A prisoner of birth
Jeffrey Archer
534 pages Macmillan - 2008 - Royaume-Uni Roman
Intérêt: *
Avec A prisoner of birth, le célèbre auteur
britannique de best-sellers Jeffrey Archer donne comme
bien d’autres avant lui sa réécriture de Monte-Cristo.
L’histoire est celle de Dany
Cartwright, jeune garagiste d’un milieu très modeste –
il ne sait même pas lire – habitant dans le quartier est
de Londres, de nos jours. Elle commence le jour où sa
petite amie, Beth Wilson, accepte de l’épouser. Pour
fêter cela, les deux amoureux vont dans un pub en
compagnie de Bernie, frère de Beth et meilleur ami de
Dany. Le hasard veut qu’ils se heurtent, dans le pub, à
quatre jeunes gens de la bonne société. Plutôt ivres,
ces derniers provoquent Dany et Bernie à propos de la
jolie Beth. Une bagarre s’ensuit, pendant laquelle
Spencer Craig, jeune avocat, donne un coup de couteau
malencontreux à Bernie et le tue. Mais c’est Dany qui
est arrêté pour meurtre: les trois amis de Spencer Craig
et celui-ci font en effet de faux témoignages à son
encontre.
Au terme du procès, et malgré le témoignage de Beth en
sa faveur, Danny est lourdement condamné.
En prison, il se retrouve dans la cellule de Nicholas
(Nick) Moncrieff. Fils d’une grande famille écossaise,
Nick était officier dans l’armée britannique. Il est en
prison pour avoir couvert une bavure commise par ses
hommes, et n’a donc rien, lui-même, d’un criminel.
Nick se prend d’amitié pour Danny et se consacre à son
éducation. Il lui apprend à lire et à écrire, lui donne
une culture générale et lui enseigne aussi toutes les
bonnes manières d’un vrai gentleman. Comme il se trouve
que les deux hommes se ressemblent, on les prend de plus
en plus facilement l’un pour l’autre (!).
Juste avant la fin de sa peine, Nick se fait assassiner
dans la prison. Mais Danny fait croire que c’est lui,
Danny, qui a été tué, et prend la place de Nick.
Personne ne se rend compte de la substitution (!!!).
Officiellement, Danny est donc mort. En réalité, il est
libéré sous l’identité de Sir Nicholas Moncrieff.
Une fois libre, il met la main sur la fortune de Nick,
qu’il doit d’ailleurs arracher à un oncle qui cherche à
capter l’héritage. Devenu officiellement Sir Nicholas, à
la tête d’une grosse fortune, il entreprend de se venger
des hommes qui ont causé sa perte.
Outre l’avocat Spencer Craig, le véritable assassin et
l’âme damnée du groupe de quatre amis, il y a un acteur
assez célèbre de feuilletons télévisés, un agent
immobilier aux dents très longues et un fils de famille.
Danny les approche sous sa nouvelle identité (on ne le
reconnaît toujours pas). Se faisant passer pour un
financier redoutable, il les entraîne dans une
spéculation financière sophistiquée, destinée à les
ruiner.
Les manœuvres de Danny marchent fort bien, mais à force
de trop s’exposer, il finit par être démasqué. Un
camarade d’enfance du vrai Nick le piège sur des
souvenirs de jeunesse dont il ignore tout. Il est arrêté
et identifié – d’autant plus qu’entretemps, il a renoué
avec Beth qui, elle, l’a reconnu tout de suite…
Un nouveau procès à rebondissements a lieu, où Danny
est accusé de vol d’identité, de captation de la fortune
de Nick, d’évasion de la prison, etc… Mais tout se
terminera bien.
Jeffrey Archer a placé son roman explicitement sous le
signe de Dumas. Et pas seulement de Monte-Cristo.
Les quatre «méchants», qui sont des amis inséparables,
s’appellent entre eux les Mousquetaires et ont pour
devise «Un pour tous, tous pour un» (voir extrait
ci-dessous).
