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The Secret Lily

Maren von Strom

474 pages
autoédition - 2022 - Allemagne
Roman

Intérêt: *

 



Très curieuse démarche que celle de l’Allemande Maren von Strom. En 2019, elle publiait un roman, The Cardinal’s Red Lily, racontant comment d’Artagnan, chargé d’une enquête secrète par Richelieu, était recruté dans le corps des gardes du cardinal, et sa très difficile intégration dans celui-ci. Et trois ans plus tard, voilà qu’elle publie un autre roman, The Secret Lily, racontant le recrutement de d’Artagnan dans le corps des gardes du cardinal, et sa très difficile intégration dans celui-ci….

Deux romans distincts, donc, sur un thème identique. Différence essentielle entre les deux: dans The Secret Lily d’Artagnan est en fait une femme - ce qui change un peu les perspectives… Reprenons au début. Dans ce deuxième livre, d’Artagnan est une jeune femme. Refusant de mener la vie d’une femme de bonne famille - mariage, enfants, tenue de la maison - et rêvant d’aventures, elle s’est faite passer pour un homme et a intégré le corps des mousquetaires. Jusqu’à devenir, au terme de nombreuses années, lieutenant de M. de Tréville. Personne ne connaît son secret, à quelques exceptions près tout de même: Tréville, Richelieu, Rochefort, ce dernier étant devenu le meilleur ami de la jeune femme.

Au début du livre, un scandale majeur éclate quand Tréville défie Rochefort en duel. La cause en est soigneusement cachée: il s’agit en fait d’une crise aiguë de jalousie de Tréville. Celui-ci est secrètement amoureux de d’Artagnan et prend l’amitié de celle-ci pour Rochefort pour une relation sentimentale. Richelieu s’en mêle, rend d’Artagnan responsable de l’affaire et le « condamne » à intégrer le corps de ses gardes.

Là, la jeune femme subit un véritable enfer. Rétrogradée au rang de simple garde, détestée par ses nouveaux « camarades » qui voient en elle - enfin, en lui, puisqu’ils ne se doutent pas qu’il s’agit d’une femme - un ennemi, méprisée par les mousquetaires qui la/le considèrent comme un traître, d’Artagnan subit brimades et humiliations. Exactement comme dans le premier roman dont certaines scènes sont reproduites à peu près à l’identique.

Toujours comme dans le premier livre, d’Artagnan gagne petit à petit la confiance des gardes du cardinal, se fait accepter. Elle œuvre à désamorcer l’hostilité entre gardes et mousquetaires. Richelieu, qui sait depuis longtemps qu’elle est une femme déguisée, l’emploie à une mission de confiance: il la fait redevenir femme pour la placer comme dame de compagnie de sa nièce (la nièce du cardinal) menacée d’enlèvement. D’Artagnan se révèle la personne idéale pour assumer ce rôle de garde du corps cachée sous les atours d’une femme du monde. On comprend d’ailleurs que c’est à cette fin que Richelieu l’avait obligée à entrer dans ses gardes. Finalement, la nature reprenant le dessus, d’Artagnan tombe amoureuse (et réciproquement) d’un jeune garde (qui avait deviné son sexe) et le tout se termine sur un mariage.


A propos du premier livre, nous écrivions: « il y a évidemment quelque chose de gênant dans le fait que le point de départ du roman ne tient pas debout. Pour introduire dans le palais quelqu’un qui pourra se lier avec le personnel et enquêter discrètement, choisir d’Artagnan est un non-sens. Son arrivée met le palais en révolution, la moitié des gens le considèrent comme un ennemi, personne ne veut lui parler ». Mais une fois ce postulat de départ accepté, l’intrigue pouvait se dérouler sans encombre, avec un résultat tout à fait intéressant. Dans le cas de The Secret Lily, le point de départ est au moins aussi absurde et se révèle beaucoup plus perturbant. Que l’héroïne ait pu faire carrière des années durant en tant que mousquetaire sans que pas un seul de ses camarades ne se soit douté de quoi que ce soit est totalement invraisemblable: des années d’entraînement, de combats, de camps, de guerre sans qu’une seule fois d’Artagnan n’ait eu à se montrer torse nu?

L’absurdité de la situation se manifeste en outre dans le roman lui-même, avec d’incroyables imprudences de d’Artagnan. Dans le cadre des humiliations qui lui sont infligées à son arrivée dans le corps des gardes, elle/il est envoyé faire la lessive avec les lavandières. Pour ce faire, d’Artagnan ne trouve rien de mieux que d’y aller en reprenant une apparence féminine et en donnant son vrai nom (de Batz) à l’entrée du lavoir! Un comportement plutôt sidérant pour quelqu’un qui vit dans la crainte permanente que son secret soit découvert… Encore qu’elle aurait tort de s’inquiéter puisque personne ne fait le rapprochement avec le nouveau garde arrivé de chez les mousquetaires. De même, quand la jeune femme est chargée de devenir dame de compagnie de la nièce du cardinal, elle évolue dans le palais de ce dernier au milieu de ses compagnons d’armes sans qu’il vienne à l’idée de l’un d’eux de faire au minimum une remarque sur la ressemblance étonnante de cette dame avec l’ex mousquetaire…

