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One for all (roman)
Even musketeers can be wrong

Iva Polansky

180 pages
Autoédition - 2025 - Canada
Roman

Intérêt: ***

 

 

 

En 2021, l’auteure canadienne Iva Polansky publiait un scénario de film sous le titre One for all, scénario traité sur pastichesdumas dans la catégorie « pièce de théâtre ». Quatre ans plus tard, elle en publie sous le même titre une version romanesque. L’histoire étant exactement la même, nous reproduisons ici le résumé écrit pour la fiche consacrée au scénario.

Si l’on voulait traduire le titre One for all en français, il faudrait choisir non pas Un pour tous mais plutôt Une pour tous. Car il s’agit là du surnom attribué par les mousquetaires à une jeune femme, Madelon, qui passait pour coucher avec tous les hommes de M. de Tréville à l’époque du roman Les trois mousquetaires. Le récit se déroule près de vingt ans plus tard. Madelon a disparu depuis longtemps, ayant fui cette réputation désastreuse. On retrouve d’Artagnan, en poste à Paris, vivant confortablement en compagnie d’une aubergiste accueillante et surveillant mine de rien une jeune fille, Louise, libraire de son état. Louise est la fille de Madelon, abandonnée par celle-ci aux soins de sa sœur quand elle s’est enfuie. On comprend vite les raisons de l’intérêt de d’Artagnan : il est le père de Louise, père caché puisque celle-ci ne s’en doute pas. Planchet, devenu épicier, habite juste en face de la librairie de Louise et renseigne le mousquetaire sur les amours de la jeune fille avec un jeune homme, Laurent, féru de livres lui aussi. Femme accomplie sous tous rapports, Louise souffre d’un gros handicap social : son statut de « bâtarde », née hors mariage.

L’action commence réellement avec le retour inopiné de Madelon. Celle-ci a passé de nombreuses années au Mexique, y a vécu de multiples aventures et a épousé le gouverneur espagnol de la ville de Oaxaca, récemment décédé. L’ancienne fille facile revient donc en tant que comtesse espagnole, riche et pleine d’ambitions pour sa fille. Madelon a élaboré un plan complexe : faire passer Louise pour la fille d’un premier mariage de son mari décédé. Devenant ainsi fille d’un grand d’Espagne, Louise héritera des biens immenses de celui-ci et pourra prétendre au plus brillant mariage. Une grande revanche pour Madelon qui souffre toujours d’avoir été considérée comme quasi prostituée et ne veut pas voir sa fille mise au ban de la société en tant que bâtarde.

D’Artagnan et Louise se heurtent de front. Le mousquetaire sait bien qu’un sort aussi grandiose ne tente nullement Louise (à raison, car la jeune fille repousse les projets de sa mère quand elle en est informée) et veut favoriser Laurent. Madelon lui refuse toute responsabilité vis-à-vis de cette fille qu’il n’a pas reconnue. Comme d’Artagnan lui reproche sa conduite passée, « une pour tous » lui lance un défi : trouver un mousquetaire autre que d’Artagnan prêt à jurer qu’il a couché avec elle.

Interloqué, le mousquetaire part à la recherche de ses trois anciens amis, dont il est persuadé qu’ils ont tous bénéficié à l’époque des faveurs de la jeune femme. Il retrouve d’abord Aramis, devenu abbé dans un couvent de jésuites à Neuilly où il vit dans le luxe et ne semble guère avoir renoncé aux fréquentations féminines. Aramis lui confie qu’il a bien tenté d’aller chez Madelon mais qu’il a été catégoriquement repoussé. Les deux hommes vont ensemble retrouver Porthos dans son château. Veuf, ce dernier s’y ennuie à mourir, au point qu’il est prêt à susciter des accidents aux voyageurs de passage pour les héberger de force le temps de réparer les dégâts. Porthos confie lui aussi qu’il n’a jamais pu approcher Madelon. Les trois hommes vont alors chez Athos qui, lui non plus, n’a pas joui des faveurs de la belle et qui donne la clé de l’énigme : ce surnom de « une pour tous » n’a jamais été qu’une plaisanterie au sein des mousquetaires, appliqué à une femme qui aimait d’Artagnan et ne voulait de personne d’autre. Une plaisanterie dont les hommes n’avaient pas mesuré les conséquences : l’exil de Madelon, l’abandon de sa fille…

