edition, pas moins de six livres dérivés des Trois mousquetaires: The Three Musketeers of Saint Domingue, The Musketeers of Hispaniola Return, The Black Man in the Iron Mask, Monte Cristo and The Musketeers (sic), The Queen and the Musketeer: Based on The Vicomte de Bragelonne et The Forty-Five Guardsmen of Port-au-Prince: Inspired by Alexandre Dumas’ The Forty-Five Guardsmen. A quoi s’ajoute Princess of Dahomey: Inspired by the novel Georges by Alexandre Dumas.

C’est la première fois que pastichesdumas est confronté à ce phénomène. Gageons que ce n’est pas la dernière…


Merci à Louis K. de m'avoir signalé ce livre

Extrait du chapitre 8 Bayou Lafourche Prison

He sank to his knees on the damp floor, the coarse fabric of his trousers soaking up the chill. The last few hours played out in his mind in a dizzying, horrific loop. Célestine’s face, her beautiful features contorted in anguish. Her cry of "No!" echoing in the chamber. Morrel's helpless fury. And Villefort. Always Villefort. His voice, a blade of ice, delivering the sentence. A place where your existence will be... forgotten.

The words were no longer just words. They were these stone walls. They were this suffocating silence. He was not just imprisoned. He was buried. He was a secret Villefort had interred in the heart of the swamp, a secret that would live and breath and suffer and die where no one would ever see.

A wave of despair so powerful it was nauseating washed over him. It was a physical force, pressing the air from his lungs, making his limbs feel heavy as lead. He crawled to the pallet of straw and collapsed onto it, curling into a ball, his body shaking with a violent, uncontrollable tremor that was born of more than just the cold. He squeezed his eyes shut, a futile attempt to block out the images that burned behind his eyelids.

Célestine, laughing in the flickering gaslight of Jackson Square, her emerald dress shimmering. The proud, tall masts of the Pharaon against a brilliant blue sky. The warm familiar scent of baking bread and spices in the French Market. His mother's hand, holding his, her small, carved bird bone a cool, smooth weight in his palm. Ghosts. They were all ghosts now, memories of a life that belonged to someone else, a man named Edmon D'Aigle who had died tonight in a cold chamber in the Hôtel de Ville.

He was here. Alone. And no one in the world knew where he was. Morrel would search. Célestine would weep and pray. But they would search the city prisons, the official records. They would not search here. They would not know to look for a man who had been erased from existence. Hope was not a flickering candle. It was a star that had gone out millions of miles away. It was an absurdity.

The silence of the cell was absolute. It was the silence of deep water, of the grave. And in that silence, broken only by the frantic, useless beating of his own heart, he finally understood. This was not a punishment. It was an obliteration. The brilliant sun-drenched future of Captain Edmon D'Aigle, the one filled with love and honor and a house on the Bayou St. John, had been utterly and completely extinguished. All that remained was this cold, damp darkness, this living tomb, and the chilling certainty that he had been buried alive, abandoned forever to the swamp's deep and silent embrace.


 

 

 

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