La trame du roman reproduit, on l’a vu, de près celle
de Monte-Cristo, du moins jusqu’au début de la
vengeance. Car il y a tout de même une différence de
taille: Danny acquiert certes en prison une éducation et
des bonnes manières qui le transforment, ainsi que
l’accès à une belle fortune, mais il ne devient pas tout
puissant pour autant. Tout à son désir de vengeance, il
s’expose beaucoup trop, commet des imprudences, et se
fait démasquer pas ses ennemis. S’il triomphe à la fin,
c’est davantage parce qu’il a un très bon avocat que du
fait de son habileté à concevoir une vengeance
implacable.
L’intrigue souffre aussi d’une énorme faiblesse: elle
repose entièrement sur le fait que Danny et son «abbé
Faria» se ressemblent au point que le premier peut
remplacer le second sans que personne ne s’en rende
compte.
Le roman n’est en fait véritablement prenant qu’au
début et à la fin, durant les deux grandes scènes de
procès. Archer semble particulièrement à l’aise dans le
registre du roman judiciaire. A l’inverse, la partie
centrale est écrite en courtes séquences purement
descriptives, ressemblant à un scénario de cinéma, ce
qui est tout à fait exaspérant et permet à l’auteur
d’accumuler les rebondissements sans donner la moindre
explication.
En définitive, Archer, écrivain professionnel à la
production abondante, n’a rien fait d’autre qu’utiliser
les grandes lignes de Monte-Cristo, mais sans
enrichir ou modifier de façon intéressante le roman de
Dumas.
Extrait de la première partie The trial,
chapitre 4
'Mr Payne,' said Redmayne finally, looking up at the
witness, 'when you were an undergraduate at Cambridge,
were you a member of a society known as the Musketeers?'
'Yes,' replied Payne, looking puzzled.
'And was that society's motto: "All for one and one for
all"?'
Pearson was up on his feet even before Payne had a
chance to reply. 'My lord, I am puzzled to know how the
past membership of a university society can have any
bearing on the events of September eighteenth last
year.'
'I am inclined to agree with you, Mr Pearson,' replied
the judge, 'but no doubt Mr Redmayne is about to
enlighten us.'
'I am indeed, m'lord,' Redmayne replied, his eyes never
leaving Payne. 'Was the Musketeers' motto: "All for one
and one for all"?' Redmayne repeated.
'Yes, it was,' replied Payne with a slight edge to his
voice.
'What else did the members of that society have in
common?' asked Redmayne.
'An appreciation of Dumas, justice and a bottle of fine
wine.'
'Or perhaps several bottles of fine wine?' suggested
Redmayne as he extracted a small, light blue booklet
from the pile of papers in front of him. He began to
turn its pages slowly. 'And was one of the society's
rules that if any member found himself in danger, it was
the duty of all other members to come to his
assistance?'
'Yes,' replied Payne. 'I have always considered loyalty
to be the benchmark by which you can judge any man.'
'Do you indeed?' said Redmayne. 'Was Mr Spencer Craig
by any chance also a member of the Musketeers?'
'He was,' replied Payne. 'In fact, he's a past
chairman.'
'And did you and your fellow members come to his
assistance on the night of September eighteenth last
year?'
'My lord,' said Pearson leaping to his feet once again,
'this is outrageous.'
'What is outrageous, m'lord,' retorted Redmayne, 'is
that whenever one of Mr Pearson's witnesses looks as if
he might be in some trouble, he leaps to their
assistance. Perhaps he is also a member of the
Musketeers?'
Several of the jurors smiled.
'Mr Redmayne,' said the judge quietly, 'are you
suggesting that the witness is committing perjury just
because he was a member of a society while he was at
university?'
'If the alternative was life imprisonment for his
closest friend, m'lord, then yes, I do think it might
have crossed his mind.'
'This is outrageous,' repeated Pearson, still on his
feet.
'Not as outrageous as sending a man to jail for the
rest of his life,' said Redmayne, 'for a murder he did
not commit.'
'No doubt, m'lord,' said Pearson, 'we are about to
discover that the barman was also a member of the
Musketeers.'
'No, we are not,' responded Redmayne, 'but we will
contend that the barman was the only person in the
Dunlop Arms that night who did not go out into the
alley.'
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