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The Cardinal’s Red Lily

Maren von Strom

291 pages
Autoédition - 2019 - Allemagne
Roman

Intérêt: **

 

 

 

Ce petit roman se déroule à mi-chemin entre Les trois mousquetaires et Vingt ans après. Tréville, accusé d’avoir comploté contre Richelieu, est exilé, tandis que sa compagnie des mousquetaires a été dissoute et son hôtel parisien laissé à l’abandon. D’Artagnan se retrouve sans emploi, quelque peu désespéré. Jusqu’à ce que Richelieu fasse appel à lui.

Le cardinal est en effet confronté à un sérieux problème. Sa petite-nièce (la fille de sa nièce) Odette de la Nièvre, refusant un mariage arrangé, s’est enfuie du palais de Richelieu et a complètement disparu. Le cardinal et son maître espion Rochefort sont persuadés que quelqu’un dans le – nombreux – personnel du palais l’a aidée. Le vaste bâtiment grouille certes d’espions du cardinal, puisque tout le monde y est à sa solde, mais les deux hommes ne peuvent se fier à personne pour enquêter. D’où l’idée d’y faire entrer quelqu’un de complètement extérieur chargé d’identifier le traître. Richelieu propose donc à d’Artagnan le marché suivant : l’ex mousquetaire sera recruté eu sein des gardes du cardinal pour infiltrer le personnel du palais. S’il démasque le complice d’Odette de la Nièvre et retrouve celle-ci, il sera fortement récompensé. Etant donné que devenir garde du cardinal signifie renier tous ses engagements précédents et trahir ses anciens amis mousquetaires, il faut bien sûr que la récompense promise soit à la hauteur des enjeux : s’il réussit, le corps des mousquetaires sera reconstitué et d’Artagnan pourra en devenir le capitaine.

Après bien des hésitations, d’Artagnan accepte. Le voici intégré dans le corps des gardes du cardinal, au rang de simple soldat, ce qui est une véritable insulte pour l’ancien lieutenant des mousquetaires. Ce recrutement suscite incompréhension et rejet. Les gardes ne font pas confiance à cet homme qu’ils ont toujours vu comme un ennemi. Quant aux ex mousquetaires, ils ne peuvent comprendre comment leur lieutenant a ainsi trahi. Ils le traitent donc avec mépris et haine.

Rejeté par les deux camps, cantonné aux corvées, d’Artagnan vit des moments difficiles… Petit à petit, malgré tout, il gagne la confiance de ses nouveaux collègues. Il ne dénonce pas ceux qui lui infligent des brimades, lorsque d’anciens mousquetaires le provoquent il fait corps avec les gardes… En parallèle, son enquête progresse. Il finira par mener plus ou moins à bien sa mission, ce qui ne lui vaudra pas pour autant de prendre la tête des mousquetaires reconstitués.

 

Il y a évidemment quelque chose de gênant dans le fait que le point de départ du roman ne tient pas debout. Pour introduire dans le palais quelqu’un qui pourra se lier avec le personnel et enquêter discrètement, choisir d’Artagnan est un non-sens. Son arrivé met le palais en révolution, la moitié des gens le considèrent comme un ennemi, personne ne veut lui parler… Mais il ne s’agit là que d’un prétexte. Le but de l’auteure, l’Allemande Maren von Strom, est en fait d’explorer cette hypothèse impensable pour qui a lu Les trois mousquetaires : et si d’Artagnan se ralliait au camp de ses ennemis jurés, les gardes du cardinal ?

De ce point de vue, le livre est une pleine réussite. Les états d’âme du mousquetaire sont décrits avec finesse, tout comme sa lente progression au sein du groupe de ses nouveaux collègues, de l’hostilité totale des débuts à l’acceptation très progressive. Les confrontations de d’Artagnan avec ses anciens hommes, qui le considèrent comme un traître, sont assez frappantes. Il faut dire que rien ne lui est épargné : lors d’une arrestation mouvementée, il dispose d’une fraction de secondes pour décider s’il va laisser un ancien proche de Tréville tuer son nouveau chef, le lieutenant des gardes du cardinal, ou bien tirer sur le premier pour sauver le second : l’occasion de « commettre une trahison tout en faisant ce qu’il fallait »… Lors d’une embuscade, il lui faut aussi se battre contre des hommes qu’il a lui-même formés en tant que mousquetaires. Les conflits de loyauté qui déchirent d’Artagnan sont donc ainsi auscultés par le menu dans ce roman à la teneur essentiellement psychologique.

