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La fille du mousquetaire

Henri Nicolas

138 pages
Editions de l’Armançon - 2010 - France
Roman

Intérêt: *

 

 

 

La fille après l’épouse… La fille du mousquetaire est le deuxième roman d’Henri Nicolas à parler de d’Artagnan. Le premier, Et Charlotte épousa d’Artagnan…, relate de façon assez peu romancée la vie de Charlotte de Chanlecy, qui fut dans la réalité l’épouse du mousquetaire. Avec La fille du mousquetaire, l’approche est un peu différente : l’héroïne Emmeline est cette fois un personnage tout à fait fictif qui se trouve être une fille illégitime de d’Artagnan.

Découpé en brèves séquences, ce très court roman évoque de multiples étapes de la vie aventureuse d’Emmeline : enfant abandonnée, placée comme servante auprès d’une famille aristocratique, enlevée par des brigands, maîtresse de bandit, serveuse d’auberge, prostituée occasionnelle… La vie de la jeune femme change profondément quand (on est déjà quasiment à la moitié du livre) ses origines sont dévoilées : elle est la fille illégitime d’une certaine Athénaïs de Varangéville et de d’Artagnan, tous les deux disparus depuis. Grâce à quelques grandes dames qui s’intéressent à elle par fidélité à ses parents disparus, Emmeline peut s’intégrer aux marges du grand monde. Devenue la maitresse d’un jeune homme, elle accompagne celui-ci et son père, agent secret de la couronne de France, en mission de renseignement aux Pays-Bas. Elle connaîtra par la suite une autre mission en Angleterre où elle assistera au départ en exil du roi James II.

 

Le personnage d’Emmeline est assez intéressant. Cette jeune fille sans passé ni attache n’a en fait guère de lien avec d’Artagnan. Ce dernier est certes son père mais, ne l’ayant jamais connu et ayant été abandonnée, elle n’en a rien reçu, ni spirituellement ni matériellement. Pour elle, le nom de son père évoque des rêves d’aventures et c’est tout (voir extrait ci-dessous). Si elle profite de son voyage en Hollande pour visiter la ville où son père est mort, Maastricht, elle n’y trouve aucun renseignement sur les circonstances du décès.

La jeune femme a le goût de l’aventure, mais pas, contrairement à son père, celui des armes. Quand elle est amenée, pour se défendre, à tuer un homme d’un coup de pistolet, cela la rend malade. Sa principale arme est en fait son corps : Emmeline couche avec tous les hommes qui passent à sa portée, amis ou ennemis, ce qui lui réussit plutôt. Les femmes aussi à l’occasion, comme lorsqu’elle séduit la supérieure d’un couvent dans lequel elle a été enfermée.

Le lien avec d’Artagnan demeure très superficiel. Il y a certes quelques clins d’œil au roman de Dumas : avec ses activités de quasi espionne, Emmeline évoque un peu Milady, la cruauté et le caractère implacable en moins. Elle aussi a une marque sur l’épaule, mais dont l’origine n’a rien à voir avec celle, infâmante, de Milady. Une scène qui voit la jeune femme et un agent secret français se rendre en Angleterre tandis que leurs ennemis essayent de les en empêcher est clairement démarquée du voyage à Londres de d’Artagnan dans l’épisode des ferrets de la reine.

Bien écrit, tout comme Et Charlotte épousa d’Artagnan…, ce petit roman ne manque pas de qualités. Le caractère ténu des liens avec d’Artagnan est malgré tout un net handicap du point de vue de pastichesdumas : on ne peut s’empêcher de penser que les mentions du nom du plus célèbre des mousquetaires pourraient être supprimées sans que cela change grand chose au résultat.

Merci à Mihai-Bogdan Ciuca de m'avoir signalé ce texte.

Extrait du chapitre quatre

Ninon aimait, dans leurs conversations particulières, lui parler de ses parents. Emmeline se montrait certes intéressée par tout ce qui touchait à sa mère, mais c'était surtout son père qui demeurait au centre de ses pensées. Peut-être, inconsciemment, en voulait-elle à Athénaïs de l'avoir abandonnée, alors que Charles n'avait mérité, lui semblait-il, aucun reproche. Elle demandait toujours plus de détails. Et Ninon, complaisamment, lui parlait des chevauchées faites pour suivre le roi en temps de paix, et des batailles auxquelles il avait dû prendre part. Ainsi fut-il blessé à Stenay, sur les bords de la Meuse. Et, un an avant sa mort à Maastricht, il avait été nommé par le roi gouverneur de la ville de Lille.

En riant, Ninon lui avait signalé un détail de la personnalité du Gascon : il avait un juron — Mordious ! — qu'il lâchait quand les choses ne se passaient pas comme il le voulait. Et Emmeline, un peu par jeu, s'essayait à l'utiliser parfois elle aussi.

Hortense de Saint-Prix réussit à lui obtenir une audience de Mme de Maintenon : c'était elle qui lui avait fait accorder par le roi une nouvelle identité, mais elle n'avait jamais encore eu l'occasion de la rencontrer.

Emmeline découvrit une femme dont la simplicité détonnait dans ce monde de Versailles. Habillée de sombre, elle avait la tête recouverte d'une mantille : autour du cou, un collier en simple étoffe, auquel pendait une croix.

Emmeline ne se montra nullement intimidée, elle remercia l'épouse du roi de ce qu'elle avait fait pour elle. On lui promit de la présenter un jour à Sa Majesté.

Elle regagna sa maison, la tête pleine d'exploits de mousquetaires, de chevauchées, de coups d'épée. Elle rêva, la nuit suivante, de casaque d'azur à croix d'argent. Mordious ! pourquoi n'était-elle qu'une femme ?


 

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