Madame d’Artagnan
Alain Blondelon
62 pages Éditions Temps Impossibles - 2026 - France Nouvelle
Intérêt: 0
Cette nouvelle a pour héroïne Anne-Charlotte de
Chanlecy, celle qui fut dans la réalité historique
l’épouse de d’Artagnan. Écrite par un auteur qui se
situe dans la mouvance de l’Association d’Artagnan de
Sainte-Croix-en-Bresse qui se consacre à sa mémoire, le
récit n’en est pas moins une pure fiction.
L’histoire
se passe un an après la mort de d’Artagnan.
Anne-Charlotte, sa veuve, s’emploie à gérer les vastes
domaines dont elle est propriétaire dans la Bresse. Elle
est confrontée à un problème majeur: un voisin, le comte
de Frontenaud, convoite ses terres. Madame d’Artagnan
n’étant pas vendeuse, il engage une troupe de
mercenaires pour semer la terreur dans ses domaines et
s’en emparer par la force. Ne bénéficiant plus de la
protection de son puissant mari défunt et n’ayant pas
d’hommes d’armes à sa disposition, la veuve se rend à
Paris. Elle y retrouve deux anciens compagnons d’armes
de d’Artagnan et obtient leur aide (voir extrait
ci-dessous). Ces deux mousquetaires à la retraite
s’installent dans son château et organisent la
résistance contre le voisin agressif. Une tâche qu’ils
mènent à bien après quelques péripéties.
Si le récit est convenablement mené, son intérêt est
fort limité. D’Artagnan ne joue évidemment aucun rôle et
son souvenir est tout juste évoqué. Quant à sa veuve,
ses aventures racontées ici sont totalement imaginaires
et rien ne rappelle la réalité historique mis à part son
nom et celui de ses terres. Autrement dit, l’héroïne de
cette histoire porterait un tout autre nom que cela ne
changerait pas grand chose.
Extrait du chapitre III
Un duo d'hommes aux traits burinés entra. Contrairement
aux autres, ils ne portaient pas la tenue des
mousquetaires. Les deux anciens soldats, car, dans
l'esprit de la Baronne, cela ne laissait planer aucun
doute, s'assirent à une table. Elle ne put s'empêcher de
les dévisager, d'autant qu'elle crut reconnaître les
compagnons de son époux. Compagnons d'arme et de
débauche, s'il s'agissait bien d'Estienne et de Gaspard.
Elle n'avait pas forcément pensé à eux pour lui porter
secours, néanmoins elle se leva et vint à leur
rencontre.
Anne-Charlotte n'eut pas besoin de se présenter.
- Ho, ça, par exemple ! s'exclama le plus grand des
deux. Mais que faites-vous dans ce lieu de perdition ?
Un flot de souvenirs ressurgit. Ce diable d'Estienne
avait souvent entraîné d'Artagnan dans les soirées les
plus folles, les plus dissolues et, régulièrement, elle
avait dû soutenir son mari pour monter l'escalier menant
à leur appartement.
Quant à Gaspard, il avait toujours eu le béguin pour
elle. Mais la loyauté de ce frère d'armes envers
d'Artagnan l'avait perpétuellement retenu d'agir et de
se déclarer.
Cette époque était bien loin maintenant et, malgré les
griefs qu'Anne-Charlotte avait envers ces épicuriens
hors norme qui avaient fréquemment incité son époux aux
abus de toute sorte, elle songea uniquement à la raison
pour laquelle, elle était là :
- Venez vous asseoir à ma table. J’ai un service à vous
demander.
- Trois grandes chopes de bière et trois plats du jour,
commanda Gaspard.
La Baronne déclina ce repas gargantuesque et se
concentra sur la manière d'aborder son problème. Elle
savait qu'elle devait être convaincante, car l'avenir de
son domaine en dépendait. Jamais, elle ne trouverait
l'aide nécessaire ailleurs qu’ici.
- Nous vous écoutons, fit Estienne en buvant une bonne
rasade.
- Voilà, commença-t-elle, depuis quelque temps, mon
voisin a engagé des mercenaires et ceux-ci mènent une
véritable guérilla envers mes métayers. Ce ne sont que
de braves paysans peu enclins aux choses de la guerre.
J'ai besoin de dissuader ce vautour de Frontenaud de
poursuivre ses exactions.
- Vous n'avez donc pas la Maréchaussée qui pourrait
intervenir?
- Malheureusement, cette institution n'a pas encore
gagné toutes les campagnes. La compagnie la plus proche
se trouve à une dizaine de lieues et n'a que faire d'une
discorde entre voisins. Elle se préoccupe plus des menus
larcins en zone urbaine. D'autant que le Comte Édouard
de Frontenaud possède une grande influence dans la
région.
Après quelques secondes, elle ajouta :
- Je vous en prie.
Estienne consulta Gaspard du regard avec un petit
sourire. Il connaissait les sentiments qui animaient son
compagnon pour Anne-Charlotte et se doutait qu'il
accepterait.
Deux fois plutôt qu'une !
- Et vous croyez qu'à nous deux, cela suffira ?
- J'ai foi dans vos capacités. Des mousquetaires, même à
la retraite, restent des combattants hors pair. Et puis
votre réputation peut réfréner leurs velléités
agressives.
Comme Estienne l'avait deviné, Gaspard se racla la gorge
et annonça sans même demander à son ami :
- Vous nous accordez une grande confiance. Nous ne vous
décevrons pas.
- Quand devons-nous partir ?
- Demain matin, si c'est possible.
Ça l'était !
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