Le petit monde de Richelieu est excellemment mis en scène. On retrouve le cardinal et Rochefort, bien sûr, mais aussi les différents gardes du cardinal rencontrés chez Dumas : Jussac, Bernajoux, Biscarat, etc. L’auteure s’amuse également à brosser un portrait inattendu du corps des gardes. Là où, dans Les trois mousquetaires, ils apparaissent comme des brutes épaisses, elle nous les montre cultivés, discutant philosophie ou mathématiques durant leurs heures de loisir.

Fort bien écrit (même si l’anglais de la traduction n’est pas impeccable), The Cardinal’s Red Lily est un franc succès

Merci à Mihai-Bogdan Ciuca de m'avoir signalé ce texte.

 

Extrait du chapitre 10 Conflicts

'Monsieur le lieutenant?'

D'Artagnan looked up in surprise. No less surprised seemed the two men who had stopped a few steps away from him on the Rue de Valois. Their expressions spoke of incredulous astonishment and d'Artagnan resisted the urge to flee back into the palace. Instead, he acted as if he was all serene. 'Pauger. Jumonville.'

The two other men exchanged a look. Pauger was wearing the uniform of His Majesty's royal guard. Jumonville accompanied him in normal everyday clothes, but he also belonged to Captain Essarts's soldiers. Once they both had been musketeers; before the regiment was disbanded and they had been transferred. The sight of d'Artagnan in the red tunic of the cardinal's guard made them understandably suspicious - and angry. Pauger snorted disparagingly as Jumonville now hesitantly approached their former lieutenant. 'It really is you.'

D'Artagnan heard the unspoken question all too well. How could it be him? The lieutenant of the musketeers in that uniform? It had to be a very bad joke! 'Idem. Are you on patrol?'

Jumonville massaged his neck with one hand and did not seem to know how to react to this surprising news. For his part, the easily provoked Pauger growled; 'We are on duty in the king's service.'

A verbal slap. 'Then I suggest you do not disappoint His Majesty', d'Artagnan replied roughly. 'As you were!'

Pauger revealed a saturnine look. To see the former superior suddenly be put into the service of the cardinal seemed to be a personal insult to him. D'Artagnan could not blame him. Had it been the other way around, he would have spat at the feet of every renegade. Pauger had been proud to be a musketeer and he had always shown the greatest respect to Tréville and d'Artagnan. He had to face a terrible disappointment here, close to betrayal, and clenched his hands into fists.

Jumonville stepped calmly in between. 'Yes, that will be best. Come, my friend.'

Pauger shook off the hand that Jumonville had placed on his arm. D'Artagnan unconsciously took a firmer stance, but Pauger turned away abruptly and said aloud to Jumonville, 'He stinks of shit,' before tramped back to the street.

Jumonville looked alarmed at d'Artagnan, for normally such a remark against the lieutenant of the musketeers would have resulted in a deadly duel appointment. But d'Artagnan only answered with a tiredly shake of his head, 'Catch up with him, before he runs blind with rage into a carriage.'

'Yes, sir!' Jumonville saluted in old habit, although he had not received any orders, and with this he raised a swiftly fading smile from d'Artagnan. He then hesitated, as if he still had a thousand questions on the tip of his tongue. In the end, he seemed to be contented with the most important one. 'There is a good reason for this, is it not, monsieur?'

D'Artagnan, after a terrible day so far, was not in the mood for explanations and certainly not for justifications towards former subordinates. He was a red guard now. He seemed to have betrayed and abandoned everyone, all of his old friends and comrades. Could there ever be a good reason for this?

'Go away already!' he shouted at Jumonville and fled back into the palace. He pulled the door shut behind him and locked it, but could not shut out Pauger's angry disappointment or Jumonville's incredulous confusion from his thoughts. He pounded the wall with a clenched fist, so hard that he could hear his ankles crack. The wall remained unimpressed, but the pain crawled up d'Artagnan's shoulder. 'Aargh!'

 


 

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