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Tres mosqueteros y uno más
in Los tres mosqueteros

Arturo Pérez-Reverte

5 pages
Zenda-Edhasa - 2025 - Espagne
Nouvelle

Intérêt: **

 



Note: ce texte est classé à la fois dans la catégorie "suite des Trois mousquetaires" et dans celle "Dumas, héros de roman". Sa fiche peut donc apparaître deux fois dans les listes de recherche.

Pour la publication en Espagne en 2025 d’une nouvelle édition des Trois mousquetaires dans une traduction revue, les éditeurs Zenda-Edhasa ont demandé à Arturo Pérez-Reverte d’écrire un prologue. Rien de plus naturel: Pérez-Reverte est un écrivain célébrissime en Espagne, connu entre autres pour ses romans de cape et d’épée qui content les aventures du capitaine Alatriste et, plus généralement, pour son amour d’Alexandre Dumas. Plusieurs de ses romans sont d’ailleurs des hommages explicites à ce dernier, dont Club Dumas et La Reina del Sur. En l’occurrence, l’écrivain espagnol n’a pas livré une préface convenue sur les mérites des Trois mousquetaires: il a préféré écrire ce qui est en fait une courte nouvelle imaginant une rencontre entre son héros le capitaine Alatriste et Alexandre Dumas lui-même.

La scène se passe dans une auberge parisienne en 1625. Alatriste est en mission à Paris en compagnie de son ami l’écrivain don Francisco de Quevedo. Les deux hommes repèrent à une table voisine un jeune homme très agité en qui Quevedo reconnaît Alexandre Dumas, un phénomène étrange permis par « la magie de l’écriture », explique-t-il au spadassin.

Alatriste et Dumas engagent la conversation. L’écrivain français est au tout début de la conception des Trois mousquetaires. Reconnaissant en Alatriste un homme d’épée, il lui expose les grandes lignes de son projet: l’histoire de « trois mousquetaires et un de plus » (le titre de ce récit), avec en plus « une femme plus dangereuse qu’une armée », qui s’appellerait Milady. Pour nourrir ses écrits, il est avide de détails sur « les duels, les trahisons, les passions » qu'a pu connaître son interlocuteur. Car Dumas comprend que « pour écrire sur des hommes qui jouent leur vie au fil de l’épée, il est nécessaire de regarder l’un d’entre eux dans les yeux ». Quant au spadassin, il a le pressentiment que « ce jeune homme qui ne sait rien de la mort et de la guerre saura peut-être les raconter ».

Enthousiaste, Dumas émet l’hypothèse que ses quatre héros pourraient bien un jour faire la rencontre d’Alatriste et se battre à ses côtés ou même contre lui. Quand les deux hommes se quittent, l’homme d’épée conseille à Dumas de bien écrire son roman, parce que « les livres durent plus que les hommes - et parfois plus que la vérité » (voir extrait ci-dessous).


Cette petite fantaisie est un joli exercice de style de la part d’un écrivain de premier plan. Le texte constitue une de ces mises en abyme que permet « la magie de l’écriture »: Pérez-Reverte imagine que son héros sert de source d’inspiration à ceux de Dumas alors que dans la réalité c’est Dumas qui a constitué une source d’inspiration essentielle pour la série des aventures de son capitaine Alatriste… On peut voir également dans la sortie de Dumas sur une possible rencontre dans la fiction entre ses quatre mousquetaires et Alatriste une référence au roman de Pérez-Reverte Misión en Paris : sorti la même année que Tres mosqueteros y uno más, ce livre voit précisément les cinq hommes se croiser à Paris et La Rochelle.

Merci à Javier La Orden de m’avoir procuré ce texte


Extrait

El joven (Dumas) miraba fascinado al extranjero. Tenía ante sí, concluyó, al verdadero espíritu de un auténtico mosquetero francés, aunque fuese español y no obedeciera a Luis XIII, ni tal vez a su propio rey. Un hombre que hablaba poco, pero cada palabra suya era una historia de fondo, un duelo vivido, una cicatriz sin mostrar.

- Quizás un día - repitió casi con reverencia - mis cuatro mosqueteros y vuestra merced se encuentren. Y quizá Milady, de forma directa o indirecta, tenga algo que ver.

Replicó Alatriste con una sonrisa torcida:

- Si llega ese día, aconsejad a vuestros héroes, incluso a vuestra heroína, que tengan cuidado conmigo. -Rozó levemente la cazoleta de la espada que llevaba al cinto-. No me gustan los finales ambiguos.

Dumas sonrió con la felicidad de quien ya tiene en la pluma y en la tinta el próximo capítulo. Apuró Alatriste su vaso de vino y miró una vez más al joven escritor.

- Escríbelo bien, muchacho -lo tuteó por primera vez-. Los libros duran más que los hombres. Y, a veces, más que la verdad.


 

 

 

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