Pas fiers d’eux – et d’Artagnan encore moins que les autres – les quatre mousquetaires décident d’aller présenter leurs plus profondes excuses à Madelon. Ils arrivent à Paris au moment où l’on apprend que Louise a été enlevée par un aristocrate espagnol qui la prend pour la première fille du gouverneur de Oaxaca et convoite sa fortune. Une expédition est montée pour délivrer la jeune fille. On y trouve les quatre mousquetaires, Madelon et sa servante mexicaine. Comme il se trouve que la servante et sa maîtresse (qui a eu le temps d’acquérir quelques compétences inhabituelles durant sa vie aventureuse) maîtrisent à la perfection l’art du lancer de couteaux, elles tuent les ravisseurs avant même que les mousquetaires n’aient le temps d’intervenir, pour la plus grande frustration de ces derniers. D’Artagnan et Madelon se réconcilient, il reconnaît la paternité de Louise, celle-ci épouse Laurent, et Madelon se marie avec Porthos qui a été terriblement impressionné par les capacités hors pair de la dame.

 
Dans ses deux versions, scénaristique et romanesque, One for all est une comédie réussie et bien menée. On ne peut s’empêcher de penser que tout le récit découle de l’idée de détourner la célèbre devise des mousquetaires pour en faire le surnom d’une femme censée être légère. Une idée très amusante dont l’auteure Iva Polansky tire un excellent parti. Les personnages sont bien campés, notamment d’Artagnan avec ses états d’âme vis-à-vis de sa fille et de son ancienne maîtresse. Les retrouvailles avec les trois autres mousquetaires, inspirées directement de Vingt ans après, sont bien dans l’esprit de Dumas. Plein de vie et d’humour, l’ouvrage fourmille de trouvailles amusantes comme la déconfiture des mousquetaires constatant que les femmes n’ont nul besoin d’eux pour se débarrasser des ravisseurs de Louise. Par rapport au scénario, le roman, extrêmement bien écrit, a en outre l’avantage d’être d’une lecture plus agréable. De quoi le faire entrer dans le groupe très sélect des œuvres obtenant les trois étoiles sur pastichesdumas, même s’il ne s’agit que d’une fantaisie légère.

Extrait du chapitre 7 Sacred vows and secret ladders

(Cet extrait reproduit exactement le passage correspondant de la version scénaristique aux fins de comparaison)


Aramis’s room in the convent presented a curious contradiction that made d'Artagnan pause upon entering, The space was decorated in palatial luxury that would not have been out of place in the chambers of a royal mistress. Thick Turkish carpets covered the floor, muffling footsteps and adding warmth to the austere convent architecture. Swords and muskets - clearly not for show, but well-maintained weapons ready for use - were attached to the walls alongside military oil paintings depicting famous battles and sieges.

These martial elements clashed incongruously with a satin-curtained bed that would have been more at home in a courtesan's chamber than a religious institution. A silver-backed mirror and an array of perfume bottles and lotion containers occupied a dressing table by the window, while bound volumes of theology shared shelf space with clearly secular poetry and romance.

Aramis himself, now fifty though one would guess him younger, remained a meticulously groomed and attractive man whose vanity had clearly not diminished with age.

His beard was trimmed with geometric precision, and his clerical garb, though regulation black, was cut from fabric of a quality no ordinary priest could afford. The garments did nothing to diminish the air of worldly sophistication that had always characterized him.

D'Artagnan embraced him warmly, pleased to reunite with his old comrade after years of separation. The familiar scent of Aramis's signature perfume - sandalwood and amber - brought back memories of shared dangers and triumphs.

"My dear Aramis! The years have treated you kindly."

"Ah, my friend," Aramis returned the friendly squeeze, and then stepped back, assuming a pious expression that sat oddly on his worldly features. "Aramis the Musketeer is gone. You've embraced the Abbé d'Herblay, a man of the church and author of popular sermons. My words guide the faithful throughout France, though I remain humble in my service."

D'Artagnan glanced around the opulent room with a knowing smile, taking in the golden crucifix that hung near a clearly expensive painting of a partially clothed Venus. "The sermons seem to sell well, judging by your accommodations, Are you, yourself, a good orator? I can imagine you captivating a congregation with tales of sin and redemption."

"Alas, I had to give up personal performances," Aramis admitted with a touch of regret, settling into a cushioned chair and gesturing for d'Artagnan to do the same. "I get too distracted by beautiful women in the audience. Their tearful repentance affects my concentration on the divine mysteries."

