Misión en París
Arturo Pérez-Reverte
360 pages Alfaguara - 2025 - Espagne Roman
Intérêt: *
La passion du grand écrivain espagnol contemporain
Arturo Pérez-Reverte pour Alexandre Dumas n’est plus à
démontrer. Outre les nombreux articles ou interviews où
elle s’exprime, on la retrouve aussi dans plusieurs de
ses nombreux romans. Ainsi de Club Dumas
qui met en scène des bibliophiles acharnés ou de La Reina del Sur,
très belle variation sur le thème du Comte de
Monte-Cristo. Pérez-Reverte est surtout connu pour
les aventures du capitaine Alatriste, qui peuvent passer
globalement comme un hommage rendu aux Trois
mousquetaires.
Cette
série de cape et d’épée se déroule à la même époque que
celle du roman de Dumas et met en scène un bretteur
redoutable, Alatriste, soldat démobilisé qui loue ses
services de spadassin. Virtuose à l’épée, ne reculant
devant aucun danger, il n’a aucun état d’âme à œuvrer
comme tueur à gages tout en ayant un code de l’honneur
bien à lui et une fidélité sans faille envers ses amis.
Une sorte de d’Artagnan en version beaucoup plus noire
que l’original.
Dans le huitième volume de la série, Misión en París,
l’hommage se fait explicite puisque les quatre
mousquetaires y font de multiples apparitions. Dans
cette histoire, Diego Alatriste est engagé par les
autorités espagnoles pour une mission secrète, tellement
secrète qu’il passe la moitié du volume à essayer
d’apprendre ce que l’on attend de lui… Il est envoyé à
Paris avec quelques compagnons dont Francisco de
Quevedo, célèbre écrivain espagnol (réel) et Íñigo
Balboa (fictif), son jeune camarade qui exerce les
fonctions de courrier du roi d’Espagne. Durant leur
séjour à Paris, l’équipe découvre un imbroglio de
manœuvres politiques et diplomatiques. Nous sommes en
plein siège de La Rochelle et la France de Louis XIII et
Richelieu est donc en lutte contre les protestants ainsi
que contre l’Angleterre qui soutient ces derniers. Dans
ce contexte, l’Espagne joue un jeu trouble. D’une part
elle affecte de soutenir la France au nom de la défense
du catholicisme contre le protestantisme; d’autre part,
elle cherche à aider en sous-main les protestants pour
affaiblir la France, son ennemie de toujours.
Alatriste et ses amis finissent par apprendre le vrai
but de leur expédition: se rendre à La Rochelle pour y
procéder, avec l’aide des Rochelais, à rien moins que
l’enlèvement de Richelieu! Un coup de main follement
dangereux et audacieux qui réussit dans un premier temps
- le petit groupe de conjurés s’empare effectivement de
la personne du cardinal - avant de tourner au désastre
par un concours de circonstances. Alatriste et son petit
groupe parviennent malgré tout à se réfugier dans la
ville assiégée et finalement à s’enfuir.
Le lien entre Misión en París et Les trois
mousquetaires tient aux multiples apparitions de
d’Artagnan et de ses amis. Dès leur arrivée, la petite
troupe se rend chez M. de Tréville où un duel
« amical » est organisé entre Alatriste et
Athos à la demande de leurs chefs respectifs, histoire
de voir qui de l’Espagne ou de la France a les meilleurs
bretteurs. Alatriste a le dessus car il se bat, comme à
son habitude, comme un voyou et non pas en gentilhomme
comme Athos. Ce dernier le prend mal et lui donne
rendez-vous pour un vrai duel. Duel qui n’aura pas lieu,
les chefs d’Alatriste lui ayant strictement interdit de
se battre.
Arrivés à La Rochelle, les Espagnols, reçus en
délégation officielle par l’armée royale, se heurtent de
nouveau aux mousquetaires. Cette fois, ce sont les deux
plus jeunes des deux groupes qui se battent: d’Artagnan
et Íñigo Balboa. Ce vrai duel est accueilli avec
enthousiasme par Louis XIII, qui s’ennuie à mourir
pendant ce siège. Prétexte permettant de l’autoriser en
dépit des édits: le combat aura lieu sur un terrain
découvert par la mer et qui donc n’appartient pas au
roi… Les deux jeunes combattants s’en sortent avec les
honneurs, se blessant mutuellement et décidant d’en
rester là. Athos joue de nouveau un rôle important
pendant l’enlèvement de Richelieu: il est envoyé par les
Français pour négocier avec les ravisseurs les
conditions de la libération du cardinal.
Toutes ces apparitions des mousquetaires de Dumas ne
font pas de Misión en París une suite des Trois
mousquetaires ou une nouvelle aventure de
d’Artagnan et de ses amis. Pérez-Reverte aurait pu leur
donner d’autres noms sans changer quoi que ce soit au
récit. En revanche, le procédé relève bien de l’hommage
rendu à son maître par l’écrivain espagnol. La
confrontation entre les personnages est savoureuse, en
particulier le contraste entre les personnalités
d’Alatriste, simple soldat d’origine modeste qui n’a que
faire des belles manières, et d’Athos, grand seigneur
jusqu’au bout des ongles.
