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All for One
A Shifter Reverse Harem Retelling of The Three Musketeers

Helene Gadot

79 pages
Autoédition - 2020 - États-Unis
SF, Fantasy - Roman

Intérêt: *

 

 

 

Avec le développement exponentiel depuis quelques années de l’autoédition (auteurs se publiant eux-mêmes en ligne, très souvent sur Amazon), un phénomène assez curieux monte en puissance : la multiplication de genres ou sous-genres littéraires extrêmement pointus, destinés à des lectorats relativement étroits mais passionnés. Il existe par exemple toute une production d’histoires de vampires homosexuels. Et les sous-genres peuvent se croiser entre eux, définissant des thèmes de plus en plus précis – et exotiques. Quand trois genres se croisent ainsi, cela donne… All for One.

Le sous-titre de ce court roman, A Shifter Reverse Harem Retelling of The Three Musketeers, constitue ainsi tout un programme, indispensable pour montrer d’amblée quel est le produit offert. Un décryptage s’impose…

  • « shifter », qui se traduit par « métamorphe », désigne les êtres capables de changer de forme, le plus souvent entre une forme humaine et une forme animale. Exemple le plus connu : les loups-garous.
  • « reverse harem », littéralement « harem à l’envers », s’applique aux histoires sentimentales ou érotiques dans lesquelles une femme a des relations simultanées et en bonne intelligence avec plusieurs hommes (rien à voir avec une histoire de tromperie ou d’hésitation entre plusieurs amants)
  • « retelling of The Three Musketeers », ou réécriture des Trois mousquetaires, relève d’un exercice dont pastichesdumas est rempli.

Combinés, les trois éléments indiquent donc que All for One va être un récit de cape et d’épées mettant en scène des personnages métamorphes vivant une relation complexe entre une femme et plusieurs hommes : d’une certaine façon, tout est dit dans le sous-titre et le lecteur sait donc précisément à quoi s’attendre.

L’histoire se déroule dans un monde identique au nôtre à ceci près qu’y cohabitent (mais en vivant séparés) d’une part les humains et d’autre part les métamorphes. Ces derniers sont des hommes et des femmes qui peuvent se transformer en animaux variés. Il y a des hommes/loups, des hommes/lions, des hommes/hyènes, etc. Ces métamorphes semblent être la majeure partie du temps sous leur forme humaine. Ils laissent « sortir » leur forme animale essentiellement en période de forte tension. Ils vivent en « meutes » dirigées par un chef et qui fonctionnent selon les règles immuables de la suprématie des mâles. Les femelles doivent se soumettre à leur mâle et se contenter de lui fournir une abondante progéniture.

Le personnage principal est une jeune femme/louve, d’Artagnan, qui se fait appeler Dart. Refusant totalement de se plier aux règles de vie habituelles, elle rejette toute approche de mâle. En conséquence de quoi, elle est obligée de se battre sans cesse contre les mâles de sa meute pour qui son attitude est un défi inacceptable. Comme elle est exceptionnellement douée pour le combat à l’épée ou à mains nues, elle gagne systématiquement, ce qui enrage encore un peu plus les mâles qui l’entourent. L’attitude de Dart tient au fait qu’elle a été abandonnée dix ans plus tôt par ses trois amis Athos, Porthos et Aramis avec qui elle était inséparable et qui ont disparu du jour au lendemain sans un mot d’explication.

Son comportement est en tout cas insupportable pour le bon fonctionnement de la meute, et le chef de celle-ci lui donne le choix : être expulsée ou bien partir volontairement pour tenter de se faire recruter chez les mousquetaires, les gardes de la Reine.

Dart choisit cette deuxième option et se rend dans la capitale pour participer à la série d’épreuves de sélection des candidats mousquetaires. Elle y fait connaissance d’une autre candidate, femme/louve elle aussi, nommée Constance Bonacieux. Les deux deviennent aussitôt amies.

Là dessus arrivent Athos, Porthos et Aramis, dont il apparaît qu’après avoir fui la meute ils sont devenus mousquetaires. Athos est un homme/lion, Aramis est une panthère et Porthos est un ours. Entre les différents combats auxquels doivent se livrer les candidats mousquetaires, Dart d’un côté et les trois mâles de l’autre tentent de s’expliquer sur ce qu’il s’est passé dix ans plus tôt. Au début, Dart refuse de leur adresser la parole : on comprend qu’elle était amoureuse des trois à la fois, que c’est l’amitié de ces trois redoutables combattants qui la protégeait des autres mâles et que c’est leur départ qui a déclenché les innombrables attaques contre elle. Mais finalement, les quatre réussissent à se parler : c’était un malentendu. Les trois mâles avaient bien tenté de prévenir Dart de leur départ mais le message avait été subtilisé. D’où une grande réconciliation : leurs relations amoureuses à quatre peuvent reprendre de plus belle…