Tout au long de la lecture de ce très épais livre, le lecteur est ainsi confronté à des situations complètement invraisemblables, ce qui est tout de même bien gênant. Il est vrai que ce qui intéresse l’auteure est plus les ressorts psychologiques que l’intrigue elle-même, tout comme dans le premier roman. D’Artagnan passe donc son temps à méditer de façon obsessionnelle sur ses loyautés écartelées, ses sentiments de culpabilité, ses doutes. Au risque là encore de l’invraisemblance. Si cette jeune femme a réussi des années durant à se faire passer pour un homme, à s’imposer par son habileté aux armes et sa force de caractère jusqu’à devenir lieutenant des mousquetaires, on comprend mal qu’elle soit sujette à tant d’états d’âme et qu’elle conserve un côté franchement midinette. Le sommet en la matière étant la scène finale, quand le beau garde dont elle était tombée secrètement amoureuse lui passe une bague au doigt, la faisant défaillir de bonheur!

Ce d’Artagnan femme cachée dans ce milieu militaire 100% masculin donne lieu à des passages curieux. On voit ainsi Rochefort prendre d’Artagnan dans ses bras et la serrer tout contre lui pour la réconforter dans un moment de grande détresse. Ou encore Tréville lui avouer: « j’avais peur que Rochefort te prenne, que je te perde! » Bien des passages sont ainsi très ambigus, au point que l’on se demande si l’auteure a voulu écrire mine de rien une histoire d’homosexualité refoulée. Le sujet est évoqué une fois, quand d’Artagnan doit révéler à Jussac, son nouveau chef, que l’origine de toute l’histoire tient à la jalousie de Tréville, ce qui fait imaginer à Jussac, horrifié, l’existence de « crimes contre la nature ». D’Artagnan calme heureusement aussitôt ses craintes en lui révélant qu’elle est une femme (voir extrait ci-dessous). Et tout à la fin du livre, une très brève scène entre deux gardes montre l’un d’eux « effleurer doucement, tendrement » la main de l’autre, de manière « à peine perceptible, aussi rapide que si ce n’était pas arrivé ». Avec le commentaire suivant: les gardes « avaient plus d’un secret que tous les hommes connaissaient mais dont personne ne disait jamais un mot. Ils étaient en sécurité parmi leurs amis et leurs camarades ».

Il ne fait aucun doute que l’histoire serait partiellement moins invraisemblable si d’Artagnan était un homosexuel caché plutôt qu’une femme (cela ferait apparaître d’autres incohérences: si Richelieu fait venir d’Artagnan dans sa troupe, c’est bien parce qu’il sait que c’est une femme et que cela lui sera utile pour des missions particulières comme la protection de sa nièce).

Roman caché sur l’homosexualité ou pas, The Secret Lily est en tout cas invraisemblable et beaucoup trop long avec ses interminables descriptions des états d’âme de la malheureuse d’Artagnan. Beaucoup moins réussi, donc, que The Cardinal’s Red Lily.

A lire sur un thème identique: Le secret d'Aramis, où ce dernier se révèle être une femme.


Extrait du chapitre 26

D'Artagnan took a deep breath and then it burst out of her as if she did not want to say it and yet could not hold it back any longer. « I lied. Tréville's true weakness… Is me. Was me. I didn't know. Rochefort suspected something, but he never spoke to me about it. It's my fault for staying. I should have left, but I stayed! »

« D'Artagnan... For heaven's sake, I have no idea what you are talking about! What you are implying! »

« Yes you do, Jussac. You not only suspect, you already know everything ». She smiled ruefully. « This duel was fought out of… Jealousy. Jealousy of an intimate friendship that another man would have desired with me. »

Jussac did not understand immediately, his mind seemed completely blank. Then the words gradually seeped through to him and he uttered a curse he would not have thrown at even the most inapt of his guardsman. He rushed to the desk, grabbed a cup and emptied it in one go. In all the years, oh decades! that he knew Tréville and Rochefort..!

He thundered the cup back and stood frozen at the desk for a while. A crime against nature, was that what was meant? He took a deep breath, slowly, controlled, without turning towards d'Artagnan. The disgust over this suspicion was too clear in his face, he could not look at the other lieutenant.

« You mean to tell me that, despite all the affairs with women, all the philandering and changing mistresses after his wife passed, that- » He hesitated and lowered his voice in case someone was standing outside listening after all. To that person he tossed a name that did not immediately connect with the person of the Captain of the Musketeers.

« -that Comte du Peyrer actually has a-a different taste, that he... his lieut- » He could not utter it without shaking himself in disgust.

« It is much worse than that. »

His gaze jerked towards d'Artagnan. He stared in disbelief because that cursed Gascon had actually sounded amused. D'Artagnan dared to joke where there should have been a tremble!

« You find that amusing?! »

« Watching you? I would love to see the images in your mind's eye. »

Only with this remark did images steal into Jussac's mind and he grabbed the second cup to wash them away - instead of thrusting his fist into d'Artagnan's face. « My God... you are completely serious? It's true? »

« Despite all the womanising you may have heard of, yes. There was and is one woman Tréville has never had - and neither has Rochefort, if that should worry you. That is my fault and my secret. I lied to everyone when I came to Paris and I stayed when there was no longer any reason to hide. My crime is... not to be a man. I am Charlotte de Batz-Castelmore, d'Artagnan in short. »


 

 

 

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