Le roman comprend également différents clins d’œil ou
quasi citations de l’œuvre de Dumas. Quand Alatriste
vient expliquer à Athos et à ses trois amis qu’il ne
peut pas se battre parce qu’on le lui a interdit, il
suscite la même réaction initiale de mépris que quand
d’Artagnan présente des excuses aux trois mousquetaires
lors de leur fameux duel à son arrivée à Paris. Le duel
entre d’Artagnan et Íñigo Balboa se déroule sur un sol
découvert par la mer, tout comme celui de Buckingham et
de Wardes dans Le vicomte de Bragelonne. Lors
d’une fort jolie scène, le jeune Íñigo accompagne
Francisco de Quevedo au Louvre pour une entrevue secrète
avec Anne d’Autriche. La reine, toute contente de
rencontrer des compatriotes, offre une bague à Íñigo en
souvenir d’elle, en écho direct à la bague offerte par
la même reine à d’Artagnan lorsqu’il lui rapporte les
ferrets récupérés à Londres (voir extrait ci-dessous).
Enfin, de manière plus allusive, le séjour de Richelieu
dans une maison isolée dans les environs de La Rochelle
fait penser à l’épisode des Trois mousquetaires
où le cardinal va rencontrer Milady dans une auberge.
En définitive, Misión en París est un bon roman
dans la série des aventures d’Alatriste avec l’avantage
d’inclure un hommage aux Mousquetaires. Le lien
avec Dumas est cependant plus distant que dans Club
Dumas ou La Reina del Sur, ce qui explique
l’unique étoile qui lui est accordée par pastichesdumas.
Merci à Javier
La Orden de m’avoir procuré ce roman
Extrait du chapitre III Una visita al Louvre
Después fue (Ana de Austria) quien preguntó por mí e
hizo que me acercase, cosa que hice con extrema
prudencia, inclinada la cabeza, manteniéndome siempre
respetuoso, callado y en pie.
Con el gato, que parecía haberme tomado afición, pegado
como una lapa a mis talones.
- Este buen mozo - me presentó generoso el poeta -, hijo
de un soldado heroicamente muerto en Flandes, es como un
ahijado para mí, e incluso como un hijo... Pese a su
juventud ha prestado importantes servicios a España y a
vuestro augusto hermano.
- ¿Tan joven? - se admiró la reina.
- Sí... Por eso creí de justicia recompensarlo con esta
visita
Me observaba Ana de Austria con aire indulgente.
- ¿Vuestro nombre, caballero?
Enrojecí hasta las orejas, pues me costaba arrancar las
palabras.
- Iñigo Balboa, mi señora - repuse al fin.
- Parecéis aplomado - me sonreía con dulzura -. Poco os
impresiona una reina, por lo que veo.
Tragué saliva, no queriendo torcer el rostro a la
ocasión. O más bien lo intenté, pues sentía la lengua
tan seca como la mojama.
- Hago lo que puedo para que no me tiemblen las piernas
ante vuestra majestad... Y mis fatigas me cuesta.
Se volvió la reina a Quevedo.
- Despejado de ingenio, a lo que parece.
- Y de valor - apostilló el poeta -. Aquí donde lo veis,
casi en los diecinueve años, ha hecho cosas que no están
en los mapas.
- Qué me decís.
- Lo que os digo, mi señora. Flandes y las galeras de
Levante, en la costa turca... También algunos golpes de
mano de los que no se dan al pregonero.
- ¿Con esa cara de buen muchacho?
- Con esa misma que ve vuestra majestad. Y la espada que
hoy no lleva al cinto la maneja como el diablo - hinchó
Quevedo el pecho, no sin vanidad -. Ha tenido buenos
maestros.
Alargó la reina una mano - fina, delicadísima - hacia la
campanilla de la mesita y la hizo sonar. Al momento
apareció una dama de mediados años, vestida con mucha
sobriedad, a la española.
- Doña Estefanía, traed el cofrecillo.
Obedeció la dama, acercándole una arquilla de madera
preciosa donde la reina hurgó un momento hasta sacar un
anillo sencillo de oro, con una piedra azul que no era
de mucho valor, doscientos escudos a lo más, pero se
veía bellamente tallada y engastada. Y haciendo un
gracioso ademán para que me acercase, cuando me
arrodillé a sus pies lo puso en el anular de mi mano
izquierda, dándome luego la suya a besar, cosa que hice
con toda la devoción y respeto imaginables.
- Os deseo suerte, Iñigo Balboa, en esa vida turbulenta
que os adivino. Que sigáis sirviendo con honra a nuestra
querida España.
- Hasta la muerte, mi señora - respondí con despejo.
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