Souvenirs de d’Artagnan Premiers pas vers la gloire
Jean Perilhon
64 pages Editions E. Robert - 1966 - France Nouvelle
Intérêt: *
Ce court récit est fait, comme le précise un
avertissement de l'éditeur, «pour le délassement
et la détente», et le lecteur ne doit pas «chercher
ici la vérité historique».
Le texte se présente comme une
tentative d'autobiographie écrite par d'Artagnan, qui
s'excuse d'ailleurs auprès de ses lecteurs de sa
maladresse dans l'art d'écrire. Il couvre la période
allant du départ du logis familial jusqu'à l'arrivée à
Paris. Le tout avec un récit très différent de celui de
Dumas.
Dans les premières pages, le fougueux d'Artagnan, qui
vient de quitter sa famille pour aller à Paris, sauve un
pauvre homme brutalisé par des soudards: il s'agit d'un
certain Planchet, qu'il engage aussitôt comme
domestique...
Le voyage vers la capitale se révèle des plus
aventureux. D'Artagnan vient en aide dans une auberge, à
un mousquetaire attaqué par une bande d'hommes armés. Il
s'agit d'Athos, qui lui donne rendez-vous à Paris. Athos
est chargé d'une mission secrète et un grand seigneur,
qui complote contre le royaume, a lancé ses hommes de
main à ses trousses.
D'Artagnan réussit à s'emparer du seigneur en question
et décide de le ramener à Paris pour le livrer à Athos
et aux autorités. Ce qu'il parvient à faire en
triomphant successivement des innombrables adversaires
qui tentent de l'arrêter. Arrivé à Paris, d'Artagnan est
accueilli triomphalement par les mousquetaires, fait la
connaissance d'Aramis et de Porthos, est félicité par M.
de Tresville et par le roi.
Ce récit de pur divertissement ne mérite certes pas de
rester dans les annales des romans de cape et d'épée.
Son principal mérite est d'être totalement dépourvu de
prétention. Il bascule d'ailleurs parfois dans le
parodique, comme quand d'Artagnan se sert de ruses
sioux, décrites par un oncle ayant voyagé aux Amériques,
pour défaire ses ennemis. Ou encore quand il arrive à
Paris par la «cavaloroute de l'Ouest», voie
rapide réservée aux cavaliers, pour se rendre au Pré aux
clercs, encombré à perte de vue de duellistes (voir
extrait ci-dessous).
Signalons enfin que ce petit livre comporte de
nombreuses notes de bas de page qui donnent le sens de
mots difficiles comme «extravagance» ou «patibulaire»...
Extrait
La route devenait très fréquentée et elle était
encombrée de lourds chariots tirés par des bœufs qu'il
était très difficile de doubler surtout dans les côtes.
Peu de temps après, nous pûmes emprunter une route
cavalière, c'est-à-dire une route exclusivement réservée
aux cavaliers, la fameuse cavaloroute de l'Ouest.
Sur cette voie rapide de jeunes gentilshommes
essayaient leurs nouvelles montures et nous étions sans
cesse dépassés par ces modernes centaures
qui allaient à bride abattue, soulevant derrière eux des
nuages de poussière.
Enfin nous pénétrâmes dans la capitale. Le provincial
que j'étais fut surpris par la foule des piétons, des
cavaliers, des carrosses et des voitures de toute sorte
qui se bousculaient en une cohue indescriptible et
pressée. Tout ce remue-ménage engendrait un tintamarre
qui blessait mes oreilles encore habituées à la paix des
champs; les gens criaient, s'invectivaient, les
véhicules grinçaient en cahotant, des chevaux
hennissaient, des chiens aboyaient en se disputant un os
et je me demandais avec un peu d'inquiétude si je
pourrais vivre longtemps au milieu d'un pareil tapage.
Il n'était pas loin de midi d'après le soleil et, comme
le temps pressait je me décidai à accomplir sur l'heure
la première démarche que je m'étais promis de faire
arrivé au but de mon voyage. J'accostai un badaud et lui
demandai le chemin du «pré aux clercs» ce lieu bien
connu de tous les escrimeurs de France et de Navarre.
Sur les indications de ce brave homme, je me rendis sans
attendre au terrain de jeu préféré de Dame Rapière.
Arrivé là, le spectacle qui s'offrait à mes yeux ne
manqua pas de me surprendre: on voyait à perte de vue de
beaux gentilshommes qui, l'épée à la main, étaient en
train de s'expliquer le plus galamment du monde. Je
remarquai à quelque distance une compagnie de soldats du
guet qui s'exhortaient mutuellement à intervenir mais
qui n'avaient pas l'air d'être fermement décidés à le
faire.
Note:
Centaures: Animaux fabuleux moitié hommes
moitié chevaux.
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