Entre temps, Dart et Constance ont gagné la plupart des épreuves de sélection et ont même déjoué un attentat contre la reine Anne. Autant dire que leur recrutement est dans la poche. Anne est une femme/renard et a comme ambition de faire progresser la cause des femelles et d’améliorer leur sort. Elle prend les deux jeunes métamorphes dans son corps de mousquetaires et les charge d’une mission délicate : faire la tournée des meutes pour repérer les femmes/femelles qui veulent échapper à la loi des mâles dominants et les faire venir au palais royal. Tout finit donc bien.

 

Les différentes strates de cet étrange petit roman sont de qualité inégale. L’aspect le plus réussi tient à la description des métamorphes. Ces derniers se comportent comme des humains normaux mais disposent d’un sens olfactif très développé et peuvent donc littéralement « sentir » les émotions. Chacun a un degré de dominance que sentent les autres : la très forte dominance de Dart la rend insupportable aux yeux des mâles plus faibles qu’elle. Vivant le plus souvent sous leur forme humaine, les métamorphes doivent changer de forme quand la tension est très forte et laisser l’animal prendre le dessus. L’animal ressent les émotions beaucoup plus fort que l’humain. Les relations entre le personnage humain et son animal, dont les personnalités ne sont pas identiques, sont décrites assez finement. Dart doit sans cesse contrôler « son loup » quand ce dernier veut prendre le dessus.

La dimension « harem à l’envers » est évidemment intrigante. Parmi les innombrables variations sur les personnages des quatre mousquetaires, l’idée de faire de d’Artagnan un personnage féminin amoureux (et vice-versa) des trois mousquetaires n’était encore jamais apparue. Mais cette idée une fois émise n’est pas véritablement explorée : on assiste simplement à la réconciliation des quatre personnages.

C’est finalement la dimension « réécriture des Trois mousquetaires » qui est la moins convaincante des trois composantes de cet écrit. Le choix des animaux associés aux quatre héros est assez heureux mais leur histoire n’a aucun rapport avec celle des mousquetaires de Dumas, pas plus que celle de Constance Bonacieux.

Le livre est plutôt bien écrit (en dépit du recours fréquent à de multiples grossièretés) et se lit agréablement, même si les innombrables répétitions du sentiment d’abandon ressenti par Dart vis-à-vis de ses trois anciens amis auraient gagné à être allégées. Gageons néanmoins que les lecteurs recherchant spécifiquement des récits combinant métamorphes, harem à l’envers et cape et épées seront comblés !

 

Extrait du chapitre 11

Dart sang out her excitement and relief to the fat moon hanging above her head as soon as she released her wolf. She stretched out her limbs and shook out her fur.

A panther, bear, and lion joined her, surrounded her. Emotion clogged her throat and she bit Aramis’s tail and sprinted away, trying to shake off the memories.

They chased after her with yips and playful growls, their footsteps thundering behind her.

Her heart pounded as she pushed herself faster, her wolf all but prancing at being reunited with her pack.

With her mates.

Dart grumbled to herself at the thought.

They weren’t her mates. There had been no declarations, no decisions.

Her wolf may have been ready to let bygones be bygones, but Dart wasn’t.

Not yet. Maybe never.

Aramis’s purr vibrated through her as he rubbed against her, his tongue darting out and licking her face. Athos sprawled onto the ground in a lazy stretch watching as the three of them wrestled and nipped at each other.

Aramis bit Porthos’ fluffy ass and leapt into the closest tree, chirping down in animal amusement as Porthos rose on his hind legs and let out a low roar, scratching at the trunk of the tree.

Dart watched with a tilted head for a moment before she padded over to Athos, stretching out beside him. He reached out with a massive paw and swatted at her before he resumed grooming his mane.

She pretended to ignore him, biding her time. She got her chance when Aramis flew from the tree, tackling Porthos to the ground with a heavy thump, sending leaves swirling into the air.

While Athos’ attention was on the grunting shifters, Dart pounced onto his back, darting away before he could respond. Athos leapt to his feet, shook out his mane and roared, coming after her.

The woods zipped by as she sprinted, her wolf panting happily. In this form, things were simpler, clearer. They were pack, family, mates. None of the complicated and snarled confusion and emotions tortured the wolf’s mind. To her, they were back, they were sorry, Dart needed to accept them and move forward.

Dart wished things were so easy for her.

The four of them played and teased and hunted for another hour before they returned, panting and content, to the bench their clothes were on.

 


 

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