The door opened without warning to admit Bazin, who uttered a cry of despair at the sight of d'Artagnan comfortably ensconced in his master's quarters. The beadle's face registered betrayal as he realized his warning had gone unheeded.

"Bazin, I admire the coolness with which you lie in the church," d'Artagnan remarked dryly. "You've developed quite a talent for dissembling since our last meeting."

"The Jesuits teach us that lying with good intentions is permitted," Bazin defended himself, straightening his posture with injured dignity. "My master understands that I have his well-being in mind. These... reunions with his past life can only disturb his spiritual journey."

"That's true, d'Artagnan," Aramis confirmed with a smile that held more amusement than contrition. "He warned me most passionately against you, painting you as the devil incarnate, come to steal my immortal soul." He turned to his servant with the easy command of a man accustomed to obedience. "Now go and bring us whatever food we have and my good wine - the Burgundy, not the altar wine. And a basket of the same for Planchet, who's down there, looking after the horses like the good fellow he is."

After Bazin had departed, his disapproval evident in the set of his shoulders, d'Artagnan studied his old friend with undisguised interest. "You look well. Not much older than when I last saw you. The contemplative life must agree with you."

"One has to look after oneself the more so as age approaches," Aramis replied, massaging his hands with the fastidious attention to detail and the underlying vanity that had always characterized him. "T'll be forty soon."

"That's strange," d'Artagnan observed skeptically, one eyebrow raising in challenge. "I passed that milestone five years ago and I used to be three years younger than you.

"Really? Dear me, how the time flies," Aramis said, briskly turning toward the door. "Bazin! Where are you, you lazy animal? Reading his breviary somewhere, most likely."

"And you, dear friend, what news?" he asked, as he settled more comfortably in his chair. "The life of a musketeer captain must provide endless tales of adventure."

"Same old, same old," d'Artagnan replied with a shrug, stretching his legs toward the small fire that took the chill from the evening. "Drilling recruits, maintaining discipline, occasional escorts for royal personages, arrests of traitors. I'm sure your life is far more interesting. What else do you do besides write sermons?"

Bazin returned with refreshments on a silver tray - cold meats, cheese, bread from the convent ovens, and a bottle of wine that bore the dust of a well-stocked cellar. He served these with the efficiency born of long practice before leaning out of the window to lower a basket on a rope to Planchet, who waited below in the convent garden.

Aramis poured the wine into crystal goblets with the flourish of one who appreciates the finer things in life, and the two friends drank to each other's health, the ruby liquid catching the firelight as they raised their glasses.

"Somehow, I don't believe sermons are your only activity," d'Artagnan pressed with a knowing smile after savoring the excellent vintage. "The Aramis I knew always had multiple... interests."

Aramis painted his face with false modesty, his eyes downcast in a performance of humility that didn't quite convince. "I also act as a confessor to the Duchess de Longueville to whom my ministrations bring great comfort," he said, a certain inflection in his voice suggesting that "comfort" might have multiple meanings beyond the spiritual. "Her soul requires frequent attention to maintain its purity."

D'Artagnan understood the implication immediately. "Does it mean that you no longer comfort her archenemy, the Duchess de la Chartreuse?" he asked innocently. "I heard they had some territorial dispute regarding a certain count's affections."

"I bring comfort where comfort is needed regardless of court politics," Aramis replied smoothly, refilling their glasses with nonchalance. "For visiting penitents, I provide a solid wood ladder. The Almighty appreciates my effort in guiding lost sheep back to the fold, by whatever path they may come."

Bazin, who had been listening to the conversation while pretending to arrange the room, clasped his hands and supplicated the heavens in silent protest at his master's worldliness. D'Artagnan noticed this with amusement, and Aramis, reading his friend's expression, turned to address his servant with irritation.

"Bazin, are you standing there, behind my back, making signs of disapproval? Because if you do, I'll hide all your holy images. If you're done, be gone. We have private matters to discuss."

Bazin retreated, his face a picture of suffering virtue, closing the door with deliberate gentleness that somehow conveyed more disapproval than a slam would have done.

"Now let's approach the reason for your visit here, Aramis said, turning back to d'Artagnan, his expression shifting to one of true interest. "What can I do for you? I assume this isn't merely a social call after so many years."

 


 

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